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Quand les lumières de la ville se battent pour faire partie du lustre, tout là-haut là-haut, au dernier plafond du dernier étage de la plus haute tour du château…

Visible en bas d’article, la bande-annonce du premier vrai long métrage cinéma du réalisateur danois Rumle Hammerich laisse entrevoir un thriller urbain mêlant hommes et structures bétonnées. Les infinies turpitudes chaotiques humaines se promènent dans les méandres des angles droits rassurants des grands immeubles aux larges vitres rectangulaires. Ajoutons-y, tant qu’à faire, le cadre tout aussi rectangulaire du film en lui-même. C’est vrai que c’est rassurant, un angle droit. Ca fait carré, c’est bien. Le cinéma aussi. C’est pour ça qu’on l’aime.

Thriller ayant pour aire de jeu pervers les plus hauts échelons du monde des affaires, Headhunter (chasseur de tête) raconte les mésaventures de Martin Vinge, un journaliste de l’extrême devenu brillant chasseur de tête. Un beau jour, il se voit confier une mission confidentielle : trouver un nouvel héritier au plus gros empire pétrolier du Danemark. Alors que Martin recherche des candidats potentiels, il se retrouve rapidement plongé dans un jeu de pouvoir retord, un stratagème brutal qui le jette, lui et ses proches, dans la tourmente.

Résolument moderne parce que dans l’air du temps avec son entreprise comme cadre (rectangulaire ?) tout trouvé pour une intrigue policière sans policier – encore que La Firme de Sydney Polack soit déjà passée par là -, Headhunter nous titille gravement avec sa fascinante bande-annonce. La photo, signée Dan Laustsen (Silent Hill, le Nightwatch d’Ole Bornedal…) y a l’air tout simplement somptueuse et la musique semble assez efficace, composée elle par Jacob Groth, déjà à l’œuvre sur Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Niels Arden Oplev.

Voilà un excellent trailer qui accomplit bien son office : nous promettre au mieux un chef d’œuvre urbain post Christopher Nolan / Michael Mann, au pire un blockbuster parfaitement calibré, à n’en pas douter dominé par le jeu parfaitement rectangulaire (on y revient) de Lars Mikkelsen, accessoirement frère de Mads. Affaire à suivre soit dans un festival chez nous l’an prochain, pourquoi pas, soit en DVD, à l’arrache, dans les bacs et sans promo, ou encore sur Canal+ numérique n°12 en version française à 23h68, et de préférence un lundi… Pour patienter, voici un entretien avec le réalisateur Rumle Hammerich, qui a eu l’amabilité de répondre à notre petit tas de  quatre questions.

rumleEntretien avec Rumle Hammerich

Rumle Hammerich ne fait pas que posséder un tracteur Fergusson gris de 1954, date de sa naissance, dans sa p’tite ferme. Non, non. En ce qui nous concerne, il réalise plusieurs séries pour la télévision danoise avant de se faire remarquer avec le téléfilm Young Andersen (Unge Andersen), une affabulation sur la jeunesse de l’auteur de contes célèbres, qui ramasse l’Emmy Award 2005 du meilleur téléfilm étranger. Le 28 août 2009, Rumle passe enfin le cap de la case « grand écran » au Danemark, avec Headhunter…

En plus d’être réalisateur, vous êtes scénariste sur ce film : qu’est-ce qui vous a donné l’envie de raconter cette histoire si particulière ?

Rumle Hammerich – Nous [avec Åke Sandgren] en sommes venus à l’idée du chasseur de tête parce que c’est LE boulot d’espion d’aujourd’hui. Vous vous devez d’être astucieux, futé, avoir un réseau, savoir comment jouer vos cartes… Mon cousin est chasseur de tête à Londres. J’ai enregistré une longue interview avec lui pour savoir comment il travaillait. Après, on a trouvé ce challenge au sein de cette multinationale. J’ai découvert, en lisant beaucoup de livres sur l’histoire des entreprises, qu’il y a toujours une grosse compétition dans le privé pour savoir qui prendra le pouvoir. L’intrigue nous est alors apparue facilement. Le sujet principal traite des pères et de leurs fils, des attentes d’un père et de sa réaction face à un fils qui ne répond pas à ses attentes.

Parlez-nous un peu de votre collaboration avec l’acteur Lars Mikkelsen [qui tient le rôle principal, celui de Martin Vinge]…

Lars et moi ne parlions pas beaucoup au début. Il aimait beaucoup le scénario et nous avons convenu qu’il devait beaucoup s’entraîner physiquement pour le film. Nous imaginions tous les deux le personnage comme quelqu’un d’assez physique. Lars s’est entraîné pendant 4 mois pour pouvoir tourner la scène dans les toilettes.  Nous avons parlé des costumes, des ennuis de Martin… Puis, dès qu’on a été sur la même longueur d’onde, on a arrêté de parler. Pendant le tournage nous étions vraiment proches l’un de l’autre, à toujours essayer de perfectionner son personnage.

headhunter

Avez-vous réclamé à Dan Laustsen, le directeur de la photographie, une orientation particulière quant à son travail ?

Dan et moi sommes sortis diplômés de la même école de cinéma en 1979. Il a travaillé sur mes films d’école, mes premières réalisations et quelques documentaires tournés au Bhoutan. On s’est perdus de vue pendant environ 25 ans, sauf pour quelques publicités. Récemment, comme les projets internationaux de Dan peinaient à démarrer on en a profité pour retravailler ensemble. C’est vraiment chouette de retrouver un vieux copain. On n’avait pas besoin de beaucoup parler. Dan est un type génial, il sait très bien travailler sur les lumières, il a un sens du cadre formidable. On voulait faire un film cool comme ceux qu’on voyait dans les années 70. Dan a eu l’idée de tous ces arrière plans cools et de cette lumière chaleureuse placée au plus près des acteurs.

Pour finir, pouvez-vous nous laisser un souvenir du tournage de Headhunter ?

C’est mon premier film en cinémascope. J’ai vraiment adoré ce format. Je pense qu’il y a deux ou trois plans seulement qui pourraient être faits dans un autre format. C’est ce qui a dominé l’ensemble du projet.

Sorti le 28/08 dernier au Danemark

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