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Cold Prey 2 est un film qui m’a marqué. Lire mon avis pour s’en convaincre. Est-ce exagéré ? Parce que je n’en attendais pas grand-chose, sa réussite m’est-elle apparue comme proportionnellement géniale ? Non. Plus j’y pense et plus je trouve que c’est un modèle de slasher / survival réussi. Vraiment. Sans être ultra corpo en m’en allant surnoter des films nordiques sous le prétexte fallacieux qu’ils le sont, nordiques, et qu’ils glorifient, par procuration, mes givrés d’la bobine, je propose la bête. Superbe photo, acteurs dans le ton, femmes magnifiques, rythme impeccable… Je prends. La mission fut accomplie à ce point avec brio qu’on a là l’une des rares suites qui arrivent à supplanter leurs prédécesseurs ; aussi j’aimerais beaucoup que l’on confie maintenant un projet d’envergure à son réalisateur, Mats Stenberg. A lui plutôt qu’un autre.

Motivé, curieux, avec l’envie de lui servir la soupe, je lui ai proposé une interview, à Mr Stenberg (photo ci-dessus). Qu’il a, grand prince, accepté. Merci à lui pour cet entretien, doublement bienvenu parce qu’ainsi Cold Prey 2 bercera l’été des givrés. Ce billet suggère un peu de sang sur la neige pour une péloche estivale de festival idéale (de la balle) pour rafraichir les idées. Si tant est que l’été soit chaud !

Arnaud Mirloup – Vous avez réalisé Cold Prey 2 de façon assez classique, loin de cette mode qui consiste à reproduire celle, « à l’arrache », des années 70. Quelle fut votre inspiration ici ? Halloween 2 bien-sûr, du moins je crois, mais sinon ?…

Mats Stenberg - En effet, les années 80 m’ont davantage influencé. J’ai grandi en découvrant tous les classiques mais je crois que mon préféré reste The Hitcher, celui de 1986 évidemment. J’aime la façon dont il fait se combiner action et horreur. J’ai toujours été un fan du mix des genres et je pense d’ailleurs qu’on a plutôt réussi ça avec Cold Prey 2. Mais en réalité l’une de nos plus grandes inspirations a été le Insomnia de Christopher Nolan. Et, sur certaines scènes, Les rivières pourpres de Mathieu Kassovitz.

Les rivières pourpres. Une inspiration évidente sur une scène en particulier…

Ce sont des films à la tonalité plutôt sérieuse. J’ai pourtant décelé un certain sens de l’humour dans Cold Prey 2, que de mon point de vue on ne trouve pas dans ces films cités. Léger, bien dosé… Comment avez-vous contrôlé ça ? L’équilibre est joli.

Dans les années 80 j’ai également regardé beaucoup de films français. Besson, Carrax et Beineix… Regardez Subway ou Diva par exemple. Ils arrivent à intégrer de l’humour à la perfection. Je crois que ces emprunts viennent de là…

Et d’évoquer Besson fait penser à Nikita. Les femmes tiennent un rôle important dans Cold Prey 2. On y trouve de belles guerrières. Comment avez-vous travaillé avec ces deux femmes, Ingrid Bolsø Berdal et Marthe Snorresdotter Rovik  ? Leurs personnages sont beaux et crédibles, un équilibre qui est loin d’être systématiquement respecté dans le genre. Ces femmes sont à la fois fortes et faibles, rugueuses mais ciselées…

Je ne me suis jamais vraiment approché d’Ingrid mais je crois que je n’en ai pas eu besoin. On en a parlé un peu avant les prises, testé quelques scènes en vidéo ; après j’ai juste procédé à quelques ajustements pendant les prises. Marthe, par contre… C’était son premier film et je pense qu’elle a aussi effectué un travail fantastique. Et elle a vraiment le physique de l’emploi. Elle vit en Australie maintenant… ! C’était surtout ça, le casting ; un mix entre des acteurs très expérimentés et de complets débutants. Un challenge à diriger mais je crois que tout le monde s’est donné à fond. Ils étaient tous très enthousiastes sur ce projet, c’est ce qui a fait la différence au final. Et comme j’adore les femmes, je suis content quand elles apparaissent fortes !

La très touchante et faussement fragile Camilla (Marthe Snorresdotter Rovik).

Ingrid est très bien dirigée et filmée. Vous avez rendu ses yeux comme étant l’un des éléments primordiaux du métrage. Comment avez-vous été amené à réaliser ça ? En avez-vous discuté avec le directeur de la photographie, Mr Anders Flatland ?

Oui, Ingrid est fantastique ! Je pense que ses yeux sont une façon formidable de voir que qui se passe en elle, parce que tant de chose s’y passent. Mais ça n’était pas une idée planifiée… C’est juste arrivé. C’est important de laisser le film développer des choses de lui-même, un peu par chance, de le laisser vivre sa propre vie…

Les beaux yeux expressifs de Jannicke (Ingrid Bolsø Berdal).

Avec Anders, ça a été assez bizarre. Sur les publicités j’ai toujours voulu travaillé avec lui, j’ai essayé plusieurs fois mais à chaque fois notre emploi du temps ne correspondait pas. Vous savez… J’ai toujours pensé que je ferais mon premier film avec un directeur de la photo avec qui j’aurais déjà travaillé avant. Mon premier choix allait vers Kasper Tuxen (le Beginners de Mike Mills) mais à ce moment-là il était en train de travailler sur une série danoise [ndlr : Sommer, merci IMDb]. Alors un des producteurs m’a suggéré Anders et on s’est rencontré. On a immédiatement sympathisé. A propos des shots… Je dirais qu’il s’agit là d’une collaboration. J’ai une opinion assez stricte dès qu’il s’agit de l’endroit où placer une caméra… Dans les publicités, on fait la pré-production sans directeur photo la plupart du temps donc j’y suis habitué. Mais Anders… Wow ! il a vraiment dépassé mes attentes quant à ce que je croyais qu’il pourrait apporter au film. Et je crois que c’est le dernier film que je ferai jamais en 35mm.

Question récurrente chez Les givrés : pouvez-vous nous laisser une anecdote du tournage ?…

Ca va faire bientôt quatre ans qu’on a tourné ce film ! Laissez-moi réfléchir… Je crois que c’est marrant la quantité de travail qu’on a pu passer sur le plan où Marthe est jetée à travers la porte par Brath. C’est un gros appareil à câble qu’on a transporté à travers les montagnes dans la neige et qu’on a mis deux jours à construire, pour un plan final de seulement 35 images ! Les producteurs ont détesté ça ! Mais ce sont ces gros efforts qui font la différence.

Le Brath en action ! (Robert Follin)

Roar Uthaug, réalisateur du premier Cold Prey, va sortir un autre film, Escape. Mais j’ai beau chercher, je ne vois par le vôtre, le prochain, sur la toile. Où en êtes-vous ? Quels sont vos projets, ou tout du moins vos souhaits pour la suite ?

Moi, suédois, réalisant un film d’horreur norvégien tout en vivant au Danemark, cela n’aide pas ma carrière, tout du moins en Scandinavie. Même si le film a vraiment été un carton. Aux États-Unis, par contre, l’intérêt est plus vivace. Par exemple, j’ai eu un tête-à-tête avec Ole Bornedal sur Possession (titré originalement The Dibbux Box) mais j’ai manqué une opportunité sur celui-là. J’ai eu plusieurs entretiens téléphoniques mais je crois que je dois faire d’abord un autre film avant que la sauce ne prenne vraiment là-bas. J’ai une grande histoire très éloignée des thrillers, films d’action ou d’horreur à raconter, qui, je crois, plairait aux producteurs. J’ai juste besoin d’avoir le synopsis fini…

Racontez-nous…

L’histoire sur laquelle je planche actuellement parle d’un loser qui a soudain l’opportunité de doubler des films d’action dans le bloc de l’est durant les années 80. Mais j’adorerais aussi faire un film basé sur Swedenborg [ndlr : philosophe mystique suédois du 18ième siècle, réduis-je et me suggère Wikipedia] et le monde du spiritisme, qui se présenterait comme une sorte de variante suédoise de L’expérience interdite. J’aimerais également réaliser un film consacré à  Axel von Fersen, amant de Marie-Antoinette, qui faillit la sauver. Et si un remake de Capricorn One doit voir le jour, j’adorerais faire celui-là.

Propos recueillis par mails en juillet 2012.

Merci à Mats Stenberg.

Effectuée en trois temps par mail, cette interview fait se mélanger des questions posées avant d’avoir vu la bête, en novembre 2010, puis d’autres posées beaucoup plus en aval en février et mars 2012. Le tout est ordonné de façon à ce que l’ensemble reste à peu près fluide. Plutôt que d’ajouter encore une troisième petite interview à part, voici ma modeste intégrale.

« Chasseur de trolls », on l’avait d’abord effleuré par ici chez les Givrés, puis ensuite chroniqué par là. On continue à creuser, à chercher, on trifouille, on enchaîne… Pas les trolls, ils sont trop balèzes, mais les infos, des trucs à dire, à demander. Plutôt que de citer l’évident Blair Witch Project compte tenu de sa même vue subjective, André Øvredal préfère invoquer Indiana Jones, Jurassic Park ou autre Ghostbusters en avouant admirer la capacité d’un Spielberg à donner de l’authenticité à des histoires de requin géant ou d’extraterrestres papotant avec seulement cinq notes de musique . Par cette chouette « note » d’intention, on se rapproche davantage du Rec des Jaume Balaguero et Paco Plaza que du Paranormal Activity d’un Oren Peli, sans souffrir d’aucune once de cette geek attitude actuellement dévastatrice du ciné de genre. Et Øvredal a de l’humour à revendre : son court métrage Brukerstøtte (2009) le prouvait déjà en cinq minutes à peine. Avec un beau sens de l’absurde il s’y moquait à la fois des call centers et des ceuces qui « call » les « centers » puisqu’une femme les appelle afin qu’on l’aide à ouvrir sa porte. L’objet est visible (sans sous-titres).

Puis c’est l’idée folle : « che fais fous raconter une histoire troll ! » aurait-il pu nous dire en français avec un accent allemand, si toutefois il avait été allemand et su parler français. En attendant ce jour, ce norvégien parle anglais, ce qui nous a permis de nous entretenir avec lui au sujet de son bébé poilu…

Novembre 2010

Arnaud Mirloup – Les trolls sont liés à la Norvège, ils font partie du patrimoine, aussi n’avez-vous pas peur de mauvaises réactions à l’international si tout le monde pense qu’ils sont méchants ? Le tourisme va en pâtir. Le gouvernement norvégien cautionne t’il ce film ?…

André Øvredal – Ha ha, non, je crois que la réaction internationale aux trolls sera très bonne. Elle A ETE bonne. Un bel accueil. Les gens aiment les trolls partout dans le monde, même s’ils sont mauvais. Les trolls sont des animaux, une espèce en voie d’extinction, et nous devons les protéger. C’est pourquoi nous avons le « Troll Security Service ».

