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Dans mon entretien avec Nicolas Winding Refn en 2009, quand je lui parlais des difficultés récurrentes que ses protagonistes masculins rencontraient avec la gente féminine, il répondait ceci :  » (…) J’adore être entouré de femmes et je préfère être avec des femmes qu’avec des hommes. Mes films sont d’une certaine façon très féminins (…) J’aimerais vraiment faire un film sur les femmes ! J’adorerais faire n’importe quoi qui ne traiterait que de cela : les femmes ! Et pas les hommes. Je ne suis pas un homme très masculin, je ne fais pas de sports, je ne bois pas de bières… J’ai des filles vous savez, j’aime les poupées Barbie, j’aime Cendrillon, j’aime les choses qui sont roses… « 

Avec The Neon Demon qui se profile début 2016, on voit venir la concrétisation. Le film traitera d’une top model qui, pour faire décoller sa carrière, ira à Los Angeles avec comme leitmotiv : « la fin justifie les moyens ». Nulle doute que NWR ira plus loin que le Showgirls du hollandais Paul Verhoeven – qui tenait largement de sa Katie Tippel – puisque le film sera basé sur l’histoire de la Comtesse hongroise Elizabeth Báthory de Ecsed, célèbre meurtière qui, avec l’aide de ses complices torturait et tuait de jolies jeunes femmes.

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Côté casting, jouent près de Elle Fanning (photo ci-dessus) et Keanu Reeves la plantureuse Christina Hendricks (ci-dessous, déjà vue dans Drive) et la poétesse droguée de Mad Max Fury Road, Abbey Lee – un peu plus bas.

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Abbey-Lee

Tomas Alfredson of the film

… aux USA. Michael Fassbender serait en discussions pour incarner le flic Harry Hole dans la première adaptation ciné d’une de ses aventures, Le bonhomme de neige. Si cela se concrétise – en 2011 on annonçait déjà Martin Scorcese sur le projet -, ce serait le second livre de l’écrivain norvégien Jo Nesbø à être adapté pour le grand écran après le bien traité Headhunters de l’ami Morten Tyldum.

Le bonhomme de neige, je l’ai lu et c’est en effet un bon cru. Que le réalisateur suédois de Morse s’attèle au projet est une excellente nouvelle en celà que cette histoire recèle quelques échappées qui peuvent payer au ciné. Et l’on peut s’amuser de ce qu’un nordique tourne encore un film américain avec de la neige en décors, ce qui nous renvoie dans un tout autre registre au croquignolesque Cliffhanger de l’inénarrable finlandais Renny Harlin.

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Résumé du livre : Les premiers flocons ont quelque chose de féerique. Ils rapprochent les couples dans la chaleur des veillées, étouffent les bruits, étirent les ombres et masquent les traces. Dans le jardin familial des Becker, un bonhomme de neige fait son apparition, sorte de croquemitaine blanc, ses grands yeux noirs braqués vers les fenêtres du salon. Le lendemain matin, la mère a disparu ; seule reste une écharpe rose autour du cou du bonhomme de neige… Trop de femmes en Norvège, depuis des années, n’ont plus donné signe de vie le jour des premières neiges. Harry Hole reçoit une lettre qui lui annonce d’autres victimes. D’une sobriété étonnante, l’inspecteur va se retrouver confronté, pour la première fois de sa carrière, à un tueur en série agissant sur son territoire. L’enquête le conduira jusqu’au gouffre de la folie.

Source de l’info : hollywoodreporter.com

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— C’est là Beaune, t’es sûr ?

Rhaaa, la paperasse ! Faut bien y passer. Après l’action, le rapport eu’d’police. On a tiré à la courte-paille entre moi et moi et devinez qui a perdu ! Ce sont toujours les mêmes qui scribouillent.

J’ai mené ma petite course entre ma casquette asiat’ pour les besoins de Cinemasie – et ceux de mon doublon perso Asie Bonanga – et mon bonnet de givré. Ça rend un peu schizo mais cette folie douce n’est pas désagréable au demeuré. L’entretien avec le réalisateur Mikkel Nørgaard et Fares Fares (Miséricorde, Profanation) est déjà en ligne et un peu plus bas le prof à Nation (Paris) cause Profanation au profane. J’en profite pour signaler que je soutiens les adeptes et que, donc, je me sens moi-même pro-fan.

