THE SALVATION POSTER

1870, Amérique. Lorsque John tue le meurtrier de sa famille, il déclenche la fureur du chef de gang, Delarue. Trahi par sa communauté, lâche et corrompue, le paisible pionnier doit alors traquer seul les hors-la-loi.

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Western classique, The Salvation l’est assurément. Trame cousue de fil blanc, poncifs et violence participent de ce que l’on appelle communément un cahier des charges. Respecté. Le visage vieillissant de Mads Mikkelsen se pare des rides sèches de Randolph Scott, filiation évidente avec cette histoire de vengeance importée des bonnes vieilles séries B de l’américain Budd Boetticher. Américain, le réalisateur Kristian Levring ne l’est aucunement. The Salvation a été écrit, joué et filmé par des danois. Si l’humour manque un peu à cette histoire filmée à la Sergio Leone, l’ironie et la critique ne sont pas en reste sur un second niveau de lecture au point de vue tout européen. La plupart des protagonistes sont des émigrés et non des immigrés sur ce territoire « neuf » délesté de ses peaux rouges, massacrés par hordes blancs assassins. Le vilain du jour, Delarue, participa au bain de sang. Son âme n’en sortit pas indemne. Assisté d’un corse incarné par Eric Cantona – simple second couteau, une gueule – il est joué par un très convaincant Jeffrey Dean Morgan au faciès proche de ceux de Javier Bardem et de notre José Garcia national. Avec leurs personnages, Anders Thomas Jensen scénariste s’amuse à chatouiller le drapeau US. Sans basculer dans la démonstration balourde, il raconte comment ce pays fut déconstruit/construit par des européens sanguinaires en quête des richesses du nouveau continent. Tous des vikings avides ! Cela fait écho au Valhalla Rising de N.W Refn avec ce même Mikkelsen incarnant un pauvre hère en quête d’un chez lui dans un ailleurs.

Un plan sur des puits de pétrole clôt le film et à l’évidente conclusion « faut pas péter les couettes aux danois ! » d’assumer une fierté toute nationale, surtout celle liée aux compatriotes sortis vivants de la Guerre des duchés – belle astuce narrative – dont, pour rappel, le réalisateur Ole Bornedal a réalisé tout récemment une série dédiée, 1864, cadrée pour cet octobre sur les télévisions danoises. Comme les autres, ce pays se recentre culturellement au milieu du drapeau.

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Mads Mikkeslen et sa tronche, paysage aride de western à lui tout seul.

Notons aussi que Jensen continue mine de rien de travailler sur la spirale de la vengeance, thème qu’il avait déjà largement exploré chez Susanne Bier, en particulier dans son remarquable – roulements de tambours – Vengeance (Haevnen, 2010), doté par ailleurs d’une très bonne photo a contrario de celle, trop criarde à mon goût, de The Salvation. Ce western commence très bien, toutes les scènes liées à la diligence sont épatantes de tension ; ensuite c’est un peu plus brouillon, les bonnes idées ne sont pas abouties à l’écran (quid de l’opposition de la vengeance du héros à celle du vilain ?) et le gunfight final est plutôt léger, loin, très loin de celui d’Open Range. La musique alterne des passages bienvenus de guitare sèche à d’autres mélodies plus classiques, pas toujours bien agencées. Une tonalité dramatique pendant les scènes d’action – surtout celles de Mikael Persbrandt – crée une distanciation dommageable. Divertissement bien sympatoche, quand même, surtout avec la belle Eva Green au milieu de ce casting prestigieux.

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Eva Green nous fusille de ses yeux revolver.