The Guilty (Gustav Möller, DK, 2018)

Une femme, victime d’un kidnapping, contacte les urgences de la police. La ligne est coupée brutalement. Pour la retrouver, le policier qui a reçu l’appel ne peut compter que sur son intuition, son imagination et son téléphone.

Lâchons quelques mots sur ce coupable sympathique, car il est bien fichu, son scénario se tient, le traitement global est bon, la bande son également, tout comme l’acteur qui tient ce huis clos sur ses épaules, le même Jakob Cedergren que dans l’honorable Terribly Happy.
Tout au plus ai-je grillé un twist déjà abordé dans le film (danois aussi, tiens) A Second Chance, de Susanne Bier.
L’on pourra, aussi, se servir de ce concept à base de conversations téléphoniques pour mettre en avant la série française Calls, davantage culottée encore me semble-t-il.
A la réalisation, c’est un premier film, et comme d’habitude avec ce qui nous vient du nord, on espère que l’artiste n’a pas là son ticket pour partir tourner aux USA, et qu’il nous intéressera encore à son Pays sur quelques longs locaux. Qui auront davantage à dire et à montrer qu’un simple exercice de style, aussi réussi soit-il. Il l’est indubitablement, mais je ne ressens pas le besoin ni l’envie de m’étendre davantage sur l’œuvre, ce qui est un signe (soit sur le film, soit sur ma propre évolution de cinéphile, c’est à voir).

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Le NFI dans la FMI ?

Non pas « le » FMI », mais « la » FMI, à savoir la « Force Mission Impossible » comme qu’y disent dans la série de films avec Tom Cruise. Je sors de la séance du dernier en date, très divertissant, surpris toutefois par un NFI – Norwegian Film Institute – figurant aux crédits. Est-ce dans le forfait Kristoffer Joner, star révérée chez les trolls et qui tient un petit rôle dans ce Fallout ? Mmmm. Peu vraisemblable. Comme aucune scène du film ne se passe en Norvège, je check la toile et là, PAF ! Une partie censée se dérouler au Cachemire a en réalité été tournée au rocher Preikestolen, une « imposante falaise de Norvège qui culmine à 604 mètres au-dessus des eaux du Lysefjord ». Cette « Chaire du prêtre » est un haut lieu touristique local. Tout s’explique, mon bon Monsieur ! Aaaaah, la magie du cinéma…

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ATJ otage du thème de la séquestration

Ce titre résume mon intérêt pour la news suivante, à savoir le projet du réalisateur danois Niels Arden Oplev (Millenium) d’adapter The Isis Hostage, un bestseller consacré au journaliste Daniel Rye capturé en Syrie par l’EI en 2013.  Le film, dont le tournage devrait commencer en octobre prochain, évoquera a priori sa captivité.

Au scénario, se colle Anders Thomas Jensen,  qui s’est déjà frotté à ce type de trame, ficitonnelle, mais semblable, sur le Brothers (Brødre) de Susanne Bier en 2004. On peut trouver intéressant de voir comment il se renouvellera – ou non  – en articulant cette trame véridique tirée d’un roman à une histoire peu ou prou déjà racontée.

Au casting, on retrouvera Anders W. Berthelsen (Just Another Love Story) et l’on découvrira le jeune Esben Smed.

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[MAJ] Sale printemps en été : bande-annonce de L’impensable / The Unthinkable / Den blomstertid nu kommer

#poésiepourlespoissons. Suite à une grosse campagne de crowfunding, le collectif suédois Crazy Pictures est passé au long métrage avec Den blomstertid nu kommer (litt. “Maintenant vient le temps de la floraison”, un titre qui vient d’un chant estival traditionnel). En tête d’affiche on trouve Christoffer Nordenrot, un habitué du collectif, et à la réalisation est crédité Victor Danell, membre majeur du groupe. Ça causera film catastrophe via un prisme familial. Sortie prévue au solstice d’été lå-bä. (en savoir plus + source : Cineuropa.org).