Vos monstres semblent avoir comme des airs de parenté avec ceux de « Where the Wild Things Are » : y avez-vous songé ? Est-ce une sorte de vengeance quant à ces gentilles peluches ?

Je n’ai jamais vu ce film, mais j’ai entendu d’autres personnes les comparer également… Je vais le découvrir bientôt.

(Ajout mars 2012) Avez vous participé à la conception graphique de ces créatures ou bien est-ce dû à l’équipe des VFX ?

Seule l’équipe chargée des effets spéciaux à travaillé sur la conception de ces créatures. Mais évidemment, en tant que réalisateur j’ai moi-même constamment travaillé avec eux, tout du long.

Un autre film, finlandais celui-là, va bientôt sortir : « Rare Exports », il parle d’un vilain père Noël. Pourquoi en Scandinavie ressentez-vous actuellement ce besoin de maltraiter votre folklore ?

Je n’ai pas encore vu ce film non plus, mais je pense que nous avons un folklore très riche en Scandinavie, et on commence seulement à savoir comment le mettre en avant sur nos écrans, en tout cas avec, je l’espère, une vision neuve et créatrice. En faisant ce film j’essaye de remettre nos trolls sous la lumière (même s’ils n’aiment pas ça !), et de leur redonner leurs lettres de noblesse.

Pouvez-vous nous offrir une petite anecdote du tournage ?

Lorsqu’on filmait une interview avec le chasseur de trolls en train de parler de trolls, à chaque fois je me mettais à rire si fort derrière la caméra que j’ai ruiné la scène. On a dû la retourner plusieurs fois, on a perdu de très bons moments. C’est très peu professionnel de ma part.

Février-mars 2012

Même s’il est réalisé comme un documenteur, Troll Hunter dispose de certaines scènes, très bien faites, qui semblent plus classiques. Les larges visions de la nature norvégienne, toute la scène du pont, l’affrontement final d’un point de vue lointain… N’aimeriez-vous pas réaliser un film plus classique ? Vous avez, je crois, un réel sens du cadre.    

Oui, je veux aussi réaliser un film de manière classique. Je suis d’ailleurs en plein milieu du tournage d’un court métrage de science-fiction qui sera de facture très classique. Je ne crois pas que je ferai jamais un autre film en found footage. J’adore trop composer.

D’ailleurs, la scène du pont m’a semblé très compliquée à mettre en place. Était-ce le cas ? Vous rappelez-vous combien de temps ça a pris ?

Les effets spéciaux sur cette scène ont été fait par seulement deux personnes et il a fallut six mois pour la terminer. Sur le tournage je devais courir partout en prétendant être le troll, pour montrer où il se déplaçait et ce qu’il allait faire. Après, les deux gars des VFX, Rune Spaans et Atle Blakseth, ont créé le design de la créature, les textures, l’intégration, le mouvement etc. On a aussi partiellement usé de la motion capture avec un acteur pour la scène, mais l’animateur Atle Blakseth est largement revenu dessus ensuite.

Il me semble que certains n’ont pas aimé votre film à cause des moqueries que l’on y trouve sur les chrétiens. Très amusantes et plaisantes pour moi, qui ai très apprécié cette liberté de ton. Qu’en pensez-vous ? Croyez-vous que cette particularité sera conservée dans le remake américain ? D’ailleurs : le réaliserez-vous ? Rien n’est peut-être encore décidé…

Il n’y a pas de moquerie quant aux chrétiens dans le film ! Tout provient des contes de fée norvégiens sur lesquels il est basé. Dans ces histoires, les trolls disent toujours « Je peux sentir le sang d’un chrétien » lorsqu’ils sentent un humain. Cette idée m’a juste amusé et j’ai rendu cette odeur du sang chrétien « réelle ».

Je ne sais encore rien de solide sur le remake américain. Je ne le réaliserai pas.

Est-ce que vous sauriez me définir le "genre" de votre film ? Une comédie ? Un film d’horreur ? De ma fenêtre c’est un peu des deux mais j’aimerais avoir votre point de vue là-dessus.

Un roadmovie !

J’ai beaucoup pensé au film de Peter Jackson « Forgotten Silver » en voyant le vôtre. Y avez-vous pensé en construisant Troll Hunter ? Vous avez cette même intelligence dans votre sens de l’humour, ce même esprit d’elfe facétieux.

Merci de comparer Troll Hunter à ce classique de Peter Jackson, mais j’avoue n’avoir jamais vu « Forgotten Silver ». Mais je vais le faire !

Qu’auriez-vous dit si quelqu’un était venu vous annoncer : « s’il vous plait, Mr Øvredal, pourriez-vous venir réaliser The Hobbit ? ». Vous auriez pu…

Haha, à votre avis ?…

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Merci à André Øvredal d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

« Aucun troll n’a été blessé durant le tournage de ce film » peut-on lire dans le générique de fin (source : IMDb).

Photo du réalisateur empruntée à http://www.filmogkino.no, également source de quelques éléments lisibles dans l’introduction.

 Arnaud Mirloup

A peine revenue du Stockholm Film Festival, Aurore pose déjà sur le bureau des Givrés un gros dossier. « Stockholm » est scribouillé dessus. De ce dossier, elle en sort un autre, plus petit, où y est écrit « Marianne ».
« Voilà ! » dit-elle. « J’ai échappé de justesse à un attentat à cause de ça, maintenant t’as intérêt à bien mettre la chose en page ! » me suggère t’elle aimablement. Je m’exécute.

Voici son interview de Filip Tegstedt, réalisateur suédois d’une Marianne actuellement en post-production, qui, si elle daigne nous montrer un téton, l’accompagne toujours de visions cauchemardesques. Ca t’étonne ? Ca n’est pas de sa faute, elle ne peut pas s’en empêcher. Explications.

Aurore Berger Bjursell – Filip Tegstedt, quel est ton parcours?

Filip Tegstedt – Je travaille dans le cinéma à différents postes depuis 1999; en 2003 j’ai commencé une formation de scénariste à Göteborg et j’ai ensuite travaillé comme freelance pour la TV à Stockholm en tant qu’assistant de production. J’ai également plusieurs courts-métrages à mon actif et une série de web-TV de 90 minutes produite avec un petit budget, donc on peut dire que mon background est dans l’écriture de scénario et le guerilla filmmaking.

Que raconte MARIANNE, ton premier long-métrage?

MARIANNE parle d’Östersund, la petite ville dans laquelle j’ai grandie, et des gens là-haut. On a tourné dans un pavillon situé à seulement  deux pâtés de maison de là où j’ai passé mon enfance et tous les lieux de tournage sont dans la région, si bien qu’on pourrait dresser une carte et suivre l’action du film pas à pas. L’histoire en elle-même parle des relations entre un père et sa fille, de leur manque de confiance réciproque et de comment leur famille est en train de se désagréger suite au décès de la mère.

Krister (Thomas Hedengran), veuf tourmenté. Par les remords ?

Pour les Français, Marianne est synonyme de patrie, comme Svea ou Birgitta en Suède. Est ce que tu peux nous en dire plus sur ta MARIANNE, ce qu’elle est et ce qu’elle symbolise?

La raison pour laquelle le film s’appelle MARIANNE est que ça sonne comme "Maran" (la Mare). Le personnage de "MARIANNE" dans le film est le catalyseur de l’action, mais aussi l’antagoniste.

Une mare est une créature surnaturelle dans la tradition populaire suédoise, et est parente avec le loup-garou. C’est une femme damnée, exactement comme le loup-garou, mais sa malédiction, au lieu de la métamorphoser en loup, transporte son corps pendant son sommeil et sans qu’elle ne s’en rende compte. Elle rend alors visite aux villageois, s’assoit sur leurs cages thoraciques pendant qu’ils sont assoupis en leur causant d’affreux cauchemars. C’est de là que les mots  "mardröm" (en Suédois), "nightmare" (en Anglais) et "cauchemar" tirent leur étymologie. A l’origine, le mot vient d’un terme germanique qui signifie "écraser" ou "presser" à cause de la sensation de suffocation que les cauchemars provoquent. Cette légende vient du phénomène physiologique de la paralysie du sommeil et des hallucinations hypnopompiques, qui se manifestent quand on se réveille avant son corps, toujours à moitié dans ses songes. On a alors souvent le sentiment que quelqu’un d’autre est dans la chambre tandis qu’on est allongé et complètement paralysé. C’est un sentiment très désagréable, mais un phénomène très commun. Dans d’autres cultures, il a donné naissance à d’autres créatures mythologiques comme les Succubes et les Incubes. Beaucoup de personnes qui affirment avoir été enlevées par des extraterrestres décrivent des phénomènes similaires, où elles se réveillent dans leurs lits et ne peuvent pas bouger, tandis qu’elles ont l’impression que des extraterrestres sont dans la pièce. MARIANNE est une adaptation moderne à la  fois de la légende de la mare dans le folkore suédois mais aussi une étude sur le fonctionnement réel de ce phénomène physiologique.
Krister, qui est le personnage principal, essaie de découvrir si c’est une mare qui vient le hanter, ou s’il est en train de perdre la raison, et je veux que le spectateur se fasse sa propre opinion.

Sven (Peter Stormare), thérapeute "surbouqué".

Comment fait on pour produire un premier film, qui plus est d’épouvante, quand on habite le Jämtland?

Que ce soit dans le Jämtland a facilité les choses. Le style visuel du film est très documentaire, à la Dogma. On a utilisé beaucoup de lumière naturelle et on a tourné l’été quand la nuit ne durait pas plus de 2 à 3 heures. Östersund est une petite ville, et ça a été très facile de trouver des partenaires  parmi les commerçants locaux et la commune. Entre autres, on a fermé un pont entre Frösön et Östersund pour une cascade de collision entre deux voitures pendant qu’on filmait depuis un hélicoptère. Ça n’aurait jamais marché à Stockholm. A Östersund ce fut très facile. Une condition est donc de faire un film de genre. L’horreur, c’est bien, car le public est très restreint mais très fidèle. Ceux qui regardent des films d’horreur les voient TOUS. Peu importe la provenance, la langue ou la culture. L’horreur, c’est l’horreur. Après bien sûr, il faut de l’argent, du matériel, et être prêt à consacrer chaque minute à son travail. Il n’y a plus de temps libre ou de vie sociale. On travaille constamment. Mais il faut bien faire des sacrifices quand on a un budget serré. La prochaine fois, j’espère avoir plus d’argent.

