Un monde plein de bleus

Anton est médecin. Il partage son existence entre son foyer installé dans une ville paisible du Danemark, et son travail au sein d’un camp de réfugiés en Afrique. Il est séparé de sa femme, Marianne, et tous deux songent à divorcer. Leur fils aîné, Elias, âgé d’une dizaine d’années, se fait brutaliser à l’école par certains de ses camarades, jusqu’au jour où un autre garçon, Christian, décide de prendre sa défense. Ayant quitté Londres avec son père pour s’installer au Danemark, Christian est profondément marqué par le décès récent de sa mère, terrassée par un cancer. Des liens étroits se tissent bientôt entre les deux camarades.

J’ai d’abord éprouvé de la gêne face à une répétition, l’application d’une formule, la réutilisation d’une structure dramatique qui renvoie aux précédentes œuvres de madame Bier. Et aux scénarios de Monsieur Anders Thomas Jensen. Un personnage, tant qu’à faire torturé, médecin dans une ONG en Afrique, évoque le Mads Mikkelsen d’After The Wedding parti en Inde s’occuper de gamins orphelins pour oublier ses tourments. Dans les deux cas, le retour du fils prodigue au Danemark ne se fait pas sans heurts.

Malgré cette facilité, peut-être une obsession d’auteur, malgré un final un brin convenu mais bienvenu et malgré même quelques redondances dont une flagrante sur la violence et le livre de Job, qui rappelle Adam’s Apples du même ATJ, et là on remercie Kim Bodnia qui assure toujours autant en excité du bocal adepte de la torgnole dans la gueule, le film emporte le morceau. La fable est joliment racontée, les yeux bleus de Mikael Persbrandt, notre dernier agent Hamilton en date, véhiculent de nombreux sentiments, le casting est au poil, les enfants impressionnent et, surtout, de vrais grands moments de cinéma procurent des bouffées de bonheur, d’air pur, d’intelligence, qui justifient sans peine la vision de l’objet. Oscar du Meilleur Film en langue étrangère en 2011.

Moins rugueux qu’After The Wedding, blindé d’amour pour son prochain, In A Better World se pose là comme hymne à la naïveté, à la gentillesse, sans pour autant sombrer dans la niaiserie ou le rejet systématique de toute forme de violence. Parce qu’elle est parfois justifiée, nécessaire, et à la démonstration de nous l’imposer avec des auteurs qui, dépités, avouent que parfois éviter le conflit revient à s’avérer lâche, empêche d’avancer, d’être bien dans ses pompes, bien dans son monde. Empêche d’aimer, d’être aimé. Enveloppé d’une forme splendide composée par Morten Søborg (Valhalla Rising) à la photo et de Johann Söderqvist (Let The Right One In) à la musique, ce film s’avère être une superbe ballade sur l’enfance, sur le couple, avec comme thème pivot, donc, la violence, de sa naissance à sa résolution.

J’avoue que ça n’est pas là un film de genre, qu’en causer sur ce blog n’est pas des plus pertinents. Mais l’adepte de films de genre, qui a déjà sa vision bien particulière des fictions exutoires qu’il aime tant, se doit d’enrichir sa filmographie de péloches comme ça, qui te foutent leur poing dans la tronche – la partie africaine est quand même bien hardcore ! – avant de te serrer très fort dans leurs bras en te disant qu’elles t’aiment, qu’elles ont besoin que tu les aimes aussi. Primaire et évident, ça remet les idées en place.

In A Better World – 15/20