delivrance promo

Une bouteille jetée à la mer, repêchée et oubliée dans un commissariat des Highlands. A l’intérieur, un appel au secours écrit en lettres de sang et en danois. Lorsque le message échoue au Département V de la police de Copenhague, chargé des dossiers non élucidés, les années ont passé… L’imprévisible Carl Mørck, Assad, son assistant syrien au flair infaillible, et Rose, leur secrétaire, vont-ils prendre au sérieux ce SOS ?

Quand Nikolaj Lie casse du serial Killer

Il est triste de voir arriver ce troisième opus, le meilleur à ce jour, directement dans la case e-cinema, car sa place est dans les salles. Tout le monde s’en rendra compte en découvrant la (belle) bête sur sa tablette. Wild Side n’est pas à blâmer – merci déjà à eux de nous la présenter – ; simplement, le marché est actuellement d’une cruauté impitoyable. Intégré dans la narration sur au moins deux morceaux de bravoure, le Jutland danois nous est dévoilé de toute son étendue plate qui rappelle parfois, en plus lumineuse, notre grise Beauce vue par ailleurs récemment dans le très beau Les premiers, les derniers du Belge Bouli Lanners (c’est du bon).

2003772_flaskepostfrap_still_photo-henrik-ohsten-flaskepost-fra-p-still13-20150601-zen-fp-0066_org_print

Carl Mørck, le flic hard boiled made in Copenhagen

La trame, issue du bouquin de Jussi Adler-Olsen, joue sur la corde usée de ces serial killers aussi géniaux que sadiques que de courageux policiers peinent à appréhender en plus d’y perdre une partie de leur âme. Au cinéma, Le 6ième sens (Michael Mann), Le silence des agneaux et autre Seven – cité le temps d’un très beau plan aérien à la fin – dominent le bal, mais il faut avouer que les séries ont depuis marqué le genre d’une empreinte notable, stockée avec soin dans un petit sac en plastique enregistré au registre des preuves. Ainsi, ajoutée aux métrages susnommés, Délivrance apparaît comme une très belle excroissance nordique à True Detective (USA) et Red Riding Trilogy (UK), que beaucoup s’accordent à définir comme des chefs d’œuvres télévisuels. Le film de Hans Petter Moland (Refroidis) trouve sa place entre les deux médias. De beaux moments de cinéma défilent, tandis qu’une impression « cut » TV se fait parfois sentir sur certains enchaînements de plans. Il n’empêche que l’équipe s’en sort avec les honneurs : le scénario tiré du livre garde l’essentiel en plus de se focaliser sur un point de vue, celui de Carl Mørck, le héros.

Flaskepost fra P

Il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Tu crois que le colza ?…

Encore une fois, un beau film danois illustre la Bible, plus spécifiquement le Livre de Job, après les nombreuses autoflagellations du dogme des LVT (Breaking the Waves, Dancer in the Dark), Thomas Vinterberg (Festen, La chasse), Susanne Bier (After the Weading) et même – surtout ? – Anders Thomas Jensen, dans son formidable Adam’s Apples. En passant : son dernier film, Des hommes et des poulets, arrive dans l’Hexagone en mai et bénéficie également de Nikolaj Lie Kaas (NLK) en tête de gondole. Parlons-en, de cet acteur de composition – et de compétition – car enfin on le laisse s’exprimer ! Il est souvent placé au second plan derrière Mads Mikkelsen, mais il est en train de gagner du terrain, de minimiser l’écart depuis son jeu tout en nuances, en subtilités. Sur des scènes déjà subies mille fois – le trauma du flic qui ne s’est jamais remis d’un échec, le vilain qui l’appelle sur son portable pour le provoquer – il nous propose un répertoire inédit et bouleversant qui émeut franchement jusqu’aux larmes. Il apporte une dimension humaine jamais vue à son personnage pourtant archétypal. Et lorsque sa foi revient après des mois d’immersion folle dans un athéisme exagéré, mal vécu et trop délétère, il ne plonge pas à 100% dans les supposées vertus de l’Église luthérienne ; il s’y lâche juste un peu, à la fois pour respirer et pour, enfin, respecter les croyances des autres – très bon équilibrage de Farès Farès – , sans toutefois se leurrer quant à une institution qui a fait naître, à la manière d’un Da Vinci Code – dans la suite duquel NLK a joué -, le mal. A NLK de nous faire ressentir tout ceci en seulement quelques secondes !

Délivrance 4

Laissez venir à moi les petits enfants…

Incarné à la perfection par le norvégien Pål Sverre Hagen (Kon-Tiki), le diable du jour est l’un des plus vicieux jamais montrés. Un meurtre aux ciseaux est voué à rester dans les annales, tout comme l’était la torture à coup de ballon de basket dans le précédent Profanation. La perversion s’exprime très correctement dans cette saga. Le tueur domine une superbe poursuite démoniaque dans un hôpital, nous gratifie d’une scène de sexe foireuse, odieuse et inédite avec sa compagne de passage – sa logeuse – qui paiera cher ce concubinage, et l’affrontement final avec gamin interposé relève d’un gouffre de noirceur abyssal où tous menacent s’y noyer. Étrangement, malgré le nihilisme du propos, au film de se clôturer par quelques notes optimistes, dans l’air du temps. Elles font du bien… et elles font mal, car du haut de notre laïcité proclamée toute française, de notre prétendue ouverture d’esprit érigée en exemple mondiââl, de voir ce film danois proposer un ton juste, incarné par un arabe barbu profondément pacifique, afin que toutes les différences coexistent sans trop qu’on se mette sur la tronche, c’est ce qu’on appelle, là, montrer l’exemple. En descendant une marche, celle d’une tolérance souvent trop verticale pour être véritablement honnête. Le réalisateur égyptien Youssef Chahine conspuait ce mot, « tolérance », pour cette même raison.

Très bon film, que j’ai déjà envie de revoir. Vivement la suite. Notons un score paisible au piano assez plaisant de Nicklas Schmidt (Ronal le barbare).

délivrance 5

La religion et ses paradoxes.

Voir également mon itw avec l’interprète d’Assad, Farès Farès, et Mikkel Nørgaard, réalisateur des deux premiers films, Miséricorde et Profanation.

Publicités