Cold Prey 2 est un film qui m’a marqué. Lire mon avis pour s’en convaincre. Est-ce exagéré ? Parce que je n’en attendais pas grand-chose, sa réussite m’est-elle apparue comme proportionnellement géniale ? Non. Plus j’y pense et plus je trouve que c’est un modèle de slasher / survival réussi. Vraiment. Sans être ultra corpo en m’en allant surnoter des films nordiques sous le prétexte fallacieux qu’ils le sont, nordiques, et qu’ils glorifient, par procuration, mes givrés d’la bobine, je propose la bête. Superbe photo, acteurs dans le ton, femmes magnifiques, rythme impeccable… Je prends. La mission fut accomplie à ce point avec brio qu’on a là l’une des rares suites qui arrivent à supplanter leurs prédécesseurs ; aussi j’aimerais beaucoup que l’on confie maintenant un projet d’envergure à son réalisateur, Mats Stenberg. A lui plutôt qu’un autre.

Motivé, curieux, avec l’envie de lui servir la soupe, je lui ai proposé une interview, à Mr Stenberg (photo ci-dessus). Qu’il a, grand prince, accepté. Merci à lui pour cet entretien, doublement bienvenu parce qu’ainsi Cold Prey 2 bercera l’été des givrés. Ce billet suggère un peu de sang sur la neige pour une péloche estivale de festival idéale (de la balle) pour rafraichir les idées. Si tant est que l’été soit chaud !

Vous avez réalisé Cold Prey 2 de façon assez classique, loin de cette mode qui consiste à reproduire celle, « à l’arrache », des années 70. Quelle fut votre inspiration ici ? Halloween 2 bien-sûr, du moins je crois, mais sinon ?…

Mats Stenberg – En effet, les années 80 m’ont davantage influencé. J’ai grandi en découvrant tous les classiques mais je crois que mon préféré reste The Hitcher, celui de 1986 évidemment. J’aime la façon dont il fait se combiner action et horreur. J’ai toujours été un fan du mix des genres et je pense d’ailleurs qu’on a plutôt réussi ça avec Cold Prey 2. Mais en réalité l’une de nos plus grandes inspirations a été le Insomnia de Christopher Nolan. Et, sur certaines scènes, Les rivières pourpres de Mathieu Kassovitz.

Les rivières pourpres. Une inspiration évidente sur une scène en particulier…

Ce sont des films à la tonalité plutôt sérieuse. J’ai pourtant décelé un certain sens de l’humour dans Cold Prey 2, que de mon point de vue on ne trouve pas dans ces films cités. Léger, bien dosé… Comment avez-vous contrôlé ça ? L’équilibre est joli.

Dans les années 80 j’ai également regardé beaucoup de films français. Besson, Carrax et Beineix… Regardez Subway ou Diva par exemple. Ils arrivent à intégrer de l’humour à la perfection. Je crois que ces emprunts viennent de là…

Et d’évoquer Besson fait penser à Nikita. Les femmes tiennent un rôle important dans Cold Prey 2. On y trouve de belles guerrières. Comment avez-vous travaillé avec ces deux femmes, Ingrid Bolsø Berdal et Marthe Snorresdotter Rovik  ? Leurs personnages sont beaux et crédibles, un équilibre qui est loin d’être systématiquement respecté dans le genre. Ces femmes sont à la fois fortes et faibles, rugueuses mais ciselées…

Je ne me suis jamais vraiment approché d’Ingrid mais je crois que je n’en ai pas eu besoin. On en a parlé un peu avant les prises, testé quelques scènes en vidéo ; après j’ai juste procédé à quelques ajustements pendant les prises. Marthe, par contre… C’était son premier film et je pense qu’elle a aussi effectué un travail fantastique. Et elle a vraiment le physique de l’emploi. Elle vit en Australie maintenant… ! C’était surtout ça, le casting ; un mix entre des acteurs très expérimentés et de complets débutants. Un challenge à diriger mais je crois que tout le monde s’est donné à fond. Ils étaient tous très enthousiastes sur ce projet, c’est ce qui a fait la différence au final. Et comme j’adore les femmes, je suis content quand elles apparaissent fortes !

La très touchante et faussement fragile Camilla (Marthe Snorresdotter Rovik).