Brave Men’s World / Borgríki 2 (Olaf de Fleur Jóhannesson, Islande, 2014)

Déterminé à faire tomber l’un des plus importants syndicats du crime du pays, Hannes, l’ambitieux chef du département des Affaires intérieures de la police de Reykjavik, décide d’ouvrir une enquête sur l’un de ses lieutenants qu’un ex-baron du crime, aujourd’hui derrière les barreaux, a dénoncé comme étant particulièrement corrompu. Il met sur l’affaire une ancienne de la brigade des Stups à qui il demande de surveiller, sous couverture, les faits et gestes de son collègue. Pensant pouvoir faire ainsi coup double en confondant le policier et en arrêtant l’actuel chef du crime organisé, Hannes s’engage alors sur une voie des plus dangereuses…

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Ce film est une suite qui se veut indépendante du premier opus – pas vu – dont un remake fut un temps annoncé sous la férule de James Mangold par le biais d’une rumeur sur la toile.

On démarre plutôt bien avec cette histoire d’un flic recalé chez l’équivalent local du GIGN en raison de ses pauvres performances physiques et qui, par dépit, décide d’incorporer les bœufs carottes, la police des polices. A partir de là, la narration part malheureusement en sucette. On se met à suivre d’autres personnages, des flashbacks maladroits cassent le rythme en même temps que l’empathie et les emprunts gênants à la trilogie Stockholm Noir – adapté avec Snabba Cash et ses suite – font tâche. On se raccroche au tonfa avec quelques scènes violentes surprenantes et un flic ripoux formidablement démoniaque malgré une fin un chouia puérile qui fait du tout un énième sous-Parrain du pauvre, dominé par la star locale Ingvar Eggert Sigurðsson (Jar City). La mise en scène post-Greengrass, mal digérée, n’aide pas. C’est dommage, les acteurs sont formidables et méritaient mieux.

Hrafnkell Stefánsson

Hrafnkell Stefánsson, scénariste.

J’ai pu échanger quelques mots avec le co-scénariste Hrafnkell Stefánsson ; je lui ai parlé d’un autre film islandais Black’s Game et lui ai demandé s’il y avait vraiment une mafia à Reykjavik, une toute petit ville qui, pour y avoir été (et croisé Harrison Ford main dans la main avec Calista Flockhart, ça remonte), ne semble pas abriter un tel empire du crime. Il m’a répondu, d’un œil un brin parano que cet univers était sous-terrain, invisible à l’œil nu. Et qu’il n’y ait, justement, pas tant de monde en Islande fait qu’apparemment beaucoup se connaissent. La corruption est dès lors difficile à cerner quand tout le monde connaît tout le monde. A la question : « qu’avez-vous contre les femmes ? » – parce qu’elles encaissent méchamment dans ce film – il répond en rigolant que les actrices se sont éclatées à tourner les scènes de meurtre. Bref, ces réponses légères donnent une touche sympathique à ce petit film et, surtout, à tous ces artisans à qui l’ont aimerait donner un cadre plus solide ainsi qu’une seconde chance.

Une seconde chance (Susanne Bier, Danemark, 2014)

Policiers et amis, Andreas et Simon ont pourtant des vies bien différentes. Alors qu’Andreas vit une vie simple avec sa femme et son fils, Simon, qui vient de divorcer, passe la plus grande partie de son temps au bar du coin. Tout va changer quand ils vont devoir intervenir chez un couple de junkies en pleine dispute. Andreas trouve dans l’appartement le bébé du couple et se retrouve alors face à un dilemme…

