Kon-Tiki (Joachim Rønning et Espen Sandberg, Norvège, 2012)

Avec cinq compagnons, Thor Heyerdahl, anthropologue, archéologue et navigateur norvégien, effectua en 1947 la traversée entre Callao (Pérou) en Amérique du Sud et l’archipel polynésien des Tuamotu sur un radeau, le Kon-Tiki. Il s’agissait de prouver que le peuplement de la Polynésie avait pu se faire depuis ce continent.
À cette fin, l’expédition utilisa les techniques de navigation qui pouvaient être connues à l’époque de la civilisation inca : le radeau était constitué de troncs de balsa abondants dans cette région de l’Amérique du Sud ; le radeau était propulsé par une voile mais le courant de Humboldt qui porte à l’ouest vers les îles polynésiennes joua un rôle majeur.
La traversée de 8 000 km dura trois mois et demi et fut un succès ; le moment le plus dangereux fut l’arrivée à bord de cette embarcation non manœuvrable sur une île inhabitée des Tuamotu, défendue par une barrière de corail battue par les vagues (source : Wikipedia).

Contigo sur un radeau

« Ne jamais tourner en mer ! » dit un Spielberg exténué après le tournage éprouvant des Dents de la mer. Qui fut rude, mais méritoire : le film est un classique. Sans en dire autant du Waterworld des deux Kevin (Reynolds et Costner), sa version longue disponible à l’import le replace comme très bon film post-apocalyptique et son tournage tout autant mémorable que calamiteux permet le ressenti des embruns au spectateur, qui finit la pellicule la peau salée par la mer – et ce sans l’appel à la technologie 4DX, siouplé ! L’histoire du Kon-Tiki nécessitait cela, la perception du réel, comme dans les deux films précités. Étrangement, même si l’on peut lire ici ou là que la démarche fut la même, on peine à le croire tant le ressenti en est loin. Malgré le fait que ce film fut le plus cher jamais tourné en Norvège (près de 17 Millions selon IMDb), on se croirait parfois dans un film des années 50 tourné en studio. Ca ne tangue pas et les éclaboussures sont rares. L’approche scénaristique, orientée aventure lambda, standardisée dirais-je même, participe de cela. J’en veux ce mélo convenu entre le héros en mer et sa femme esseulée au pays, ou cette anecdote sur un « personnage » ré-écrit, rendu « nerveux » par le scénariste, à la consternation de sa fille, qui conteste les faits. Le coupable s’en explique : « l’aventure sur le radeau s’est trop bien passée en réalité. Il n’y a pas eu de conflit ! Il en fallait pour rendre le film excitant ». Voilà pourtant un poncif de plus qui rend davantage encore anecdotique le film. Il aurait été bienvenu de montrer un esprit d’équipe efficace, justifié par les hostilités en présence – peu de monde accompagna le projet à l’origine – et un vrai contexte de survie, tout comme dans une navette spatiale. Les réalisateurs auraient pu choisir ce prisme, après tout ils avaient déjà abordé la guerre avec Max Manus (tout autant hollywoodisé vers le bas à mon sens). Knut Haugland, opérateur radio sur le bateau, participa, tout de même, à la célèbre bataille de l’eau lourde.

Dans le bouquin que j’ai lu cet été, et un peu dans le documentaire de 1950 disponible sur YT, qui obtint l’Oscar du meilleur doc en 51, on développe l’aventure préalable en Équateur, passionnante quand il s’agit d’aller récupérer dans la jungle des troncs de balsa pour construire le radeau. A la lecture du récit de Thor Heyerdahl, « L’expédition du Kon-Tiki », ce fut carrément épique : on pense au Sorcerer de Friedkin, à Aguirre de Herzog ! Dans le film ? « Et comment trouvera-t-on des troncs de Balsa » dit l’un. « Ben t’es assis dessus », dit l’autre. Le choix de l’ellipse, prévisible, déçoit. Il est vrai que l’aventure en mer ne paraît pas toujours dangereuse à la lecture. On est proche du réel à l’époque, on n’est pas à s’imaginer comme maintenant tel ou tel comportement crédible selon la norme cinéphile du jour. Nos professionnels, organisés, gèrent, s’entraident ; ça fonctionne. Dès lors, on y parle plus souvent de pêche et des différentes sortes de poissons rencontrés. Les requins sont des proies pour ces redoutables navigateurs, qui leur préfèrent plus volontiers le thon. L’échouage sur une île reste impressionnant (dans le livre), et l’émotion – le narrateur du livre et du doc est pragmatique – vient surtout du perroquet, cet animal qui les accompagne sur une bonne partie de leur périple avant de disparaître un beau jour au détour d’une vague. Le film ne gardera pas le perroquet, il lui sera préfèrera un gros requin en vfx, censé être impressionnant, mais commun à force d’en montrer. Ca devient banal et ça sonne faux en fin de compte. A croire, peut-être, que cette histoire est réservée à l’histoire et au documentaire, non à la fiction. Même s’il y avait matière à autre chose.

Toujours est-il qu’avec ce film et leur money shot du requin baleine sous le bras, les réalisateur partiront aux USA tourner un Pirates des Caraïbes et le dernier Maléfique Disney avec Angelina Jolie. Ils ont trouvé là film à leur talent : il est calibré pour la 4DX.

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