Ingrid est très bien dirigée et filmée. Vous avez rendu ses yeux comme étant l’un des éléments primordiaux du métrage. Comment avez-vous été amené à réaliser ça ? En avez-vous discuté avec le directeur de la photographie, Mr Anders Flatland ?

Oui, Ingrid est fantastique ! Je pense que ses yeux sont une façon formidable de voir que qui se passe en elle, parce que tant de chose s’y passent. Mais ça n’était pas une idée planifiée… C’est juste arrivé. C’est important de laisser le film développer des choses de lui-même, un peu par chance, de le laisser vivre sa propre vie…

Les beaux yeux expressifs de Jannicke (Ingrid Bolsø Berdal).

Avec Anders, ça a été assez bizarre. Sur les publicités j’ai toujours voulu travaillé avec lui, j’ai essayé plusieurs fois mais à chaque fois notre emploi du temps ne correspondait pas. Vous savez… J’ai toujours pensé que je ferais mon premier film avec un directeur de la photo avec qui j’aurais déjà travaillé avant. Mon premier choix allait vers Kasper Tuxen (le Beginners de Mike Mills) mais à ce moment-là il était en train de travailler sur une série danoise [ndlr : Sommer, merci IMDb]. Alors un des producteurs m’a suggéré Anders et on s’est rencontré. On a immédiatement sympathisé. A propos des shots… Je dirais qu’il s’agit là d’une collaboration. J’ai une opinion assez stricte dès qu’il s’agit de l’endroit où placer une caméra… Dans les publicités, on fait la pré-production sans directeur photo la plupart du temps donc j’y suis habitué. Mais Anders… Wow ! il a vraiment dépassé mes attentes quant à ce que je croyais qu’il pourrait apporter au film. Et je crois que c’est le dernier film que je ferai jamais en 35mm.

Question récurrente chez Les givrés : pouvez-vous nous laisser une anecdote du tournage ?…

Ca va faire bientôt quatre ans qu’on a tourné ce film ! Laissez-moi réfléchir… Je crois que c’est marrant la quantité de travail qu’on a pu passer sur le plan où Marthe est jetée à travers la porte par Brath. C’est un gros appareil à câble qu’on a transporté à travers les montagnes dans la neige et qu’on a mis deux jours à construire, pour un plan final de seulement 35 images ! Les producteurs ont détesté ça ! Mais ce sont ces gros efforts qui font la différence.

Le Brath en action ! (Robert Follin)

Roar Uthaug, réalisateur du premier Cold Prey, va sortir un autre film, Escape. Mais j’ai beau chercher, je ne vois par le vôtre, le prochain, sur la toile. Où en êtes-vous ? Quels sont vos projets, ou tout du moins vos souhaits pour la suite ?

Moi, suédois, réalisant un film d’horreur norvégien tout en vivant au Danemark, cela n’aide pas ma carrière, tout du moins en Scandinavie. Même si le film a vraiment été un carton. Aux États-Unis, par contre, l’intérêt est plus vivace. Par exemple, j’ai eu un tête-à-tête avec Ole Bornedal sur Possession (titré originalement The Dibbux Box) mais j’ai manqué une opportunité sur celui-là. J’ai eu plusieurs entretiens téléphoniques mais je crois que je dois faire d’abord un autre film avant que la sauce ne prenne vraiment là-bas. J’ai une grande histoire très éloignée des thrillers, films d’action ou d’horreur à raconter, qui, je crois, plairait aux producteurs. J’ai juste besoin d’avoir le synopsis fini…

Racontez-nous…

L’histoire sur laquelle je planche actuellement parle d’un loser qui a soudain l’opportunité de doubler des films d’action dans le bloc de l’est durant les années 80. Mais j’adorerais aussi faire un film basé sur Swedenborg [ndlr : philosophe mystique suédois du 18ième siècle, réduis-je et me suggère Wikipedia] et le monde du spiritisme, qui se présenterait comme une sorte de variante suédoise de L’expérience interdite. J’aimerais également réaliser un film consacré à  Axel von Fersen, amant de Marie-Antoinette, qui faillit la sauver. Et si un remake de Capricorn One doit voir le jour, j’adorerais faire celui-là.

Propos recueillis par mails en juillet 2012.

Merci à Mats Stenberg.