une seconde chance

C’est un bon Bier et un excellent ATJ (Anders Thomas Jensen) au scénario – remarque d’ailleurs soulignée lors de la remise du prix du Jury par Danièle Thompson elle-même, qui a insisté sur l’écrit, à ses yeux remarquable. A n’en pas douter, il l’est, mais lorsqu’on connaît le loustic on voit venir les étapes, on décèle l’ossature de la torture mentale qu’il nous a mijotée et l’on anticipe presque tous ses coups. « Presque » parce qu’au moins deux rebondissements valent franchement le détour. Je suis partagé, arrivé en bout de course, entre cette impression d’avoir assisté à une formule appliquée jusqu’au grotesque, qui montre ses limites, et cette autre d’avoir assisté à un show qui relève du génie, soutenu par une multitudes de performances d’acteurs à couper le souffle. Nicolaj Coster-Waldau figure bien le père usé jusqu’à la corde – on comprend ses actes -, Nikolaj Lie Kaas compose un père indigne aussi consternant qu’hilarant, Ulrich Thomsen souffle un peu – pour une fois – en jouant un personnage annexe – mais subtil – en renfort, quant au casting féminin, il est brillant. On sent que le scénario écrit par un homme, père de surcroît, se complète dans une réalisation féminine qui partage son point de vue mais aussi ceux des deux femmes incarnées par Maria Bonnevie – la mère, Anna – et cette autre mère, Sanne, jouée May Andersen, une ex-mannequin aussi sexy que la Julia Schacht de The Next Door – et salement « fappenée » sur la toile – à qui ce rôle convient un peu trop bien.

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Qui interroge qui ?…

Comme d’habitude on en vient à aimer tous les personnages, on leur pardonne tout. On se prend en frontal un drame à l’inéluctabilité cette fois proche d’un Lars Von Trier – salaud ! – et, ensuite, on discute. Si les propos et les actes sont violents, on retrouve cette propension du duo Bier/ATJ à prôner la paix en fin de métrage. La formule, qui souffle le chaud et le froid, est manifeste, odieusement roublarde, si peu regardable pour un père ou une mère qu’on en vient à chercher un second degré diffusé avec parcimonie par les auteurs. Psychologiquement, les acteurs encaissent comme au bon vieux temps sacré du dogme, ce dont un Mads Mikkelsen se moquerait sans doute sans toutefois le profaner.

Profanation (Mikkel Nørgaard, Danemark, 2014)

En 1994, un double meurtre défraie la chronique. Malgré les soupçons qui pèsent sur un groupe de pensionnaires d’un internat, la police classe l’affaire, faute de preuve. Jusqu’à l’intervention, plus de vingt ans après, du Département V, celui de l’inspecteur Carl Mørck, et Assad, son assistant d’origine syrienne, spécialisés dans les crimes non résolus. Ensemble, ils rouvrent alors l’affaire qui les amène à enquêter sur l’un des notables les plus puissants du Danemark.

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Le 1er a déjà été succinctement évoqué par-là, le seconde mérite à mes yeux un peu plus qu’on s’y attarde. Bien que putassier, dans la veine d’une adaptation d’un polar populaire comme le binôme ordurier L’empire des loups de Jean-Christophe Granger / Chris Nahon, que j’aime bien, on s’éclate devant ce spectacle volontairement schizophrène qui joue avec les codes hard boiled pendant l’enquête et ceux du drame amoureux lors des flashbacks. Beaucoup de polars font de même en jonglant entre le point de vue du flic et celui du tueur ou de la victime. Personnellement, je préfère lorsque l’on suit un gusse de A à Z et que la caméra lui colle à la nuque mais chacun voyage. En l’occurrence, l’adaptation en scénario – ils s’y sont mis à deux – optimise bien les enjeux. La musique de Johan SöderqvistMorse – tutoie Zimmer pendant le polar, très fun grâce ses excès, et devient plus inspirée sur le très beau mélo que filme très bien Mikkel Nørgaard. La magnifique actrice Sarah-Sofie Boussnina, qui joue la « jeune » Kimmie, a des arguments qui justifient qu’on trouve là sa muse. On critiquera la trame qui, après tout, ne fait que reprendre celle du bouquin ; une histoire qui pourrait illustrer un épisode tv de Cold Case – encore un – voire même un vieux de 21 Jump Street parce que ça me rappelle quelque chose tout ça…

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On s’en fiche : le tout tient surtout avec les deux personnages principaux, Assad et Carl, respectivement joués par Farès Farès et Nikolaj Lie kaas, aidés cette fois d’une pertinente secrétaire. Limitée par son matériau, c’est une réussite nettement plus aérée que le 1er opus – le réalisateur, malin, s’en explique très bien dans notre interview – mais l’on ne peut s’empêcher de se dire qu’un format TV plus long aurait permis à tous ces personnages, incarnés par de très bons acteurs, de davantage exister. Ajoutons qu’avec ces cassages de nez, le clin d’œil tuméfié au Chinatown de Polanski me rappelle cette question de Georges Miller posée à ses producteurs pendant le tournage des Sorcières d’Eastweek : « Pourquoi tenez-vous absolument à ajouter des effets spéciaux quand vous avez Jack Nicholson sous la main ? ». La remarque peut sans peine s’appliquer au protéiforme Nikolaj Lie Kaas sur lequel Nørgaard aurait davantage encore du s’appuyer. Son jeu et son charisme relèvent d’une mine d’or, d’un filon à exploiter jusqu’à épuisement.