J’écoute du son sur le ponton : c’est bon.

Plusieurs vedettes suédoises jouent dans ton film, comment les as-tu convaincues de jouer dans MARIANNE?

Je suis entré en contact avec Thomas Hedengran (Krister) grâce à mon conseiller dramaturgique, Morgan Jensen (ils se connaissaient déjà).
Thomas est un très bon acteur, vraiment doué, qui a joué dans beaucoup de très bons films suédois comme "Les Chasseurs", "Hamilton" et "Den Osynlige", mais ce rôle-ci est certainement, jusqu’à maintenant, son rôle le plus important dans un film. Tintin Anderzon, qui est une de mes actrices préférées en Suède, a probablement accepté de participer parce qu’elle trouvait le projet intéressant, et qu’elle connaissait aussi déjà Thomas. Peter Stormare, qui est aussi fortement intéressé par le folklore suédois, allait jouer dans "Les Chasseurs 2" à Överkalix le même été. Puisque nous travaillions avec un budget serré avec une équipe très réduite, nous étions très flexibles, et nous nous sommes adaptés à ses disponibilités. Tous les trois ont leurs racines ici, ce qui était une condition. Thomas est de Sveg, la mère de Tintin est d’Östersund et Peter est d’Åbrå dans le comté du Gävleborg. Je voulais que le film décrive la vie dans le Jämtland, et donc c’était important d’obtenir
le bon accent.

J’ai lu que ton film utilisait uniquement le dialecte de ta région. Pourquoi ce choix?

Le Jämtland se différencie culturellement du reste de la Suède. Nous faisons preuve d’un patriotisme local très poussé ici et d’un point de vue purement historique, nous ne nous voyons pas comme une partie évidente du reste du pays. Ce n’est pas comme en Irlande du Nord, mais plutôt plus comme au Texas. On a notre propre drapeau, notre propre langue qui se nomme Jamska et qu’on parle naturellement dans nos campagnes. Le Jamska fait partie de notre culture et est un mélange de Suédois ancien, de Norvégien ancien et de termes locaux. Il existe même une multitude de dialectes différents dans le Jamska, ce qui en fait, contrairement à ce que certains croient, une langue en soi et non un patois. A Östersund on parle bien entendu Suédois avec l’accent d’Östersund, mais le dialecte du Jämtland est un peu particulier, car on y peut trouver beaucoup de mots empruntés au Jamska. On a même notre propre président ici, même s’il remplit plus une fonction symbolique que politique, et notre hymne national qu’on chante tous chaque fin d’année scolaire. Puisque le film se déroule à Östersund, c’était très important d’y inclure ça.

Comment  fut le tournage?

Ça s’est déroulé très bien en fait. Presque honteusement bien. Pourtant on faisait en moyenne cinq scènes par jour. Ça s’est bien passé beaucoup grâce à notre façon de tourner, avec par exemple de la lumière naturelle et l’utilisation du Canon 7D, qui est un appareil photo reflex avec lequel on peut tourner en vidéo HD (1080p) en 24 images/seconde. C’est très facile à utiliser, et très rapide pour travailler.

Quels sont les festivals où MARIANNE a été ou sera montré?

On a envoyé des dossiers de candidatures à quelques festivals mais j’attends toujours des réponses. Il y aura plus d’informations disponibles sur notre compte Twitter dès qu’on en saura plus: http://www.twitter.com/MarianneMovie

Est-ce que des distributeurs étrangers ont montré leur intérêt pour surfer sur la vague de "MORSE"?

Je pense que ce film nous facilite la vie, car il est très proche et dans le même genre. On peut le montrer du doigt et dire qu’on fait quelque chose pour le même public. Mais je crois que les distributeurs qui ont manifesté leur intérêt l’ont fait en premier lieu grâce au matériel qu’ils ont vu de mon film. C’est ce qui en ressort, et ça c’est cool.

Étrange. Une voiture a des pellicules tandis que le chauve, lui…

Comment penses-tu distribuer ton film en Suède?

C’est une discussion qu’il faudra aborder avec les distributeurs. Cela va aussi dépendre du parcours en festivals pendant 2010-2011. Montrer en salle un film suédois en Suède n’est pas toujours une bonne idée. Si c’est un film à grand spectacle ça peut en être une. Pour un film moins important avec une distribution plus confidentielle ça peut être un mauvais choix, économiquement parlant, car les films suédois perdent presque toujours de l’argent en sortant sur les écrans en Suède.
Donc on verra. C’est peut-être préférable d’investir cet argent dans une belle édition Blu-ray. Comme ça ceux qui apprécient une belle image et un bon son pourront recréer une séance dans leur Home Cinema à la place.
Mais je reste ouvert aux propositions des distributeurs. Ils savent de quoi il en retourne.

Quels sont tes prochains projets?

Il y a un peu toutes sortes de projets différents dans l’air, mais rien de concret pour le moment, malheureusement. Il y a beaucoup de choses que j’aimerais faire, si j’en avais les moyens financiers…

 

Inteview signée Aurore Berger Bjursell.

… de son dernier bébé Babycall, justement, que nous-mêmes avons déjà présenté par là.

Sur Youtube se trouve  une petite interview suédoise "brute" de 5 minutes dans laquelle l’actrice, jusqu’à présent étiquetée Lisbeth Salander, aborde son rôle dans le film et d’autres petites choses encore. Un grand merci à Aurore Berger Bjursell pour sa traduction (son blog, largement connexe : http://www.cineaster.com/).

 

… avec un peu d’Anders Thomas Jensen dedans, une certaine vision du Dogme, un bref coup d’œil dans le rétro suivi d’une légère déprime, étouffée par une volonté manifeste d’aller toujours de l’avant.

Lien vers la Partie 1

Arnaud Mirloup – … Anders Thomas Jensen a écrit le second film que vous avez réalisé, Til døden os skiller. Il est réputé pour ses comédies noires…

Paprika Steen – Cela a vraiment été un mix entre lui et moi. Les dialogues, le fond de l’histoire… je me suis beaucoup impliquée dans ce scénario. Je veux dire, il a écrit le scénario, ensuite je l’ai accommodé pour me l’approprier, en faire quelque chose de plus personnel.

Vous aviez déjà travaillé avec lui auparavant.

Oui, en tant qu’actrice il m’a dirigé dans Adam’s Apples et j’ai joué aussi dans deux autres films qu’il a écrit : Open Hearts et Mifune… et Rembrandt aussi ! Il y en a tellement, je ne me souviens pas de tous. C’est un très bon ami.

En ce moment, il en est où ?

Il écrit pour Suzanne Bier. Je ne sais pas s’il réalise, il vient d’avoir son troisième enfant alors…

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Parlons du Dogme. Etiez-vous présente dès sa création ?

Non. Ils étaient quatre. J’ai été impliquée à partir du moment où ils ont demandé qui souhaitait figurer dans leurs films. Ils ont tous fait appel à moi pour savoir qui pouvait les rejoindre, ce que j’en pensais. Mais ils ont d’abord lancé leur projet, obtenu l’argent et ensuite seulement ils m’ont contacté. Je ne sais pas pour quelles raisons ils ont fait appel à moi. Lars Von Trier m’a demandé à deux reprises d’être son assistante sur ses projets, et j’ai dit non (rires). J’avais très peur d’être l’assistante de Lars Von Trier. Je veux dire : j’aurais adoré l’être si je n’avais pas eu mon caractère, mais ça n’était pas le cas. Ma personnalité, sa personnalité… J’ai trop d’une reine, et lui trop d’un roi. J’étais encore très jeune, personne ne me connaissait, ça l’avait surpris. Maintenant je vois tout ça d’un autre œil. Avec humour. Thomas [Vinterberg, NDLR] je le connais depuis l’école de cinéma et de théâtre, j’ai participé à son film de fin d’étude. Il a fait quatre années d’étude, puis il a tourné Drengen der gik baglæns (1994). J’ai fait le casting sur ce film, donc il me connaissait déjà. Ensuite j’ai joué dans son film The Biggest Heroes (1996, De største helte) puis il m’a demandé de jouer dans The Celebration (Festen, 1998) et je lui ai encore donné un coup de main pour le casting. Je l’ai refait pour Les idiots de Lars Von Trier (1998, Idioterne). Après ça, Kristian Levring m’a contacté pour me demander de l’assister sur The King is Alive (2000) mais quand il m’a dit que cela se passerait en Afrique, j’ai dit non, merci, je ne crois pas pouvoir travailler avec de si hautes températures ! Je n’avais pas encore été derrière la caméra à cette époque, j’étais très jeune… Mais j’étais très honorée. Puis Soren Kragh m’a appelé, m’a demandé si j’avais un nouveau projet, qu’il aimerait que je sois dans le sien puisque j’étais devenue une sorte de messie du Dogme ! (ce qui a donné Mifune, NDLR). Voilà comment tout s’est passé.

De l’extérieur on avait l’impression que le Dogme c’était un peu un Woodstock cinéphile, voire même une secte…

Non, pas du tout. C’était une bonne idée à la base, comme un squelette, une structure imposée dont le but était de vous mettre en difficulté pour vous pousser à donner le meilleur de vous même, voir si vous étiez capable de faire un bon film. Aucun d’entre nous ne savait alors que ça allait devenir une telle vague. Les films étaient fauchés, faits en six semaines, quelquefois pendant les vacances, personne ne pouvait savoir que… qu’on serait toujours en train d’en parler aujourd’hui ! On ne faisait que des scénarios distrayants ou tragiques, j’étais actrice mais j’allais aussi chercher mes vêtements, je faisais mon maquillage et… je croyais que personne ne verrait ces films alors… C’est intéressant, c’est dingue, et cela a été très surprenant pour nous de devoir parler de ça comme si c’était un nouvelle philosophie ou… je pense que c’était voulu, mais on ne pensait pas que ça allait prendre une telle ampleur. Puis Cannes est arrivé, et là ça a explosé.

Les films étaient bons. S’ils avaient été mauvais on n’en aurait pas parlé encore douze ans après. Ils étaient aussi très provocateurs.

Oui, mais vous me demandez si cela a commencé comme une secte, ça n’est pas comme ça que ça a démarré. Ça l’est devenu, après. Au départ, on était très innocents.

Comment peut on passer de l’univers des Idiots de Lars Von Triers au doublage d’un dessin animé comme  Kirikou ? Ce que vous avez fait, à l’époque.