Si le teaser ci-dessus peut faire croire à un wanna be blockbuster local, s’attarder sur leurs court-métrages rassure largement : sens de l’intime, du fond, de l’air du temps. Cf. pour exemple ce Gilla de 10mn, un petit chef d’œuvre qui s’exprime sur la haine anonyme diffusée dans les forums sur la toile de la plus belle façon qui soit (crescendo un chouilla emprunté au score de Mansell sur Requiem for a Dream d’Aronofsky, mais chut) :

 

 

… ou encore ce court d’action, De Arbetslösa (« les chômeurs ») à la chute sacrément bien vue :

 

 

Montagne islandaise

Game of Thrones et l’Islande, c’est d’abord une belle aventure avec de jolies scènes tournées sur les plages de sable noir de Vík, dans les vastes étendues du glacier de Svínafellsjökull, ou encore près des sources d’eau chaudes des grottes de Grjótagjá (cf. Vogue.fr). On aurait toutefois tort d’oublier l’impressionnante « Montagne » Hafþór Júlíus Björnsson, le célèbre Monsieur Muscles de la série, qui a « battu un record du monde de « deadlifting », une discipline de force, proche de l’haltérophilie. L’acteur islandais, qui est surtout un athlète de haut niveau, a encore frappé en soulevant une barre à plus de 470 kilos lors du concours Arnold Strongman 2018, il y a quelques jours. Un tout nouveau record du monde, dans la discipline » (Source : Premiere.fr)

Un flic sur le toit (Bo Widerberg, Suède 1976)

Le commissaire Nyman est assassiné dans la chambre d’un hôpital où il vient de subir une intervention chirurgicale. L’enquête est confiée à Martin Beck, flanqué de son adjoint Einar Rönn.

J’ai vu le couvreur…

Nonobstant les réelles qualités du film, voici l’un des titres les plus stupides jamais lus. Il dévoile à la fois la fonction de l’assassin – où aboutit l’enquête à seulement une heure de métrage – et l’endroit du climax dont on devine la teneur. Le titre suédois était un peu moins explicite, puisque Mammen på taket signifie L’homme sur le toit et cache une partie du puzzle, tandis que celui du bouquin écrit par le couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö était autrement plus pertinent : Den vedervärdige mannen från Säffle, L’abominable homme de Säffle (livre édité chez Rivages). C’est important, en cela que ce titre cible la victime initiale, un sale flic ripoux, non celle du tueur dont on partage les motivations sans toutefois cautionner ses actes. C’est un sous-genre à part entière du polar que ce canevas de whodunit où la victime se révèle finalement plus détestable que l’assassin lui-même.

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Si cette histoire veut gratter le vernis d’une Suède trop propre pour mieux en cibler les travers (corruptions diverses et variées), le film ne force pas le trait ni ne choisit de réel point de vue. On ne trouve pas vraiment de constat sociétal, ce que peut-être soulignait davantage le livre. Non, voilà un sale type – vaillamment défendu par son second – assassiné par un gars pourchassé par plein de flics méritant, voilà. Concernant les remous plus ou moins contestataires de l’œuvre, à force d’en voir on sait la dimension cynique de ce type de film, sujet à débat pour mieux créer du buzz et booster les fréquentations. En absence de réelle charge palpable, reste un blockbuster suédois 70’s très fréquentable : mi polar pantouflard côté vieux flics blasés qui enquêtent, mi blockbuster sur le final via quelques jeunes dynamiques, dont la superstar locale Sven Wollter. Le tout est saupoudré d’un zeste de giallo en entrée, le temps d’un meurtre à l’arme blanche particulièrement sanglant (du sang de porc, plus précisément).

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Le minimaliste de l’acteur principal Carl-Gustaf Lindstedt qui incarne le policier Martin Beck (à gauche ci-dessus), souligne bien sa fatigue morale. Revenu de tout, il n’est surpris par rien. Moi, si : que le très sympa Le flic ricanant, polar 70’s américain, soit également adapté d’une histoire de ce même policier de fiction nordique ante-Wallander. Beck y était incarné par le tout aussi nonchalant Walter Matthau (BR/DVD dispo chez Rimini Editions). Ces deux films ont comme autre point commun d’être formellement influencés par la baffe d’alors : le French Connection de William Friedkin. On baigne dans cette fameuse veine réaliste, elle-même post A bout de souffle de Godard ; cette même veine réaliste qui fatigua Roy Andersson, ici réalisateur de seconde équipe, qui, lui, sut davantage s’épanouir dans l’expressionnisme sur sa Trilogie des vivants. D’autres noms célèbres sont greffés à ce Flic sur le toit, comme Bo Vibenius, ici actif à la production, ailleurs réalisateur des (très) trash Thriller et Breaking Point. Il s’agit de mon premier Bo Widerberg. Dans mon collimateur désormais : Adalen 31 et L’homme de Majorque.