Traquenard !

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Piège typiquement Beaunien : coller une pièce de 1 centime au sol. Celui qui la ramasse devient immédiatement assimilé pauvre et se fait dans l’instant bannir du domaine. Faut faire gaffe, à VIP-City !

La cérémonie de clôture

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Coucou le jury !

La grande finale a commencé avec un hommage rendu à Bertrand Tavernier, qui avec un naturel confondant a souligné que tout ça sentait le sapin mais qu’il espérait bien, si possible, tourner encore deux, trois voire quatre films ! C’est tout le mal qu’on lui souhaite. Pour rappel, il avait obtenu le premier Grand Prix en 2009 pour son très bon Dans la brume électrique – je m’en souviens, j’ y étais.

S’est ensuivi la remise de prix.

Le Jury SANG NEUF présidé par Santiago Amigorena , entouré d’Anne Berest, Didier le Pêcheur, Philippe Lelièvre et Nina Meurisse , a décerné son prix :

Prix Sang Neuf : Life Eternal (Autriche & Allemagne).

Le Jury de LA CRITIQUE composé de journalistes a décerné les prix suivants :

Le Prix de la critique a été décerné par des magasine ciné à l’espagnol Marshland (déjà reparti avec une 10aine de Goya dans sa contrée d’origine).

Le Jury SPÉCIAL POLICE présidé par Danielle Thiery, entourée de Eric Berot, Luis Moisés, Jean-Marie Salanova, Michel St Yves et Marc Thoraval a décerné son prix :

Prix Spécial Police – re-Marshland.

Le Jury LONGS MÉTRAGES présidé par Danièle Thompson, entourée d’Eric Barbier, Emmanuelle Bercot, Stéphane de Groodt, Philippe Le Guay, Laure Marsac, Jean-François Stévenin et Elsa Zilberstein, a décerné les prix suivants :

Prix du Jury : A Second Chance (DK), ex-aequo avec Hyena (UK).

Et enfin, le Grand Prix : Victoria (Allemagne) ; à savoir un plan séquence de plus de 2h qui a fait son petit effet.

La remise du Prix Claude Chabrol 2015 – qui récompense un bon film français affilié au polar sorti en 2014 – a été remis à La chambre bleue de Mathieu Amalric.

La remise des Grands Prix du roman noir a récompensé L’inspecteur est mort de Bill James dans la catégorie polar étranger (Pays de Galle) ; et Sara la noire de Gianni Pirozzi côté français.
Comme ces deux livres sont sortis – comme par hasard diront certains – dans la collection Rivages/Noirs de François Guérif, une personnalité incontournable du Festival, il est venu en personne récupérer ces prix en profitant de l’occasion pour défendre le format poche. Fait notable : ces deux œuvres ne sont en effet pas passées au préalable par la case gros liv’ qui brille.

Conclusion à Ferguson

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Avec des gars déguisés en flic, des flics déguisés en flics et tous ces gyrophares, gilets pare-balles etc, à un moment du festival, entre deux séances je me serais cru téléporté à Ferguson, USA. Du coup j’ai cherché un black du regard, j’en ai trouvé une. Je lui ai demandée :

— Ca vous fait quoi de voir la police de Ferguson débarquer à Beaune ?

— Vous voyez le shérif, là-bas ? C’est mon mari, m’a-t-elle répondu en souriant.

Merci au Public Système, en particulier à Clément Rébillat, pour son soutien.

Merci à la ville de Beaune pour son accueil & hello aux quelques comparses blogueurs croisés ça et là.

http://www.beaunefestivalpolicier.com

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Il faut que tu respires

Le réalisateur Mikkel Nørgaard (MN) et l’acteur Fares Fares (FF) se sont déplacés à Beaune cette année pour présenter leurs films Miséricorde, disponible en VOD, et Profanation, demain dans les salles. Ces adaptations des livres de Jussi Adler-Olsen ont déjà largement été évoqués en amont sur ce blog ; un compte-rendu du festival suivra sous peu. Entre les deux sur la photo ci-dessus, la productrice Louise Vesth.