Ca fait partie de mon travail. Je ne me mets pas juste devant une caméra, je fais aussi du théâtre, je chante, je danse – j’ai d’ailleurs deux prix -, je fais des films, je joue, je réalise, je produis… Je ne suis pas encore une bonne écrivain, j’essaye mais c’est très dur pour moi. J’adorerais peindre mais je ne peux pas. Je ne joue pas d’instrument de musique parce que mon frère joue de tous les instruments ! J’ai abandonné pendant mon enfance. A chaque fois que j’essayais le piano il faisait mieux que moi, alors j’ai arrêté. Cela fait partie de mon travail, les voix aussi.

Vous avez tout fait, vous avez travaillé avec les plus grands, abordé de nombreux styles différents… Quels sont vos projets actuellement ? Ce film, par exemple, Applaus, est une sorte de consécration en tant qu’actrice…

Je n’ai pas tout fait. Je n’ai pas joué beaucoup de Shakespeare, pas beaucoup de films français, suédois, américains… J’ai besoin de grandir en tant qu’artiste. Je viens de tourner dans un film anglais [Skeletons, NDLR], un rôle très intéressant à jouer parce que dans une langue différente. (elle se met à parler en français ) "Je peux parler français si tu veux, mais c’est très difficile pour moi. Il y a (elle cherche) 27 ans je suis restée 3 mois à Paris et maintenant je parle comme ça".

C’est très bien.

(toujours en français) "Je parle français mais j’oublie tout. Si je reste ici quelques semaines, ça revient. J’ai jamais étudié le français, j’ai jamais lu le français mais…" (retour à l’anglais) ça s’est fait à l’oreille. Je parle un peu russe, un peu français, je peux apprendre une langue très facilement, j’aime bien travailler dans d’autres pays… J’aimerais aussi mettre en scène une pièce de théâtre, il y a tellement de choses que j’aimerais faire. Là je vais revenir au Danemark pour jouer dans une pièce sur une journaliste tuée en Russie, Anna Politkovskaïa. Ensuite je jouerai dans une comédie d’ Ole Christian Madsen, le réalisateur de Flammen & Citronen. Cela parlera de football et d’amour. Je jouerai un agent. Vous savez, mon mari est un ancien gardien de but et mon fils joue au football cinq fois par semaines, le football est un sport très important chez nous et…

Vous jouez au football ?

Quand j’étais enfant, un peu, mais c’était trop dur pour moi. Je me souviens que je devais jouer alors qu’il neigeait, qu’il faisait froid, j’ai détesté ça. Je préférais danser. Je prépare actuellement un show au Danemark, l’équivalent des MTV Awards là-bas. En ce moment je m’entraîne parce que j’entame le show avec une grosse danse et…

Ce sera quand ?

En février. Tous les jours je danse… Je pense qu’il y a beaucoup de choses que je n’ai pas encore faites !

J’irai jeter un œil sur Youtube.

Oui ! J’ai 45 ans et je me jette dans la danse. Je dois être folle. Je ne devrais pas faire ça, je suis très nerveuse…

Chose promise…

J’aimerais beaucoup me jeter dans l’écriture, j’aimerais avoir le courage de le faire. Ma propre histoire, sans doute. Pas vraiment une histoire vraie mais… Je ne veux pas attendre d’autres scripts.

Un scénario ? Pourquoi pas un livre ?…

D’abord un scénario, mais j’avoue que j’aimerais beaucoup écrire un livre avant de mourir. Peut-être. Juste un.

Parce qu’avec votre expérience vous pourriez écrire un livre sur vous, et aussi sans doute sur 10 ou 20 ans du cinéma danois.

C’est gentil, mais vous savez combien de jours j’ai travaillé l’an dernier au Danemark ?

Non.

Quatre jours. Je n’ai pas eu du tout d’offres. J’ai travaillé en Angleterre et en Allemagne mais ça n’était pas grand chose. En tout j’ai travaillé sept semaines l’an dernier. Cette année, ce sera plus conséquent. Au Danemark je suis devenue un icône positive pour une institution, c’est dur pour les gens de me caster parce qu’ils ne veulent pas voir mon nom placardé partout vous savez. Je dois regarder dans d’autres directions. Bien-sûr je peux travailler au Danemark, mais je ne veux pas faire n’importe quoi. Je ne veux pas dire oui à tout. Je veux juste dire oui à quelque chose qui me plait. Je ne peux pas juste faire 5 pièces par an ou… Je suis très impliquée dans ce que je fais, je crois vraiment en ce que je fais… c’est très difficile pour une artiste parce que… Je ne me compromets pas… j’ai 45 ans et quand je regarde derrière je vois des oeuvres qui ont parcouru le monde. Il y a peut-être 30 films qui sont faits au Danemark chaque année, et ils ne font pas le tour du monde ! Il y a encore quelque chose en moi que je dois trouver, une sorte de clef, c’est très existentiel, vous comprenez ?

Oui.

Ca n’arrête jamais. Et si ça s’arrête, ça me déprime et je ne peux plus bouger pendant six mois.

Dans ce cas vous avez raison, il est peut-être temps d’écrire.

Oui, vous avez raison, c’est peut-être ce que je devrais faire. Ça me fait peur. Écrire c’est la partie la plus dure parce qu’elle concerne l’expression de soi.

Aimeriez-vous travailler avec un réalisateur français ?

J’adorerais !

Lequel ?

C’est embarrassant, aucun nom ne me vient là, je dois être trop nerveuse… Qui a fait « Un prophète » ?

Jacques Audiard.

C’est français ?

Oui.

Oh mon Dieu ça c’était un bon film. Très intéressant. Je crois que le cinéma français était en crise dans les années 80 et 90. Là ça revient, comme en Allemagne.

Peut-être devriez-vous jouer dans un film en 3D, demander à James Cameron…

Non, je ne serai jamais une telle star de cinéma ! Mais je travaille pour des shows télévisés en ce moment…

Avez-vous un nouveau projet en tant que réalisatrice ?

C’est très léger. Je ne peux pas en parler pour le moment, je ne sais pas encore ce que ce sera exactement. Ca parlera de rage, de colère, mais aussi de compassion. C’est très typique aux femmes modernes. La rage s’exprime tous les jours, dans les embouteillages, dans les supermarchés… Et la compassion nait lorsque vous vous retrouvez seule, assise, à penser au monde. C’est ce sur quoi j’essaye de travailler. J’écris, mais c’est encore vague… ce sera très humain.

Propos recueillis par Arnaud Mirloup en décembre 2009. Merci à Paprika Steen , à Alexandra Faussier des Piquantes, et à Maria Sjoberg-Lamouroux, directrice du festival Cinenordica.

paprika

Paprika Steen is a so Spicy Queen…

Venue présenter son film Applause (Applaus, 2009) à Cinenordica (Paris) en décembre dernier, titré en français Ovation pour le festival de Rouen qui a suivi, la lionne danoise Paprika Steen s’y confie à un aimable givré. Généreuse, elle aborde ce film-ci, d’autres, le dogme, qu’elle a largement côtoyé, son métier, les hommes, les femmes… à tel point qu’elle lui offre un très beau portrait sur un plateau au givré, le sien, à lui qui, honte sur lui, est loin de connaître sur le bout des doigt sa carrière, sa filmographie. En voici la première partie.

Arnaud Mirloup – Pourquoi croyez-vous que nous autres français, à force de voir vos films à vous, les danois, en sommes arrivés à croire que vous êtes tous un peu timbrés ?

Paprika Steen – (stoïque) Parlez-vous des films faits ces dix dernières années ou…

Mettons, depuis les débuts du Dogme [NDLR : milieu des années 90] jusqu’à aujourd’hui.

Notre pays est très petit. je ne crois pas que nous soyons fous, je pense qu’en fait nous sommes un peuple qui s’ennuie. On vient d’une tradition, qui remonte à August Strindberg, Bodi Ipsen et Ingmar Bergman, et, vous savez, il s’agit toujours d’émotions, de liens, et même vous, si vous regardez en arrière dans votre propre vie, vous vous rendrez compte que quelque fois vous aussi avez été fou. Peut-être que nous y sommes plus habitués, mais je crois que vous avez aussi vos fous en France.

Vous avez raison, mais dans nos films, contrairement aux vôtres bien souvent nous cherchons à représenter une certaine norme rassurante. Nous n’avons pas pour habitude de faire figurer notre folie dans nos films. On essaye de montrer cette norme, ce qui n’est bien sûr pas le cas au quotidien mais…

Peut-être est-ce parce que vous êtes si habités par le chaos en France que vous rechercher le calme. Peut-être s’ennuie t’on tellement au Danemark qu’on éprouve le besoin d’y mettre un peu plus de piment. Je n’ai pas la réponse, mais je crois que notre façon de raconter des histoires a évolué. Si vous voulez aborder un sujet en particulier et le rendre intéressant pour le public, vous le saupoudrez avec un accident de voiture et quelques personnes un peu folles (rires). Je ne sais pas… C’est peut-être cela la raison, mais je crois en fait que le peuple scandinave est plutôt mélancolique… Pendant que l’on fait cette interview il fait très froid dehors [on est fin décembre 2009, NDLR], mais pour nous c’est comme ça six mois par an. Notre soleil se couche à 15h00, là vous avez toujours le soleil mais il est 17-18h00 ! Nous vivons dans l’obscurité la majeure partie de l’année. C’est plutôt ça, la raison, on vit toujours à l’aube. Toutes les pensées deviennent de plus en plus compliquées et de plus en plus en rapport avec ça. J’essaye de vous expliquer, mais moi-même je ne suis qu’à moitié danoise, ma mère ne l’était pas et je ne le suis pas vraiment. Je ne suis pas une danoise typique. Ma mère était américaine et ma famille est constituée d’artistes, je me sens plus une proche voisine…

Mais vous faites désormais partie du décors danois…

Oui, je sais, je suis devenue l’ambassadrice du peuple danois. J’en suis désolée (rires).

Extra-terrestre qui joue aux extra-terrestres dans The Substitute.

J’aimerais maintenant que l’on parle de Paprika Steen actrice. Comment préparez-vous vos rôles ? Usez-vous toujours de la même technique ?

Ma préparation des rôles est toujours très différente. Concernant Applause, qui traite d’une actrice alcoolique, je n’ai pas étudié l’alcoolisme, je n’ai pas fait de recherches.

Vous buvez ?

Non, je ne bois pas tant que ça. Je ne suis pas très douée pour ça.

