Green_Butchers_Danish

16/20 – Y’en a un peu plus, j’vous l’mets quand même ?…

Ils sont deux, ils sont bouchers, ils sont verts : ce sont les bouchers verts ! Nos deux bouchers, Bjarne et Svend, vont les mettre doubles pour arriver à ouvrir leur propre boutique dans leur village et ainsi concurrencer leur ancien employeur : l’horripilant Holger. Un beau jour, évidemment, ils tombent sur un os…

Revenir sur ce chouette film est l’occasion de faire un p’tit point sur Anders Thomas Jensen, scénariste passé à la réalisation mais scénariste avant tout puisque, depuis 2005, c’est à dire depuis Adam’s Apple, il n’a rien tourné et préfère scribouiller pour les autres.

AndersThomas_B&W-Rolf_KonowJensen naît en 1972 à Frederiksvaerk, Danemark. A 40 ans à peine il dispose déjà d’une carrière bien remplie. Après quelques courts métrages à la fin des années 90, dont un, Election Night (Valgaften, 1998) qui obtient l’Oscar, et après s’être attaqué au dogme en écrivant pour plusieurs métrages, dont le Mifune de Jacobsen, il réalise trois bons films. D’abord Flickering Lights (Blinkende lygter, 2000), excellent malgré une légère filiation avec les films de Quentin Tarantino, puis nos Bouchers verts du jour (très frais, je vous l’conseille avec des p’tits oignons : De gronne slagtere, 2003) et Adam’s Apple (Adams aebler, 2005), tous avec Madds Mickelsen en tête d’affiche. Avec ces trois rôles complexes, assez éloignés les uns de autres, l’interprète principal de Pusher 2 démontre qu’en plus d’avoir un charisme certain il sait être un véritable acteur de composition. La particularité  de ces trois films, sorte de trilogie de je n’sais quoi pour qui voudrait s’amuser à cibler une thématique commune (j’ai la flemme) est de faire se côtoyer un humour très noir, toutefois  dénué de cynisme, et des tranches de vie dominées par des personnages gratinés, certes, mais tous à portée humaine. Comme des membres de votre famille à qui vous iriez rendre visite dans un asile de dingues, par exemple. Si, en Belgique, un film est arrivé près de chez nous, ceux de Jensen sont arrivés d’un peu plus loin, du Danemark, et la tonalité noire n’est pas tout à fait la même. Mais on s’en rapproche, tout en côtoyant, avec les Bouchers verts, notre frenchy Delicatessen, bien barré aussi dans le genre.

Depuis Adam’s Apple, Anders Thomas Jensen ne réalise plus mais continue d’écrire. On lui doit le scénario du formidable After the Wedding (Efter brylluppet, 2006), réalisé par Susanne Bier et interprété, une fois encore, par Mikkelsen le fou. On l’attend sur le gros film à venir At World’s End (Ved verdens ende, 2009), réalisé par un autre Jensen, Tomas Villum Jensen, avec les toujours bons Ulrich Thomsen et Nicolaj Lie Kaas en tête de gondole. On y reviendra.

les_bouchers_verts_der_gronne_slagtere_2003_reference

Dans Les bouchers verts, ce dernier tient deux rôles : celui de Bjarne, le comparse de Svend (à gauche sur la photo, Svend est à droite), et celui de son frère jumeau, Eigil, un demeuré profond (au milieu sur la phot… ah non pardon). Ses interactions avec Mikkelsen sont jubilatoires, ces deux (pardon : trois) losers magnifiques nous gratifiant là d’un show mémorable dans leur course touchante à la gloire. La gloire du poulet à la chair de poule, du cochon en tranches, de l’humain en lamelles et du boucher heureux de voir ses gourmands de clients satisfaits.

Sans aucun lien de parenté avec Patricia, Jeppe Kaas suit toujours à la musique, avec bonheur car ses compositions collent parfaitement à l’univers de Jensen, ne soulignant pas tant l’humour des situations que les drames vécus par tous ces abimés de la vie. On s’amuse, on suit tous ces personnages avec intérêt, l’histoire recèle des rebondissements culottés et le final fait fi de toute morale grâce à un happy end qui, compte tenu des horreurs effectuées par nos vilains loustics, n’en est pas un du tout mais peu importe : l’empathie est totale et il n’y a pas de sentiment d’injustice. Les bouchers verts est un indispensable de la nouvelle vague du ciné de genre scandinave.

Les bouchers verst sur IMDb

Sources : IMDb, Wikipedia, Dfi.dk