Question pour FF : Parlez-vous vraiment un peu français ? [A un moment donné du film Profanation, Assad, le personnage joué par Fares Fares, échange quelques mots en un français impeccable avec une femme de chambre devant un Carl – Nikolaj Lie Kaas – qui n’y comprend rien]

FF : Pas du tout ! C’était juste pour le film.

C’était plutôt bien fait !

FF:(rires) Merci !

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Carl et Assad, deux True Detectives sur le terrain.

A propos de votre personnage, Assad. Dans le livre, à l’écrit il est peut-être plus complexe qu’il ne le parait dans le film. Comment avez-vous fait pour intérioriser ça ? Vous et Nikolaj Liee Kaas (Carl) avez deux personnages bien écrits mais devez à la fois garder ça en vous et le montrer, ce qui n’est pas évident sur un format ciné par rapport à un format TV plus long.

FF : On n’a pas vraiment construit les personnages en fonction du livre. On a surtout travaillé à partir du scénario qui a été tiré du livre. Il y avait du matériau dans le roman avec lequel je n’étais pas vraiment d’accord, alors on a rajouté d’autres éléments dans le film.

Avez-vous choisi de modifier le personnage vous-même ?

MN : c’était quelque de chose de très important pour nous que de conserver ce mystère avec les personnages, tout comme dans l’histoire originelle. Dans le premier film, Miséricorde, il s’agit de trouver ce qui s’est passé avec cette femme tant d’années auparavant. Ça, c’est l’intrigue. Sur un autre niveau, également très important à mes yeux, on a cette relation entre Carl et Assad. La naissance de cette amitié elle-même fait partie d’un mystère. Je ne voulais pas que le public connaisse trop bien ces deux hommes. Assad a ses secrets, Carl a ses problèmes. Ils essayent de se trouver, de s’apprivoiser. Je pense que la fascination que j’avais pour l’alchimie entre ces deux hommes était suffisamment excitante pour qu’on ait l’envie d’en savoir davantage sur eux par delà l’intrigue.

A FF : Avez-vous longuement discuté avec Nikolaj Lie Kaas au sujet de cette amitié entre Assad et Carl ?

FF : Oh oui ! Tous les trois, on a beaucoup parlé de ça.

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Assad, derrière. Second couteau qui porte bien le flingue.

Votre personnage n’est pas forcément facile à interpréter. Dans le second, il commence par confirmer que « oui, c’est lui l’arabe ». En France on a aussi, comme vous, des acteurs qui ont joué « l’arabe » à l’étranger, je pense à Sami Bouajila et Saïd Taghmaoui. C’est votre cas [Sécurité rapprochée, Zero Dark Thirty], vous avez cette expérience. Dans le premier film, ça semblait pesant à porter, dans le second c’est entériné. Était-ce plus respirable pour vous?

FF : Dans le premier film c’est une épreuve parce que Carl est très distant. Plus que dans le second. Mais je ne crois pas qu’Assad s’intéresse à ce que les autres pensent de lui. Si on lui dit qu’il est arabe, ça lui passe au dessus, il s’en fiche. C’est encore plus le cas dans la suite parce que Carl et Assad sont désormais amis. On passe à la suite, cette étape est derrière.

A MN : Vous avez dirigé Nikolaj Lie Kaas, un acteur qui a tout joué, comme vous-même qui avez réalisé une comédie, Klovn, qui n’a définitivement rien en commun avec ces deux polars. Votre passage par la série Borgen vous a-t-il aidé à approcher le département V ?

MN : (rires) En tant que réalisateur je pense avoir plusieurs facettes. Klovn et l’approche comique, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup, mais je crois disposer d’une face plus classique du cinéma. L’expérience sur la série Borgen a en effet été un pas en direction d’un cinéma plus classique mais je crois que cela a toujours été en moi. Ça n’est pas si difficile que ça peut le paraître de l’extérieur. Klovn d’un côté, Miséricorde de l’autre, beaucoup de réalisateurs n’ont pas forcément ces deux facettes là je pense. J’ai toujours voulu explorer différents genres.

La forme est très éloignée, voire même opposée.