Pour le film veux-je dire…

Non, j’ai déjà été saoule lors de soirées arrosées, mais je n’ai jamais été une grosse buveuse, ni une droguée d’ailleurs, je suis déjà trop folle vous savez, je déborde suffisamment d’énergie comme ça ! Mais j’ai vu beaucoup de gens se battre avec la drogue et l’alcool, et j’ai vu beaucoup de gens, dans mon métier, des actrices, des artistes, qui buvaient beaucoup trop. Pour le film il s’agissait pour moi d’observer, de faire un travail d’observation… J’ai fait The Substitute [Vikaren] dans lequel je jouais un alien, c’est une comédie, il s’agissait plus d’un feeling, ma recherche consistait à me mettre en forme, être vraiment forte, mais je ne fais pas de recherches, je me pose plus comme une interprète, vous comprenez ? C’est quelque chose que je regarde dans la rue. Pour moi c’est beaucoup, beaucoup de différentes observations que j’ai faites dans ma vie.

Cela ressemble t’il un peu à la méthode américaine de l’actor’s studio ?

Eh bien j’ai eu un entretien avec Merryl Stripp, et je suis exactement comme elle ! Je viens de la musique, une grande partie de mon jeu dépend de mon oreille et j’utilise aussi beaucoup mon intuition. Je crois que je n’arrêterai jamais de travailler, j’y pense tous les jours. Pour moi, jouer est également une philosophie. Je n’arrête jamais d’y penser. A l’art de jouer. C’est quelque chose auquel j’ai besoin de penser tous les jours. Et plus je vieillis, plus cela devient une philosophie pour moi. Comme une grande question qui planerait, une clef que je chercherais, quelque chose de ce genre, vous voyez. J’ai écouté Merryl Stripp dire : « cela peut être une voix, la ligne d’un script, l’acteur avec lequel vous jouez : ce qui compte le plus pour vous » et c’est exactement pareil pour moi, c’est comme prendre un peu de matière et… c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis un très mauvaise professeur. Je n’ai jamais eu d’élèves, je n’apprends jamais à d’autres actrices parce que je ne sais jamais quoi leur dire. Je peux seulement leur suggérer d’écouter leur voix, méditer, de se concentrer.

Gena Rowlandisation dans le très Cassavetesien Applause

Vous avez aussi travaillé avec beaucoup de réalisateurs, les plus grands du Danemark. Comment avez-vous collaboré avec eux ? Leur donnez-vous des conseils ?

Si un réalisateur me dit de faire ci et ça et que je ne suis pas d’accord, je dis que je ne suis pas d’accord. Mais on trouve toujours un arrangement. Je commence toujours par appliquer leur façon de faire, ensuite je propose la mienne. C’est vrai que vous avez besoin d’un réalisateur qui projète ses idée en vous, et c’est vrai que des acteurs répondent souvent : « non, je veux le faire à ma façon ». Cet enchaînement fait partie de la recherche, de la préparation du rôle… Vous pouvez être en désaccord sur une scène, bien sûr, mais je trouve toujours cela intéressant parce que ça l’est pour le réalisateur et aussi pour la scène. Il y a un échange. Evidemment, sur un film d’action ce serait différent mais moi je fais ça dans des films psychologiques…

Je suppose que chaque réalisateur a une façon différente de procéder…

Oh oui !

Tout au long de votre carrière vous avez travaillé avec beaucoup d’hommes, des réalisateurs, des acteurs… Je suppose que vous avez appris à parfaitement travailler avec eux.

Oui, mais j’ai eu cinq frères, j’ai eu de la chance, grâce à ça je n’ai jamais eu peur des hommes. Je ne crains pas les garçons, et je pense bien les connaître. Je comprends la vision des femmes qu’ils ont, je ne suis pas une féministe, je ne suis pas macho, je suis beaucoup plus… Je me vois comme une… mon âme… non, pas mon âme, mon inconscient plutôt, fait que j’éprouve beaucoup d’empathie. J’ai besoin de comprendre l’autre pour me comprendre moi-même. Je ne condamne pas les hommes. Je veux dire, je travaille très bien avec les hommes et je crois que parce que j’ai eu cinq frères j’ai l’énergie d’une sœur qui veut les écouter, je n’ai jamais eu de relation amoureuse avec mes réalisateurs, ni avec les acteurs. Jamais. Vous ne me verrez jamais au Danemark faire les couvertures de magazines people, je ne tombe jamais amoureuse de mon acteur favori et…

Vraiment ?

Non, vraiment. Peut-être que je l’ai fait, toute jeune, pendant deux semaines…

Et votre mari ? (le producteur d’Applause, Mikael Chr. Rieks, NDLR)

Non, il n’était pas dans le métier à cette époque. Non, je me sens très fidèle à un réalisateur, à un acteur avec qui je travaille… c’est pareil avec les femmes vous savez, j’ai moi-même réalisé des films.

Oui.

… et j’adore travailler avec les femmes parce que je vois tant d’autres choses chez elles que les hommes ne voient pas. Eux n’ont qu’une image réductrice d’elles. C’est pareil avec moi. Ok, je peux fumer une cigarette et boire, ou je peux… Dans Applause, cette Diva qui boit renvoie pour un homme à une histoire comme celle de The Wrestler, alors je crois que peut être mon passé avec mes cinq frères me rend très fidèle, très… J’aime beaucoup les hommes, je veux dire pas seulement pour le sexe mais je les aime vraiment, j’aime cette âme je les comprends, et je comprends aussi leurs tourments, ceux qu’ils éprouvent en ce moment où les femmes se mettent à devenir des hommes. Demandez au réalisateurs ce qu’ils pensent de moi, et vous verrez qu’ils vous diront que leur suis très dévouée. Mais je leur donne aussi…

Vous leur apportez autre chose…

Oui, je leur pose des question : est-ce que tu crois vraiment que ça se passe comme ça avec une femme ? Tu crois vraiment qu’elle ne peut pas etc etc…

Vous leur donnez des conseils quant aux sentiments d’une femme ?

Je ne donne pas de conseils, je ne suis pas thérapeute, je pense qu’il s’agit davantage d’un dialogue. Et c’est un dialogue intéressant. Parce que je découvre quelque chose de nouveau chaque jour que je travaille avec un nouveau réalisateur, et eux aussi découvre quelque chose de nouveau quand ils travaillent avec moi.

En tant que réalisatrice vous avez fait deux films [Lad de små børn... en 2004 et Til døden os skiller en 2007, NDLR]. Comment s’est passé votre retour au rôle d’actrice après ces expériences ? Etait-ce difficile ? Aviez-vous ensuite toujours eu ce même dialogue avec un réalisateur ?

Non, ça n’était pas difficile, mais j’apprends davantage maintenant donc je sais quand je dois me taire (rires). Je m’exprime moins à propos de moi mais plus à propos du montage, des choses plus techniques. J’ai plus besoin de me détendre en tant qu’actrice. Quand j’étais plus jeune j’accordais beaucoup trop d’importance à tout, maintenant je me rends compte que non, tout n’est pas si important. Je me concentre juste sur ce que je fais… Mais avant d’être réalisatrice, j’étais la pire des pire vous savez (rires). Je disais : « tu devrais faire comme ça et comme ça ». Après être passée à la réalisation je suis devenue plus calme, plus relax.

Vous avez aussi travaillé avec votre frère, Nicolaj Steen, qui a fait la musique de vos deux films.

Oui, il a fait ça. Il est fou mais il est doué, il peut tout faire et…

Comment peut on communiquer avec son propre frère sur de tels projets ?

C’était très dur ! Très dur. Nous ne sommes pas jumeaux mais on est très liés. C’était très… Je voulais que mon équipe réussisse, et lui voulait vraiment y arriver. C’était comme ça la première fois, pour la seconde c’était plus différent. Cela a été plus dur que je ne le pensais, mais je crois que ses compositions sont fantastiques et de très haut niveau. Plus que ce à quoi je m’attendais. Il l’a fait parce que c’était moi, il a eu cette force de… Il me connaît bien, cela a aidé. Il était très direct avec moi, mais c’était très intéressant, et comme mon premier film parlait de la perte, de la souffrance, il me connaît et… c’était une sorte d’hommage à notre mère décédée il y a quelques années. Il n’y a pas ce thème de la mère dans le film, mais… Ma mère est décédée il y a plusieurs années, je crois que mon frère et moi en avons beaucoup souffert. Cette musique est devenue une sorte de…de…

Sur ce film vous avez eu cette approche là ?

Je ne voulais pas qu’il soit triste sur ce film, et je ne voulais pas être heureuse non plus.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir ces films. Le premier est un drame, le second plus une comédie noire je crois…

Une comédie mélodramatique, oui.

Anders Thomas Jensen a écrit cette seconde histoire, lui c’est un spécialiste de…

(A suivre)

Propos recueillis par Arnaud Mirloup

… et  de ses quelques projets en cours, en passant par quelques anecdotes sur sa filmo. Entretien effectué à l’occasion du dernier Cinenordica.

Natural Ole Bornedal killer !

Dans la revue de presse consacrée à son Just Another Love Story, Ole Bornedal avoue que l’idée lui est venue alors qu’il s’en allait rejoindre sa maîtresse, peu avant qu’il ne quitte femme et enfants. De ces sentiments opposés que sont la libération et la culpabilité, le réalisateur en a tiré ce film, et même le suivant, Deliver Us From Evil, un wagon que l’on peut sans peine rattacher à ce petit train train quotidien chamboulé dans tant et tant de couples. Mais chez un artiste qui cherche à l’exprimer, cette banalité n’en est plus une. Elle alimente respectivement un polar tordu et un thriller ultra violent. Dans le premier un adultère devient source d’un mensonge tarabiscoté, dans le second un "coupable" cherche en vain à réparer ses erreurs criminelles…

Arnaud Mirloup – Que vient faire Lene Nystrom dans Deliver Us From Evil ? (la chanteuse du groupe Aqua, célèbre chez nous avec le tube “Barbie Girl”, NDLR) ? C’est une Barbie girl qui ici n’est pas vraiment dans un Barbie World…

Ole Bornedal – Non, en effet ! C’était vraiment amusant parce que j’ai casté beaucoup de… En fait, tous les acteurs de Deliver Us From Evil sont débutants ou amateurs, ils n’ont pas réellement fait de films auparavant. Au départ je souhaitais que Viggo Mortensen et Mads Mikkelsen jouent les deux frères, mais comme ils n’étaient pas disponibles j’ai finalement décidé qu’il n’y aurait aucun acteur célèbre dans ce film. J’ai voulu un nouveau casting et j’en suis arrivé à caster Lene Nystrom parmi beaucoup d’autres actrices non connues. Le truc c’était que toutes ces actrices danoises jouaient les costaudes, comme ces féministes fortes qui se comportent comme des hommes, sont aussi fortes qu’eux, dures, déterminées et… C’est cela que je recherchais, mais je voulais aussi une femme romantique, une femme hitchcockienne, une victime, une femme qui pourrait regarder son mari dans les yeux et lui dire : « Oh mon Dieu comme je t’aime »… Au milieu de toutes ces femmes on m’a suggéré Lene Nystrom, la « Barbie girl » (rires)  et là j’ai du dire quelque chose comme : « arrh, pfff… » puis je l’ai castée et là… Lene était romantique ! Elle était vraiment romantique…

Lene Nystrom dans Deliver Us From Evil. Aqua bon dire camion ?…

Oui, elle est bien.

