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La faune et le floor

Inquiet pour la santé de sa fille autiste, le père voit comme seule option un enlèvement de l’hôpital par la force. Une panne d’ascenseur empêche une sortie en douceur et les emprisonne avec d’autres. Pourtant l’incident est seulement le commencement d’une descente dans le cauchemar. Alors que les portes s’ouvrent, l’hôpital semble mystérieusement abandonné. Quand des corps mutilés sont trouvés, les créatures venant d’un monde obscur commencent une attaque effrayante. Il apparaît bientôt clairement que la survie du groupe repose seulement sur la petite fille.

Le film, tourné en anglais mais à Helsinki, en Finlande, se fit grâce à ce qui le tira vers le bas : le groupe de métal finlandais Lordi. Grands vainqueurs de l’Eurovision en 2006, les musiciens s’y virent comme « des carnivores dans un restaurant végétarien ». Le leader, « Mr Lordi » ne cracha pas dans la soupe et profita de ce que son groupe soit soudain « européennement » célèbre pour se lancer dans un projet qui lui tenait à cœur : participer activement à l’élaboration d’un film d’horreur. Seulement voilà, du haut de leurs costumes en latex à la GWAR, groupe hardos américain autrement plus trash, ils campent une tribu de démons gotico-muppets qui renvoient davantage au cultissime Labyrinth de Jim Henson qu’au Darkness de Jaume Balaguero, auquel on pense aussi avec cette même obscurité qui s’avance, cachant dans le noir ses horreurs indicibles. Labyrinth, on y pense également non pas juste parce que la gamine de l’affiche ressemble à l’elfe de Dark Crystal, l’autre gros film des studios Henson, mais parce que cette héroïne, Sarah, qui bascule de l’autre côté du miroir, évoque grandement cette même Sarah s’en allant sauver son bébé kidnappé par les horribles kobolds. Incarnée par Jennifer Connely, l’adolescente prolongeait les caractéristiques de cette autre jouée par cette même actrice dans un conte autrement plus macabre, le Phenomena de Dario Argento. C’est sur ce canevas de conte que l’histoire foutraque de Dark Floors nous est proposée. Foireuse, indéniablement, parce qu’à partir dans tous les sens en alignant des concepts non prolongés, non clôturés – quelques paradoxes temporels par là, un vieil homme énigmatique par ici, une étrange petite fille au milieu de tout ça… – voire des idées de court métrage déjà exploités ailleurs, on obtient un fatras de trucs qui, sans réel point de vue ni cette poésie goreuse toute italienne à la L’au-delà de Lucio Fulci, tire l’objet en-dessous du Dark Floor.

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Coucou ! C’est moi, Casimir !

Si l’on se moque des vilains démons à chacune de leur apparition grotesque, la mise en scène et la photo, elles, sont honorables. Elles évoquent, justement, le ciné de l’espagnol Jaume Balaguero, et le rendu rapproche le tout d’un film mineur mais tout aussi bien emballé de John Carpenter, The Ward (qui veut dire « quartier », pavillon »), avec lequel il partage ce goût pour l’horreur qu’inspire le milieu hospitalier. Ce film, gâché par un twist salement emprunté à l’excellent Identity de James Mangold, joue bien de la folie et des couloirs qui symbolisent dans nos péloches favorites nos errances, nos pensées. D’abord rectilignes, claires, axées, elles se font ensuite flinguer par notre environnement, la vie, ses contradictions. L’incompréhension première liée à l’adolescence. Dark Floor nous rappelle ce type de métrage – Freddy 3, le doublé Halloween 2 / Cold Prey 2, From Beyond… – où l’hôpital devient davantage qu’un simple décor. La naissance, la mort, la folie, la maladie : toutes ces réalités qui alimentent la plupart des films d’horreur partent de cet endroit pour mieux y revenir par la suite.

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Imagerie à la Silent Hill, sous influence(s) mais réussie.

Petit film au léger capital sympathie relevé par la présence de William Hope, qui incarnait le Lt Gorman dans Aliens, Dark Floors se situe malgré tout en bas d’un hôpital dominé par d’autres films plus prestigieux. L’on peut rajouter Silent Hill, L’échelle de Jacob, L’exorciste la suite etc. On se sent surtout frustré par cette horreur aseptisée à l’excès pour une raison d’une bêtise intersidérale, car suite à ce succès de l’Eurovision, parce que le public cible pouvait dès lors contenir de très jeunes adolescents, les producteurs choisirent de dire adieu au sanguinolent et à toutes les scènes trash qu’on était en droit d’attendre d’un schéma pareil. « Des carnivores dans un restaurant végétarien ? » De sacrées grandes gueules, surtout, qui dans un hôpital se révélèrent alors incapables de faire couler la moindre goutte de sang. Balade filoguidée sur un fauteuil roulant, à vous de tenir la caméra pour réaliser un travelling dans lequel jamais la caméra ne tremble de stupéfaction. La promenade reste agréable.

Dark Floors : 11/20

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