MN : Totalement ! Klovn est parfois improvisé et c’est une comédie. The Keeper [Miséricorde] et The Absent One [Profanation], c’est du cinéma classique, avec un scénario très structuré, une photographie très travaillée.

Klovn

L’inénarrable Klovn.

Avec Klovn on s’approche même parfois du Dogme – on pense aux Idiots de Lars Von Trier par endroits.

MN : D’une certaine façon, on était très proches du dogme dans notre façon de filmer et d’approcher ce sujet. Là, on s’approche d’un cinéma plus classique, français, américain.

Il me semble difficile de mixer deux histoire dans une au cinéma ; montrer à la fois le point de vue des policiers, des victimes et des vilains – je schématise -, une constante dans les romans mais pas au ciné. Deux scénaristes on travaillé sur le second livre alors qu’il n’y en a qu’un de crédité sur le premier. L’équilibre est à mon sens étonnamment bien restitué dans le second film. Grâce au scénario ou simplement par votre approche de la mise en scène ?

MN : Toujours grâce à mon approche (rires). Non, Nikolaj Arcel [le scénariste] et moi-même avons essayé ensemble de trouver comment adapter les livres. Dans le premier, on a d’abord cherché l’angle d’approche. Le premier scénario était comme une très petite histoire. On voulait broder entre l’intrigue et la relation entre les deux hommes. La seconde est plus grosse, avec un univers beaucoup plus grand, beaucoup plus coloré. Il y a en effet davantage de moments de cinéma dans celui-là. Plus on s’enfonçait dans cet univers, plus on se sentait capable de l’explorer. De mon point de vue, ces deux films sont de la même famille mais franchement différents. Je les ai fait donc je les aime tous les deux mais j’y vois différentes choses et j’aime vraiment beaucoup ce qu’on a été capables de construire dans le second. Ouvrir cet univers et montrer tellement plus.

Dans le premier, j’ai l’impression que vous êtes un peu prisonnier de cette histoire. Un peu comme cette femme enfermée, finalement. Dans la suite, vous arrivez à respirer avec votre mise en scène, on peut le sentir.

MN : Je suis heureux que vous le preniez ainsi parce que c’était véritablement mon approche. Je voulais que l’on ressente le premier film comme irrespirable. J’ai essayé de restituer une ambiance claustrophobe, tout comme l’est sa situation à elle. Je souhaitais que le public partage son isolement, son espace de plus en plus restreint. Qu’il soit avec elle, qu’il se dise, comme elle : « je veux sortir de là, je ne peux plus respirer ! ». Dans la suite, je voulais ouvrir tout ça, que tout le monde se prenne un grand bol d’air. On est dans un autre monde, avec beaucoup plus de perspectives. C’était mon intention.

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L’enfermement dans Miséricorde. 

On trouve dans le 1er roman plusieurs éléments qui m’ont fait penser à Old Boy, un film coréen qui, fait amusant, a été projeté cette année à Beaune. N’avez-vous pas repéré quelques similitudes ?

MN : Ah! Je n’ai pas vu ce film.

FF : Tu ne l’as pas vu ? C’est en effet un très bon film, tu devrais le voir ! Mais tu vas avoir du mal à répondre à cette question (rires).

Ok ! Embrayons. Dans Profanation, j’ai repéré plusieurs vignettes qui proviennent directement du genre « hard boiled », le nez cassé du héros évoque largement le Chinatown de Roman Polanski. Êtes-vous un adepte du polar noir ?

MN : J’adore ce film. Je le regarde au moins une fois par an. Il possède l’essence du film noir. Polanski et toute cette génération de réalisateurs, waouh ! On fait de bons films de nos jours, bien-sûr, mais les 70’s aux USA et toute cette vague ont eut une très grande influence sur moi en tant que réalisateur. Les hommes du président, French Connection etc, mais Chinatown, vraiment, c’est un film clef en ce qui me concerne, et une véritable inspiration pour plonger dans l’univers de Jussi Adler-Olsen. Une parmi d’autres, comme le thriller Seven de David Fincher où l’on trouve aussi toute une atmosphère, une texture. Mais ma fascination du noir vient sans nul doute de Chinatown.