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Nous les vivants (Roy Andersson, Suède, 2007)

« Nous, les vivants parle de l’Homme, de sa grandeur et sa misère, sa joie et sa tristesse, sa confiance en soi et son anxiété. Un Homme dont nous voulons rire et pleurer à la fois. C’est tout simplement une comédie tragique ou une tragédie comique à notre sujet. »

N’attendons pas que la mort nous donne du talent (François Valéry)

« Nous les vivants » et non juste « Les vivants » parce que les rares regards lancés à la caméra, dont ceux d’une belle, nous incorporent à ces tranches de vie tragi-comiques bien trouvées. Elles sont en partie inspirées de Laurel et Hardy, qui sont « à la fois très comiques et tristes », dixit le maître.

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Ordonnancées au montage – excepté l’intro et la chute – les séquences s’enchaînent de manière fluide et évitent ainsi les travers du film à sketch. En laissant du temps au temps et en conservant ce fil rouge, les petits, jeunes et vieux vivants, le réalisateur partage sa vision des « choses », car à travers ses plans larges il accorde au moins autant d’importance aux décors qu’aux individus. « Bergman pensait que le visage disait tout sur l’être humain. Moi, je préfère regarder sa chambre. » avoue-t-il, passant un temps monstre à préparer ses vignettes, toutes fignolées en studio tels des dioramas grandeur nature.

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Un décor, la belle ; une étude des couleurs et lumières à se damner.

Les scènes sont pour la plupart des plans fixes mûrement travaillés qui jouent sur la profondeur de champs, l’interaction entre individus au premier plan et d’autres au second, qu’ils aient une importance ou n’incarnent que de simples figurants, tels des objets témoins. C’est original, reposant, frais, mais également très ludique. Cette facétie dans la création évoque parfois Terry Gilliam et les Monty Python, en particulier leur bijou de film à sketchs, Le sens de la vie, au propos tout autant grinçant.

Ses études de cinéma au Dramatiska Institutet de Stockholm rendent Andersson d’abord célèbre en tant que réalisateur de publicités. Elles lui permettent de financer ses longs. Cela répond à ceux qui se demandent pourquoi il ne tourne pas en noir et blanc à ainsi flirter avec des tonalités chromatiques grises (j’ai pensé au dessinateur Serre, pour ma part). « Si vous faites du noir et blanc, c’est un peu trop facile », juge le réalisateur. « On tend immédiatement à penser qu’on fait du bel art et je n’aime pas ça. J’ai commencé avec ces couleurs dans les années 80 parce qu’après 15 ans à tourner des films, je me suis soudain senti très fatigué. Je n’étais pas inspiré par le style réaliste que j’utilisais. Fort heureusement, j’ai trouvé un moyen de contourner ça. J’ai commencé à faire de l’abstrait, inspiré par la peinture, spécialement la période d’entre-deux guerres, dans les années 30, en Allemagne. Mon peintre favori est l’expressionniste Allemand Otto Dix. » Si celui-ci a surtout peint les affres de la 1ère Guerre Mondiale après l’avoir vécue, en farfouillant sur la « toile » on découvre certaines de ses œuvres très clairement connectées à l’univers d’Andersson (ces corps droits, gris…).

 

Oeuvres d’Otto Dix.

Cette austérité devient hilarante et musicale à travers le cinéma, média qu’Andersson découvre pendant les diverses vagues des années 60, après avoir un temps songé à devenir écrivain en lisant Albert Camus. Côté tempo, tout comme Woody Allen il apprécie le style jazz de la Nouvelle Orléans, ayant lui-même joué du trombone dans ses jeunes années. Sur Nous les vivants, il a fait appel à Benny Andersson, du groupe ABBA, qui a composé le début du score. Ensuite vient de la musique académique allemande, puis une reprise d’une chanson populaire sentimentale des années 30, adaptée à la fois pendant un (mémorable) solo de guitare électrique et sur une marche.

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Voilà mon tout premier Andersson. Je commence dans le désordre, puisqu’on a là le film central de sa trilogie des vivants, entamée avec Chansons du 2ème étage en 2000, puis « clôturée » en 2014, soient presque 15 ans plus tard, avec Un Pigeon perché sur une branche (…). Les guillemets sont de rigueur puisque son prochain film, About Endlessness (trad. A propos d’infinité), inspiré des Contes des mille et une nuits, pourrait bien acter une quadrilogie.

Un temps catalogué comme formaliste, Andersson est vu désormais comme un humaniste clairvoyant. « Nous sommes des créatures vulnérables. Vous pouvez nous observer à la fois avec tristesse, humour et peur », estime-t-il.

Sources : Telerama.fr ; Cineuropa.org ; Independent.co.uk

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