Elle était très fragile, elle était très… poétique, elle était très différente de toutes ces féministes rudes qui parfois nous étouffent un peu trop. Elle était à la hauteur. Son mari dans le film (joué par Lasse Rimmer, NDLR) n’a jamais tourné dans un film auparavant, c’est un humoriste stand-up. Il y a beaucoup de personnages que j’ai castés en fonction de leur visage, de leur sensibilité ou…

Ses yeux, aussi…

Ses yeux de fou, oui…

On vous sent souvent très proche de vos personnages, en particulier les vilains, les méchants, si tant est qu’on parle de méchants… Avez-vous été ou êtes vous vous-même méchant ?

Non, je suis un gentil.

Vous êtes définitivement un gentil ?

Je suis un gentil et je n’ai jamais rien fait de vilain dans ma vie, tout comme vous (rires).

Évidemment ! Je vous parle de cela parce que, dans ce film, le personnage le plus fort pour moi, le plus impressionnant c’est Lars, le vilain, joué par Jens Andersen. Il est très charismatique. De mon point de vue c’est ce personnage qui apporte les différences entre votre film et un simple bon remake des Chiens de paille de Sam Peckinpah. Est-ce cela, le mal, qui vous a intéressé lors de l’écriture du script ?

Je pense que quand vous me demandez si je suis un gentil ou un méchant, et que j’essaye de blaguer là-dessus, ça reste le sujet du film. J’aime quand vous dites que pour vous Lars est le personnage principal, parce que c’est le cas. Je ne le savais pas quand j’écrivais le scénario, mais plus je tournais de scènes, plus j’avançais dans le film et plus je voyais qu’il était au centre de tout le film. Il fait les pires choses, évidemment, il a ce terrible accident et cache ce qu’il a fait, ce qui est terrible, criminel, mais ensuite ce gars cherche à se racheter, il essaye de s’en sortir, il essaye de stopper la vague qu’il a soulevée. Alors j’éprouve de plus en plus de compassion pour ce personnage, ce qui est bien-sûr un sentiment compliqué que d’éprouver de la compassion pour quelqu’un qui, à la base, est le vilain de l’histoire. C’est le sujet de Deliver Us From Evil, ce pourquoi le titre est si religieux. Depuis 2001, sur notre vaste monde on dit facilement que nous sommes les gentils et que ceux-là sont les méchants. Les méchants viennent d’ex-Yougoslavie, d’Iran, ils sont afghans ou pakistanais et on va tuer tous ces fils de pute. Cette vision des choses est très primitive. Quand vous pointez votre doigt vers un autre gars de l’autre côté de la rue et dites à quelqu’un près de vous que celui-là est mauvais, vous vous vantez d’être un saint, vous faites de vous-même un ange. Personne ne peut faire ça, personne ne peut croire en ça. Et lorsque vous regardez le film Deliver Us From Evil, il n’y a pas réellement de méchant pas plus qu’il n’y a de bons, et ceux que vous pensiez bons ne le sont finalement pas tant que ça. C’est compliqué. Et c’est pourquoi je pense que nous tous, même vous qui vous pensez gentil, juste comme moi, avec des circonstances bonnes ou mauvaises, un mauvais scénario, un mauvais postulat, nous pourrions aussi nous comporter comme des salauds, et quelquefois peut être dans nos vies, même si vous détestez l’admettre, on peut aussi s’être déjà comportés comme des salauds. La femme que l’on a besoin de quitter, les enfants que l’on traite mal après s’être emporté… On ne peut jamais se « délivrer du mal ». C’est là, quelque part en nous. Bien sûr il y a des gens qui ont un fardeau plus lourd que d’autres, je ne dis pas que nous sommes tous pareils, mais je ne pense pas que qui que ce soit puisse entrer dans une église et se placer lui-même sur un piédestal en clamant haut et fort « Je suis un Saint ! ». C’est de la connerie.

Deliver Us From Evil : Lars (Jens Anderssen) en extase devant la bière qui coule à flots.

Vous aimez les difficultés…

Eh bien…

J’ai une interprétation toute personnelle de la fin de Deliver Us From Evil qui est que vous incluez le spectateur dans ce tourbillon de violence. Ai-je tort ?

C’est-à-dire ?

En tant que spectateur, quand vous aimez excessivement le cinéma de genre parfois vous en voulez toujours plus : plus de violence, plus de sexe… un défouloir pour bas instincts sur grand écran. A la fin de votre film une femme arrive et nous dit que, voilà, c’est fini. Elle pourrait tout aussi bien nous dire que ça suffit, qu’on en a eu assez. Dans ce film les vilains ne le sont pas tant que ça, les bons non plus, et le spectateur, parce qu’il vient peut-être y satisfaire ses bas instincts, joue sans doute lui aussi un rôle, non ?

Peut-être avez-vous raison, c’est juste quelque chose auquel je n’ai pas pensé consciemment… Non, pas du tout.

Bon… J’aimerais parler un peu avec vous de l’importance de la musique dans vos films. Le score de Deliver Us From Evil m’a rappelé le morceau « Pavane » de Gabriel Fauré, une musique qui avait déjà inspiré la BO du suédois « Morse », est-ce conscient de votre part ? Avez-vous demandé à votre compositeur Stephen Nelson de travailler sur cette base ?

Non. J’adore Gabriel Fauré, je pense qu’il est l’un des plus grands maîtres, mais je n’ai pas parlé de cela avec Stephen, il a fait son propre travail. Et c’est évidemment un grand compositeur, je n’avais jamais travaillé avec lui avant. Mais je pense que dans tous mes films la musique tient un grand rôle dans la sensibilité des scènes. J’imagine que c’est la raison pour laquelle je n’ai jamais fait de documentaire, parce que cela m’aurait empêché d’utiliser de la musique. Je pense que la musique et les films sont deux médias qui se marient parfaitement. Même dans ce film. C’est très fort dans ce film. Je voulais une musique un peu vieillotte, j’ai dit à Stephen : « essayons de faire une musique qui serait comme voir un vieux Bergman en noir et blanc. Comme une vieille musique de film… »

Oui, j’ai lu une interview de vous sur le net (www.twitchfilm.net, NDLR), dans laquelle vous parlez de cette photographie de Dan Laustsen et de cet effet noir et blanc, vraiment très intéressant. Surtout lorsque l’on compare Deliver us From Evil à Just Another Love Story, où les deux images sont vraiment différentes.

Oui.

A la fois dans Deliver us From Evil et Just Another Love Story vous vous servez du téléphone portable pour qu’un cadavre puisse être découvert. Est-ce que vous croyiez que les téléphones portables sont remplis de choses mystérieuses et secrètes ?

C’est juste un outil dramaturgique, un outil très moderne que vous pouvez utiliser et… Le téléphone portable est une chose très dangereuse qui peut vous aider à tout découvrir, et je connais au moins quatre ou cinq hommes qui trompaient leurs femmes et se sont fait trahir par leurs portables. Le portable est la nouvelle terreur des contes modernes !

Avez-vous vous-même une histoire personnelle à nous raconter à propos de…

Non ! Non, non ! (rires).

Non, parce que vous n’êtes pas un méchant.

C’est ça.

Continuons sur Just Another Love Story : il y a quatre scènes complexes et très fortes dans ce film : l’accident, deux scènes mélodramatiques sophistiquées que j’imagine très compliquées à mettre en place, et l’affrontement final. Concernant les deux passages centraux, comment avez-vous fait ? Avez-vous travaillé cela au montage ou plus en amont ?

Les deux. C’est un mélange des deux, mais vous avez absolument raison, ce fut vraiment très difficile à faire. A cause de tous ces changements d’identité. Une autre personne qui prend l’identité d’une autre et cette autre personne qui doit composer avec l’identité d’une troisième, c’est très compliqué. C’est presque comme des mathématiques, c’est si difficile de faire que les choses s’assemblent correctement. C’était écrit comme ça dans le scénario, mais quand on a commencé le montage ça s’est avéré vraiment très ardu, alors on a passé des heures, des heures, et encore des heures à faire que cela tienne. Mais c’est comme composer de la musique, lorsque vous ajoutez de la musique vous continuez d’expérimenter, vous ne savez jamais où aller, ça n’est pas comme une image fixe. C’était très difficile à faire. Ca n’est d’ailleurs pas recommandé d’écrire un scénario sur plusieurs identités, vous devriez juste faire une histoire linéaire avec des personnages simples qui avancent l’un à côté de l’autre. Surtout ne jamais mélanger les identités, ça vous tue !

Just Another Love Story : une femme, en état de choc devant le sang qui coule à flots…

Oui, sans doute, mais pendant ces scènes là on sait qu’on est au cinéma, pas au théâtre. C’est vraiment fort… Vous dites que vous aimez prendre des risques dans vos films, et vous remplissez toujours vos scénarios de personnages torturés. Est-ce parce que vous-même aimez torturer vos acteurs ?

Non, je ne crois pas, je ne pense pas avoir jamais torturé d’acteurs. Non, parce que tout part d’un postulat avant de faire le film et avant de faire appel à qui que ce soit. Si vous torturez un acteur je pense que c’est parce que vous n’êtes pas un assez bon réalisateur. C’est le projet qui comporte l’idée majeure qui justifie la création d’un film, pour que tout le monde comprenne ce que vous faites et ce que vous comptez faire. Même celui qui apporte le café sur un plateau de tournage sait qu’il est important pour le film. On a besoin de faire ça pour pouvoir obtenir ceci. Et les acteurs doivent comprendre aussi que vous devez tout faire pour pouvoir arriver au bon personnage. Et s’ils ne comprennent pas ça quand vous réalisez une scène, et si je dois en torturer un pour avoir ce que je veux, ce sera parce qu’en amont je n’aurais pas fais mon travail correctement. Mais nous ne sommes pas toujours… Quand vous allez vers un acteur – et je l’ai fait – je vais vers un acteur et, avec le sourire, je lui dis : « C’est la pire performance que j’ai jamais vue, tu joues vraiment mal, tu crois qu’on est en train de tourner un show pour la télé ?… » Je peux dire ça à un acteur mais je peux le faire avec un sourire, assez pour qu’il sache… J’envoie l’information qu’il joue comme de la merde et qu’il va devoir se surpasser pour corriger le tir, mais d’un autre côté c’est fait avec suffisamment d’ironie pour qu’il comprenne que ça n’est pas une question de vie ou de mort non plus et… mais s’il le faut, je torturerais un acteur. Cela serait toujours parce que je n’aurais pas fait correctement mon travail en amont, mais si c’est nécessaire pour le film, je dois le faire. Je me suis déjà battu avec des acteurs pour qu’ils puissent…

… Je pense à l’une des dernières scènes entre Nikolaj Lie Kaas et Anders W. Berthelsem. Ils sont assis à une table avec leur dialogue, ou plutôt leur « trialogue » avec Rebecka Hemse. A ce moment, chacun avec leur identité cachée, ils doivent faire passer tant de choses. La puissance, la faiblesse… vous avez sacrément dû communiquer entre vous pour arriver à ce résultat.

