Un flic sur le toit (Bo Widerberg, Suède 1976)

Le commissaire Nyman est assassiné dans la chambre d’un hôpital où il vient de subir une intervention chirurgicale. L’enquête est confiée à Martin Beck, flanqué de son adjoint Einar Rönn.

J’ai vu le couvreur…

Nonobstant les réelles qualités du film, voici l’un des titres les plus stupides jamais lus. Il dévoile à la fois la fonction de l’assassin – où aboutit l’enquête à seulement une heure de métrage – et l’endroit du climax dont on devine la teneur. Le titre suédois était un peu moins explicite, puisque Mammen på taket signifie L’homme sur le toit et cache une partie du puzzle, tandis que celui du bouquin écrit par le couple Maj Sjöwall et Per Wahlöö était autrement plus pertinent : Den vedervärdige mannen från Säffle, L’abominable homme de Säffle (livre édité chez Rivages). C’est important, en cela que ce titre cible la victime initiale, un sale flic ripoux, non celle du tueur dont on partage les motivations sans toutefois cautionner ses actes. C’est un sous-genre à part entière du polar que ce canevas de whodunit où la victime se révèle finalement plus détestable que l’assassin lui-même.

flic toit

Si cette histoire veut gratter le vernis d’une Suède trop propre pour mieux en cibler les travers (corruptions diverses et variées), le film ne force pas le trait ni ne choisit de réel point de vue. On ne trouve pas vraiment de constat sociétal, ce que peut-être soulignait davantage le livre. Non, voilà un sale type – vaillamment défendu par son second – assassiné par un gars pourchassé par plein de flics méritant, voilà. Concernant les remous plus ou moins contestataires de l’œuvre, à force d’en voir on sait la dimension cynique de ce type de film, sujet à débat pour mieux créer du buzz et booster les fréquentations. En absence de réelle charge palpable, reste un blockbuster suédois 70’s très fréquentable : mi polar pantouflard côté vieux flics blasés qui enquêtent, mi blockbuster sur le final via quelques jeunes dynamiques, dont la superstar locale Sven Wollter. Le tout est saupoudré d’un zeste de giallo en entrée, le temps d’un meurtre à l’arme blanche particulièrement sanglant (du sang de porc, plus précisément).

flic toit 2

Le minimaliste de l’acteur principal Carl-Gustaf Lindstedt qui incarne le policier Martin Beck (à gauche ci-dessus), souligne bien sa fatigue morale. Revenu de tout, il n’est surpris par rien. Moi, si : que le très sympa Le flic ricanant, polar 70’s américain, soit également adapté d’une histoire de ce même policier de fiction nordique ante-Wallander. Beck y était incarné par le tout aussi nonchalant Walter Matthau (BR/DVD dispo chez Rimini Editions). Ces deux films ont comme autre point commun d’être formellement influencés par la baffe d’alors : le French Connection de William Friedkin. On baigne dans cette fameuse veine réaliste, elle-même post A bout de souffle de Godard ; cette même veine réaliste qui fatigua Roy Andersson, ici réalisateur de seconde équipe, qui, lui, sut davantage s’épanouir dans l’expressionnisme sur sa Trilogie des vivants. D’autres noms célèbres sont greffés à ce Flic sur le toit, comme Bo Vibenius, ici actif à la production, ailleurs réalisateur des (très) trash Thriller et Breaking Point. Il s’agit de mon premier Bo Widerberg. Dans mon collimateur désormais : Adalen 31 et L’homme de Majorque.

flic toit 4

 

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