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Jack Nicholson dans Chinatown. « Allo, les gars ? L’icône du nez pété, c’est moi qui l’ai inventée, ok? »

Johan Söderkvist a composé la musique. On le connaît surtout chez nous pour son travail sur Let the Right One in. Comment avez-vous discuté avec lui sur la façon d’illustrer musicalement ces histoires ?

MN : Je voulais Johan justement à cause de Let the Right One in. J’avais adoré ce film et la façon dont cette musique y était incorporée. Et Johan est venu et on a beaucoup parlé du score. Surtout pour le second, où je crois que la musique est vraiment bonne. Il était très important pour moi que l’histoire de ces jeunes, à l’école, soit une histoire d’amour. Je voulais que ce soit très beau, je voulais partager son évolution au sein du pensionnat. C’est très chargé lorsqu’ils battent des gens ou ont des relations sexuelles, là on a de très bons moments musicaux – de mon point de vue bien-sûr ! Cela apporte un contraste et une dynamique par rapport à toute cette violence. Il y a beaucoup d’émotion avec le point de vue de ces étudiants, c’est de l’amour passionnel. Pour le public, c’est de la violence. La rencontre de ces deux éléments explose.

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Kimmie rebelle. « Oh quelle étrange affaire, dans mon cœur, ce mystère… »

Sur Profanation, on a en effet un sentiment un peu schizophrénique, entre cette musique faite pour l’histoire d’amour et les illustrations mélodiques du polar plus hard boiled qui se tient de nos jours.

MN : Oui, ils ont fait du beau boulot, surtout sur le second film.

Au Danemark, c’est une grosse production, on pourrait même parler de blockbuster. Avez-vous subi beaucoup de pression ?

MN : Oui et non. Lorsqu’on adapte un livre aussi énorme, tout le monde s’attend à un gros film. Cette attente crée de la tension. Mon film The Klovn a été un gros succès au Danemark, je pense pouvoir dire que je suis habitué à ça. Lors de la pré-production, je la sentais, cette pression, mais dès que j’ai commencé à tourner, je ne me suis plus consacré qu’à ça. J’ai fait les films que je voulais faire. Au moment de la sortie du film, la pression revient mais pendant le tournage, le focus est sur le film et le reste ne vous inquiète pas. Vous faites ce que vous savez faire. Heureusement, les films ont été bien reçus au Danemark et le public a apprécié notre approche de cet univers.

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Prêts pour une 3ième aventure ?

De ce que j’en ai lu sur la toile, vous ne réaliserez pas le 3ième opus ; c’est le norvégien Hans Petter Moland [qui a remporté le Grand Prix de Beaune l’année passée avec In Order of Disappearance] qui s’attellera à l’adaptation de Délivrance. Pourquoi pas vous ?

MN : Louise Vesth, productrice du film, Nikolaj Arcel le scénariste et moi-même avions choisi d’adapter ces livres pour le cinéma. Au début, je ne devais d’ailleurs réaliser que le premier. Ensuite, à travers cette dualité qu’on vient d’évoquer on a pensé qu’il serait mieux que je réalise également le 2ième. Mais maintenant que ces films sont faits, je pense qu’il est temps d’apporter une nouvelle énergie à cet univers. Je l’adore, j’ai vraiment aimer travailler avec Farès et Nikolaj et je pense que le 3ième livre est très bon. Mais il faut du sang neuf. Je pourrais le réaliser mais, honnêtement, dans ce cas j’aurais besoin d’un certain recul, de un voire deux ans pour choisir la bonne approche. Je dois assimiler, déjà, mes deux films avant d’avancer sur le troisième. Peter est un bon réalisateur, il apportera ce qu’il faut au Département V.

Ce réalisateur a beaucoup travaillé avec le suédois Stellan Skarsgård. Va-t-il importer cet acteur sur Délivrance ?

FF : (rires) Honnêtement, on a essayé de le faire venir, mais je ne crois pas. Il n’y a pas d’élément dans l’histoire qui justifierait qu’il vienne y jouer.

A quelle étape du film vous situez-vous en ce moment ?

FF : En ce qui me concerne, la pré-production va commencer la semaine prochaine et on devrait attaquer le tournage en mai.

Profanation

Merci à Mikkelm Nørgaard et Fares Fares d’avoir répondu à mes quelques questions.

Merci à Etienne Lerbret (UniFrance) de m’avoir accordé cet entretien. 

Merci au Public Système et à la ville de Beaune pour leur accueil.