Oui, je suis très impliqué avec eux, je m’assois avec eux, on se regarde face à face… Ils savent que je les soutiens, et ils savent exactement pourquoi on doit en venir là. Quelquefois ça fonctionne parfaitement, et d’autres fois… J’ai dirigé Depardieu [dans Dina, NDLR], je me suis battu pendant des heures pour qu’il arrive à pleurer, il n’y arrivait pas. J’imagine qu’il a déjà tellement joué ça qu’il ne veut plus faire ressortir ces choses. Alors j’ai dû essayer d’enseigner à Mr Depardieu comment aller chercher les émotions enfouies au plus profond de lui. Mais le gars était trop heureux vous savez,  plus grand que nature, alors ça n’a pas marché. Je ne dis pas qu’il n’était pas un bon acteur, je pense toujours qu’il est un grand acteur, mais il n’a plus vraiment besoin de faire ses preuves.

L’imposant Gérard Depardieu dans "Dina".

J’aimerais maintenant revenir brièvement sur votre expérience à Hollywood, d’où vous êtes parti il y a une dizaine d’années et où vous revenez. A propos du remake de Nightwatch, en 1997, j’ai vu que vous aviez retravaillé le script avec Steven Soderberg, est-ce exact ?

Oui.

Qu’a-t-il ajouté à votre script initial ?

Il a juste ajouté quelques scènes et quelques monologues au film. Ca allait, il a été correct et les conditions étaient bonnes pour qu’on puisse refaire ce film. Lui et moi aimions le projet mais les producteurs n’ont pas suivi, ça n’était pas le divertissement qu’ils souhaitaient voir. Ensuite je suis parti après avoir produit et écrit pour survivre à Hollywood. J’ai produit Mimic de Guillermo Del Toro, puis je suis parti parce que mon contrat avec Miramax ne m’apportait pas de bons projets. J’en suis parti, et là j’y retourne. Je travaille avec Focus Features sur l’adaptation d’un livre de Dean Koontz, « The Husband », sur un film français que j’essaye de lancer, également avec Focus Entertainment, ainsi que sur un thriller noir vraiment effrayant qui a lieu à Tokyo. Je fais ça avec Endgame à Hollywood et Takashige Ishise, qui a produit The Ring et The Grudge et…

Et qu’en est-il de ce nouveau West Side Story que vous souhaiteriez ultra violent ?…

Oh, vous avez entendu parler de ça ?

Entre autres choses, oui.

Je veux absolument faire une comédie musicale, ce qu’on voit en grand sur les affiches à New York. Ca me changerait…

Le West Side Story de 1961. "He’d like to remake it in Americaaaa…"

Quel type de musique y aura t’il ?

Ca devrait être du hip-hop moderne lié à de la beat music.

Avez-vous déjà le compositeur ?

Non, nous n’avons pas encore le compositeur, mais je vais certainement faire ce film, et pour ça je veux le meilleur. Ca devrait être la première fois que vous verrez un vrai mélange entre de la dance moderne et de l’ultra-violence (rires) !

Une dernière question : que pensez-vous du cinéma danois actuel ? Je pense par exemple à « Terribly Happy », qui vous doit beaucoup, ou à « Headhunter », photographié par votre collaborateur Dan Laustsen ?

Je n’ai pas vu ces deux films mais j’en ai entendu beaucoup de bien. Le cinéma danois local s’écarte des vieilles œuvres sociales et réalistes où des gens discutent de la vie, assis dans la cuisine, ce que j‘ai toujours trouvé terriblement ennuyeux. Je déteste ça. J’aime les bonnes histoires et actuellement de bonnes histoires sont en train d’émerger du Danemark . Ca, c’est génial.

Photo de Ole Bornedal empruntée à nfi.no.

Propos recueillis par Arnaud Mirloup en décembre 2009.

Merci à Ole Bornedal, à Alexandra Faussier des Piquantes, et à Maria Sjoberg-Lamouroux, directrice du festival Cinenordica.


Interview sur la banquette de la banquise

Alors que se termine doucement le festival Cinenordica, voici par chez Les Givrés un entretien avec l’organisatrice Maria Sjoberg-Lamouroux, qui nous parle avec passion de cette aventure puis conclue sur une belle leçon d’ouverture d’esprit dédiée aux fanas de films d’auteurs réfractaires au cinéma de genre… et inversement.

D’où vous vient cet intérêt pour le cinéma nordique ?

Il y a plusieurs choses. Moi, je suis suédoise d’origine. Je ne viens pas du cinéma, j’ai fait lettre et philo à la fac. Je ne savais pas trop quoi faire de mes lettres et de ma philo, alors je suis partie de Stockholm, pour la France, d’où je ne suis jamais repartie. Pour moi, le cinéma est une excellente manière de lier la littérature et la philo. Il y a la littérature dans le cinéma, il y a une écriture dans le cinéma, il y a une construction, il y a l’histoire à raconter, et il y a souvent ces choses qui me passionnent que sont les interprétations. Le cinéma est quelque chose que l’on fait ensemble, ça n’est pas comme un livre que l’on lit tout seul. Souvent, on discute après avoir vu un film, surtout dans un contexte comme ça, un festival, où l’on se retrouve après. Tout est histoire d’interprétations et je trouve ça passionnant. Là je retrouve donc la philo.

Cinenordica, c’est la deuxième édition. Quel sentiment éprouvez-vous cette année par rapport à la première ? Y a t’il une évolution ? S’est il passé quelque chose entre ces deux sessions ?…

Concrètement, je le savais, je l’ai toujours dit : ce sera plus facile la deuxième année. Mais là je le vis et c’est vrai, c’est vraiment vrai ! J’ai toujours dit à mon financeur et à mes partenaires qu’il faudrait que l’on travaille sur plusieurs années, parce qu’on a quelque chose d’assez petit à essayer d’installer et à essayer de faire comprendre, dans un pays et dans une ville où il y a une multitude de choses à faire, une multitude de propositions culturelles. On a un travail de visibilité, de fidélisation… Je sais que le public existe, il est là, les français ne demandent qu’à mieux connaître les pays du nord, ils aiment le cinéma scandinave, ils veulent… mais c’est un réel travail que de faire connaître ça aux gens. On existe, on organise cette rencontre, et si vous voulez venir, vous venez… Cela prend un certain temps. L’an dernier, c’était la première fois donc c’était… je ne vais pas dire que c’était très dur mais on partait de zéro. Là, on n’a pas démarré de zéro. On construit sur une petite base mais on a une édition derrière nous, c’est un sentiment assez agréable.

Devanture du cinéma du Panthéon sur l’édition 2008.

Vous construisez sur combien ? 5 ans ? 10 ans ? Ad vitam eternam ?

J’aimerais bien construire sur au moins 5 ans.  Pour après peut être rallonger d’encore 5 ans… Je pense que ça permettrait d’effectuer un travail très intéressant, d’aller chercher le public, qui est là, il est là ! Il ne s’agit pas de forcer quelqu’un à venir, il s’agit de…

… de créer une récurrence, qui fidélise…

Oui, fidéliser et… ça n’est pas facile. Les gens sont occupés, les gens intéressés par le cinéma sont sollicités de partout donc je pense que ce serait vraiment magnifique de savoir que si je disposais de 5 ans, on pourrait commencer à préparer un travail de fond là-dessus.

La 3ième année est donc clairement envisagée ? Pour l’an prochain, vous avez déjà des pistes ou est-il encore trop tôt pour en parler ?

J’ai des pistes, oui. J’ai une belle piste qui s’est un peu concrétisée aujourd’hui, ce serait d’agrandir notre champs d’action avec un autre pays scandinave, c’est à dire inclure la Finlande dans les pays que l’on présente à Cinenordica (le Danemark a été intégré à Cinenordica cette année, NDLR). Ce serait bien, ce serait logique par rapport à nos histoires, à nos pays. Ce serait très beau je trouve que de nous agrandir avec un pays par an. Au fur et à mesure que l’on prend de l’ampleur dans le temps, on gagne aussi un pays par année !

Vous êtes confiante quant au public ? Est-ce que vous pensez qu’il va suivre ce mouvement, ce cinéma là ?

Je suis confiante parce que les gens disent – ou alors ils sont très polis avec moi ! – qu’ils s’intéressent aux pays nordiques. Je sens un réel intérêt pour le cinéma nordique, la manière de raconter une histoire, l’humour dans les pays nordiques, l’exotisme, parfois, mais il y a un réel intérêt, je le sens, et en même temps il se passe quelque chose actuellement dans le cinéma nordique. Ces deux choses font que je suis très confiante.

Justement, qu’est-ce que vous pensez de cette incursion, forte, du cinéma de genre au sein de ce cinéma là qui, jusqu’à présent, est pour beaucoup synonyme d’austérité, qu’on aime ou pas l’austérité du cinéma scandinave. Est-ce qu’il vous plait ce cinéma de genre ? Est-ce que ces deux cinémas sont compatibles ?

Oui, je pense que c’est compatible. Surtout dans un festival. Moi, je suis très éclectique et refuse de choisir un genre de cinéma qui serait le mien. J’adore des genres très très différents. J’adore la comédie musicale, j’adore les films que vous dites austères, et dans ce festival il y a un équilibre à trouver entre différents types de films, et je pense que ce serait une erreur de…

… quand je parle d’austérité, je parle de cette idée qu’on s’en fait, qui peut être amenée à changer par, justement, cette incursion du ciné de genre…

Oui… Ca n’est pas incompatible pour moi. Peut-être que c’est la philo qui revient. Ca parle de choses différentes en nous, mais la comédie musicale me parle autant que… Prenez Burrowing, par exemple. Il me parle ce film. Il est plus profond, peut-être, il fait un peu plus peur, me fait creuser mes peurs, mes angoisses, les limites de ce que je suis pour ne pas être une autre… des questions beaucoup plus difficiles qu’une comédie musicale. Mais la comédie musicale, c’est moi aussi.

Burrowing (Man Tänker Sitt) des suédois Fredrik Wenzel et Henrik Hellström.

Si je vous en parle, c’est parce qu’à mon sens les choses s’imbriquent. Moi qui m’intéresse d’abord au cinéma de genre, j’en viens progressivement à m’intéresser à autre chose. Un ami fan de Ingmar Bergman – je n’en suis pas, du moins pas encore – m’affirme que son film « La source » appartient au cinéma de genre. Je n’ai pas encore vu ce film, mais je compte bien le faire. Grâce à cet intérêt, cette passerelle posée au détour d’une simple conversation.

Oui, et je pense aussi qu’un festival comme Cinenordica peut… on fait des petites thématiques, comme la thématique autour d’une maison de production qui s’appelle Fasad (les œuvres Burrowing et The Ape en sont sorties et furent projetés au festival, NDLR), ou la thématique sur la suédoise (« Le péché suédois », NDLR) qu’on montre là aujourd’hui, ce sont des films différents. C’est la thématique qui nous fait choisir certains films, ou alors le fait de montrer un éventail d’une maison de production. Ils n’ont pas forcément produit un genre de film mais ça fait que peut-être… On peut croire ne pas aimer mais en fait, justement, dans un contexte de festival, être amené à voir quelque chose qu’on croyait ne pas aimer et être très surpris…

manuel chiche

Comme Wild Side et Le Pacte s’apprêtent à distribuer Valhalla Rising dans l’hexagone en février prochain, tâtons un peu l’terrain…
Merci à Manuel Chiche d’avoir bien voulu répondre à ces quelques questions mailières.

AM – Pourquoi distribuer Valhalla Rising ?

MC – Nous avons co-financé ce projet au stade de l’écriture avec d’autres distributeurs européens afin qu’il voit le jour. Ce projet tenait particulièrement à cœur au réalisateur, qui est quelqu’un dont nous apprécions particulièrement le talent singulier. Que l’on aime ou pas, c’est un cinéma audacieux, sur le fil, un cinéma de créateur et non pas de tâcheron comme nous en voyons trop souvent. C’est ce cinéma là que nous défendons ou essayons de défendre.

valhalla_rising

- Que pensez-vous de l’émergence actuelle du cinéma de genre nordique ? A quoi est-il dû selon vous ?

- Quelle émergence ? Je n’ai pas l’impression qu’il envahisse particulièrement les écrans à part ceux de nos TV et encore.

- Quand même ! [et là je défends ma bestiole] Europacorp a distribué les comédies grinçantes danoises d’Anders Thomas Jensen : Les bouchers verts et Adam’s Apple sur notre territoire ; le suédois Morse de Thomas Alfredson s’est fait particulièrement remarqué avec ses nombreux prix remportés dans divers festivals, ce sans parler du phénomène « Millenium » avec ses 2 autres adaptations ciné à venir et de la naissance d’une icône importante avec le personnage de Lisbeth Salander. Les acteurs nordiques s’exportent, Mads Mikkelsen bien-sûr, mais également Ulrich Thomsen, dans « L’enquête
» de l’allemand Tom Tykwer, et si seulement quelques réalisateurs sont suivis de très près à l’international – Refn et Alfredson pour ne pas les citer –, autour d’eux gravitent des bons et, surtout, un gros potentiel. Et, qu’on aime ou pas, la vague de slashers nordiques n’est pas du tout passée inaperçue auprès des aficionados (les Cold Prey, Manhunt…) Bref, on peut sans peine dire qu’il se passe quelque chose de notable là-bas… non ?

- C’est vrai mais difficile de parler d’une vague. N’oubliez pas le temps qu’ont mit les Pusher pour arriver sur les écrans français. N’oubliez pas non plus qu’un certain nombre de films arrivent sur nos écrans pour aussi nourrir les écrans TV (les quotas, quoi…) notamment Man Hunt et Cold Prey qui, sans manquer d’intérêt ne sont quand même pas, en tout cas selon moi, inoubliables. Le plus mémorable est Morse, selon moi. Un très joli film.

- Quels films nordiques / personnalités nordiques suivez-vous de près en ce moment ?

- Nicolas Winding Refn.

- Participez-vous à son (ses) projet(s) suivant(s) ?

- Normalement oui, en tout cas ses projets en indépendant car il est très probable/possible, qu’il fasse entre-temps un film pour une major avec un assez gros budget. Vous connaissez peut-être sa soif d’expériences. Il l’aborde sous cet angle…

Photo de Manuel Chiche choppée sur Semainedelacritique.com

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Quand les lumières de la ville se battent pour faire partie du lustre, tout là-haut là-haut, au dernier plafond du dernier étage de la plus haute tour du château…

Visible en bas d’article, la bande-annonce du premier vrai long métrage cinéma du réalisateur danois Rumle Hammerich laisse entrevoir un thriller urbain mêlant hommes et structures bétonnées. Les infinies turpitudes chaotiques humaines se promènent dans les méandres des angles droits rassurants des grands immeubles aux larges vitres rectangulaires. Ajoutons-y, tant qu’à faire, le cadre tout aussi rectangulaire du film en lui-même. C’est vrai que c’est rassurant, un angle droit. Ca fait carré, c’est bien. Le cinéma aussi. C’est pour ça qu’on l’aime.

Thriller ayant pour aire de jeu pervers les plus hauts échelons du monde des affaires, Headhunter (chasseur de tête) raconte les mésaventures de Martin Vinge, un journaliste de l’extrême devenu brillant chasseur de tête. Un beau jour, il se voit confier une mission confidentielle : trouver un nouvel héritier au plus gros empire pétrolier du Danemark. Alors que Martin recherche des candidats potentiels, il se retrouve rapidement plongé dans un jeu de pouvoir retord, un stratagème brutal qui le jette, lui et ses proches, dans la tourmente.

Résolument moderne parce que dans l’air du temps avec son entreprise comme cadre (rectangulaire ?) tout trouvé pour une intrigue policière sans policier – encore que La Firme de Sydney Polack soit déjà passée par là -, Headhunter nous titille gravement avec sa fascinante bande-annonce. La photo, signée Dan Laustsen (Silent Hill, le Nightwatch d’Ole Bornedal…) y a l’air tout simplement somptueuse et la musique semble assez efficace, composée elle par Jacob Groth, déjà à l’œuvre sur Les hommes qui n’aimaient pas les femmes de Niels Arden Oplev.

Voilà un excellent trailer qui accomplit bien son office : nous promettre au mieux un chef d’œuvre urbain post Christopher Nolan / Michael Mann, au pire un blockbuster parfaitement calibré, à n’en pas douter dominé par le jeu parfaitement rectangulaire (on y revient) de Lars Mikkelsen, accessoirement frère de Mads. Affaire à suivre soit dans un festival chez nous l’an prochain, pourquoi pas, soit en DVD, à l’arrache, dans les bacs et sans promo, ou encore sur Canal+ numérique n°12 en version française à 23h68, et de préférence un lundi… Pour patienter, voici un entretien avec le réalisateur Rumle Hammerich, qui a eu l’amabilité de répondre à notre petit tas de  quatre questions.

rumleEntretien avec Rumle Hammerich

Rumle Hammerich ne fait pas que posséder un tracteur Fergusson gris de 1954, date de sa naissance, dans sa p’tite ferme. Non, non. En ce qui nous concerne, il réalise plusieurs séries pour la télévision danoise avant de se faire remarquer avec le téléfilm Young Andersen (Unge Andersen), une affabulation sur la jeunesse de l’auteur de contes célèbres, qui ramasse l’Emmy Award 2005 du meilleur téléfilm étranger. Le 28 août 2009, Rumle passe enfin le cap de la case "grand écran" au Danemark, avec Headhunter…

Arnaud Mirloup – En plus d’être réalisateur, vous êtes scénariste sur ce film : qu’est-ce qui vous a donné l’envie de raconter cette histoire si particulière ?

Rumle Hammerich – Nous [avec Åke Sandgren] en sommes venus à l’idée du chasseur de tête parce que c’est LE boulot d’espion d’aujourd’hui. Vous vous devez d’être astucieux, futé, avoir un réseau, savoir comment jouer vos cartes… Mon cousin est chasseur de tête à Londres. J’ai enregistré une longue interview avec lui pour savoir comment il travaillait. Après, on a trouvé ce challenge au sein de cette multinationale. J’ai découvert, en lisant beaucoup de livres sur l’histoire des entreprises, qu’il y a toujours une grosse compétition dans le privé pour savoir qui prendra le pouvoir. L’intrigue nous est alors apparue facilement. Le sujet principal traite des pères et de leurs fils, des attentes d’un père et de sa réaction face à un fils qui ne répond pas à ses attentes.

Parlez-nous un peu de votre collaboration avec l’acteur Lars Mikkelsen [qui tient le rôle principal, celui de Martin Vinge]…

Lars et moi ne parlions pas beaucoup au début. Il aimait beaucoup le scénario et nous avons convenu qu’il devait beaucoup s’entraîner physiquement pour le film. Nous imaginions tous les deux le personnage comme quelqu’un d’assez physique. Lars s’est entraîné pendant 4 mois pour pouvoir tourner la scène dans les toilettes.  Nous avons parlé des costumes, des ennuis de Martin… Puis, dès qu’on a été sur la même longueur d’onde, on a arrêté de parler. Pendant le tournage nous étions vraiment proches l’un de l’autre, à toujours essayer de perfectionner son personnage.

headhunter

Avez-vous réclamé à Dan Laustsen, le directeur de la photographie, une orientation particulière quant à son travail ?

Dan et moi sommes sortis diplômés de la même école de cinéma en 1979. Il a travaillé sur mes films d’école, mes premières réalisations et quelques documentaires tournés au Bhoutan. On s’est perdus de vue pendant environ 25 ans, sauf pour quelques publicités. Récemment, comme les projets internationaux de Dan peinaient à démarrer on en a profité pour retravailler ensemble. C’est vraiment chouette de retrouver un vieux copain. On n’avait pas besoin de beaucoup parler. Dan est un type génial, il sait très bien travailler sur les lumières, il a un sens du cadre formidable. On voulait faire un film cool comme ceux qu’on voyait dans les années 70. Dan a eu l’idée de tous ces arrière plans cools et de cette lumière chaleureuse placée au plus près des acteurs.

Pour finir, pouvez-vous nous laisser un souvenir du tournage de Headhunter ?

C’est mon premier film en cinémascope. J’ai vraiment adoré ce format. Je pense qu’il y a deux ou trois plans seulement qui pourraient être faits dans un autre format. C’est ce qui a dominé l’ensemble du projet.

Sorti le 28/08 dernier au Danemark

Site officiel (dk)

Arnaud Mirloup

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