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D’après Nordicfilmandtvfund.com, c’est le norvégien Hans Petter Moland qui devrait réaliser la troisième enquête du Département Q, Délivrance (Flaskepost fra P). Les deux premiers sont signés Mikkel Norgaard, danois de son état ; ils seront présentés à Beaune la semaine prochaine (cf. dépêche ci-dessous).

Hans Petter Moland

On doit à Hans Petter Moland plusieurs bons films avec Stellan Skarsgård, dont un Aberdeen avec la belle Lena Headey (Cersei Lannister dans Game of Thrones) et, fait amusant, In Order of Disappearence, Grand Prix à Beaune l’an dernier. Nikolaj Lie Kaas et Fares Fares reprendront leurs rôles respectifs. 

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« — Allo, Arno ? C’est Lena. Ta photo d’Aberdeen, tu l’as prise au hasard sur le net, j’imagine ?… »

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Deux films nordiques seront en compétition au prochain Festival International du Film Policier de Beaune : l’islandais Corruption 2 – Le sang des braves (Borgriki 2) de Olaf de Fleur Jóhannesson et Une seconde chance de la danoise Susanne Bier.

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Hors compétition, on aura le plaisir de découvrir LES ENQUÊTES DU DÉPARTEMENT V : MISÉRICORDE (The Keeper of Lost Causes – Kvinden i buret) et sa suite LES ENQUÊTES DU DÉPARTEMENT V : PROFANATION (The Absent One – Fasandræberne), tous deux largement évoqués sur ce blog. Le premier sera disponible chez nous en VOD via Wild Bunch le 27 mars prochain ; le second sortira au ciné le 08 avril, un choix qui laisse augurer un deuxième film meilleur que le premier…

Cette année, j’en serai donc comptez sur un p’tit retour à venir. VIP invités / hommagés :  John McTiernan, Bertrand Tavernier, Claude brasseur, Danièle Thompson

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On n’en sait pas beaucoup plus sur ce film destiné au marché US réalisé – et produit – par du finlandais et du bon : Anti-Jussi Annila (Sauna, Jade Warrior) si ce n’est que ce poster-projet a de la gueule et qu’IMDb annonce la sortie de la bête en 2015. Don’t Come After Me sera la préquelle de We are What we are de Jim Micle, qui lui-même était un remake du film mexicain Ne nous jugez pas de Jorge Michel Grau qui, lui, est chargé de tourner la séquelle. Du remake de son film. Suivez. Pour les notes d’intention d’Annila, c’est par là que ça se passe (2013, déjà).

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NWR commencera le tournage de son nouveau film The Neon Demon le 30 mars à Los Angeles. On s’orienterait a priori – rien n’est moins sûr avec le bonhomme – vers un film d’horreur, avec à l’affiche Keanu Reeves, Elle Fanning et Christina Hendricks. Le film n’arrivera pas sur nos écrans avant 2016.

NeonDemonWeb

Janus Metz_lille

… qu’il a réalisé. Tour de chauffe avant le tournage de Galvestone, le sympathique polar du scénariste Nic Pizzolatto ? Toujours est-il qu’il parle de cette expérience sur dfi.dk (en anglais). On y trouve quelques petites choses à grignoter…

Si Mads et Nicolaj semblent maquillés pour jouer des créatures dans un film de Peter Jackson, ça n’est pourtant pas comme leur comparse suédois Mikael Persbrandt pour les besoins du Hobbit. Oh que non.

Après un temps d’hésitation – dois-je mettre ça sur mon blog – ? je me lance. Voici donc les premières images provoc’ de Men & Chicken, le dernier film d’ATJ évoqué ci-dessous et même encore un peu plus ci-dessous. Voire le 36ème dessous pour un Mads Mikkelsen au personnage encore une fois – c’est confirmé – bien chargé qu’un coup de fil empêche de décharger. Traduction approximative du dialogue (merci au camarade Morten pour le coup de pouce danois) : « – Salut, c’est Mads« .  » – Tu viens – [coming] à l’hôpital ? »  » – Oui, je viens [cumming] tout de suite. Ca… ça va ? Je suis avec quelqu’un là… ».

Klovn the Movie ayant placé la barre très bas, Jensen s’est-il senti obligé de sous-enchérir ? Les apparences trompent leur monde.

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