Gerardmer 2013

Le lac de Gérardmer, toujours aussi inquiétant. Brume sur la cime n’est pas bon signe !

Et de 20 ! Le festival « Fantastic’Art » international du film fantastique de Gérardmer, qui débarqua en 1994 après avoir quitté les pistes d’Avoriaz, fête mère qui, elle, dura 21 années, fait péter les bougies et le gâteau à coups de hache festive. En ce qui me concerne, l’aventure débuta au début des années 2000. Le temps passe et tant passe le temps que certains festivals européens concurrents ont depuis pris une réelle ampleur, comme le  Brussels International Film Festival, en Belgique. D’autres sont nés, c’est le cas du PIFFF de Paris ou encore de l’un peu moins récent NIFFF en Suisse, avec un « N » comme Neuchâtel. BIFFF, NIFFF, PIFFF… Gérardmer tient-il la distance face aux trois petits cochons ? Reste-t-il dans la course malgré cette très féroce concurrence ? Que oui mon zombi ! Même Gérard le dit, et j’ai rarement vu Gérard mentir sur Gérardmer.

Gerardmer 2013 affiche

Ce festival vosgien reste un bien beau « GIFT », mot qui signifie « don » en anglais, acronyme tout trouvé pour se moquer de tous ces titres interchangeables. « Gérardmer International FantasTic’ art », et vous prenez le « T » que vous voulez, on en trouve 3 dans Fantastic’Art ! Point de capitale urbano-urbaine ici, non, mais un petit village dans les Vosges, décor propice à l’évasion…. et à la peur. Le froid, un lac, des bois, des montagnes, quelques autochtones un peu louches… Face à ce paysage Lovecraftien par endroits, voilà hors concours ces repaires de geeks faignants que sont Paris et Bruxelles, des capitales confortables qui ne font que très moyennement rêver le provincial que je suis. Nous reste le véritable « ennemi », Neuchâtel, où il fait si bon vivre en juillet… Peuh ! Dans les Vosges, en janvier, les basses températures poussent les gens à se réchauffer dans les salles entre eux. C’est plus convivial ! Ils parlent volontiers, tous, même les plus coincés, les plus solitaires, autour d’un vin chaud, avec un sujet tout trouvé : les films. L’ennemi commun rapproche les peuples. En l’occurrence non pas Neuchâtel mais le fourbe Wendigo, qui fait son apparition lors de la montée des grands vents froids, poussant des cris perçants et de terribles hurlements ! Mais attention, il n’est pas seul. D’autres monstres rôdent…

jury gerardmer 2013

Le Jury Longs-métrages 2013. De gauche à droite : Pitof, Xavier PaludPascal Laugier, Xavier Gens, le Président Christophe LambertMarina de Van, Marc Caro et Nicolas Boukhrief (© Thomas Devard, site officiel).

En allant au festival, je savais passer près de Vittel. Si les bonnes résolutions de l’année me poussèrent à m’y arrêter pour faire des provisions d’eau plate et ainsi entretenir mon esprit sain (« dans un corps nichon », dirait Patrick Font), un panneau m’informant d’embouteillages à cet endroit me suggéra de continuer mon chemin. Car il faut bien l’avouer, l’excellente tartiflette au munster du coin se marie mieux avec un vin blanc du cru. Pété comme un coing, qui l’eût cru ? Comment ? Que dites-vous ? Les « embouteillages » du panneau concernent la mise en bouteille et non… rhooo, évidemment, que suis-je bête ! Pardonnez mon inculture. Peu importe, le mal est fait. Sur ma lancée, j’esquivai également The Forrest de Darren Lynn Bousman, dont le Repo ! The Genetic Opera m’avait déjà passablement ennuyé quelques années plus tôt. On n’est jamais trop prudent. Je fus également bien avisé de ne pas m’arrêter pour dormir dans la Room 237 d’un vieil hôtel perdu dans la neige, près des montagnes vosgiennes. Ce tripotage de pipi sur le Shining de Stanley Kubrick, également projeté hors compétition, en a assommé plus d’un, tous me conseillant d’aller plutôt découvrir le fabuleux documentaire Ray Harryhausen, le titan des effets spéciaux. Que je n’ai pas vu non plus mais que je compte bien zieuter au plus vite. « Tous » concerne les festivaliers croisés dans les files d’attente. Comme il faisait un tantinet froid, surtout et comme à l’accoutumée devant le cinéma du Casino dans lequel le vent glacial tenait manifestement à s’engouffrer pour voir l’intégralité de la programmation, nous nous réchauffions en papotant films. Nous y voilà ! Curieux, j’y glanais précieusement les informations tout en m’amusant de voir que d’autres faisaient de même pour dire tout le bien qu’ils pensaient de, par exemple, The Pact. En toute objectivité, cela va de soit. Ils bossent chez Aventi et s’apprêtent à distribuer le film (coucou les gars !). Ailleurs, le son de cloche était plus nuancé mais pas négatif non plus (de rien les gars !)

Arrivé à Gérardmer, la première chose que je regardai fut le lac. Il n’était pas gelé. Un frisson me parcourut l’échine. Ghadamon, infâme créature des contrées du rêves, se cache en son dessous. Elle n’y est pas matériellement, non, mais je sais de source sûre qu’un portail lui permettrait de venir si tel était son souhait. Si le lac n’est pas gelé, il est impossible d’y graver un protecteur signe des anciens, aussi espérai-je secrètement que personne n’appellerait le monstre, qu’aucun film ne ferait office de catalyseur, qu’aucun chant des âmes viking ne l’invoquerait inconsciemment, qu’aucun… brrr…

Dagmar – L’âme des vikings ; Escape ; Flukt (Roar Uthaug, Norvège, 2012) : avis d’un givré

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Après l’épidémie de peste noire qui ravagea la Norvège et tua la moitié de la population au milieu du XIVième siècle, une famille pauvre décide de partir à la recherche de terres moins hostiles. Sur son chemin, elle se fait sauvagement attaquer par une bande de hors la loi sans merci. Signe, une jeune fille de dix-neuf ans, est épargnée par les tueurs et gardée en otage dans leur camp. Elle apprend à ses dépends que la mort n’est peut-être pas le pire des maux et que son salut ne peut venir que de la fuite. La chasse est ouverte…

Le personnage de Frigg est librement adapté du conte de Jostedalsrypa, ou « La Perdrix des Neiges du Jostedal », le récit d’une jeune fille, seule survivante d’une communauté réduite à néant durant la peste noire (source : revue de presse + norvege.no).

Dagmar de cette nana là !

Jeudi 31 janvier, 23h00. Le film se lance dans la salle du Casino. A peine le titre norvégien s’étale-t-il sur l’écran, « Flukt », que le film manque de s’étaler aux yeux de festivaliers déjà hilares. Un titre pareil peut sembler ridicule pour un franco-français. Il pense à « flûte » ou encore à la BD de Hergé « Quick & Flupke » mais pas à un film sanguinaire blindé de vikings. Flukt signifie la « fuite », « l’échappée », me suggère internet. Traduit tel quel pour l’international en anglais, « Escape », mais pas chez nous où, justement, on préfère souligner l’aspect « viking » de l’objet, davantage vendeur. « Dagmar – L’âme des vikings ». Viking ? Beûûarh, ouais ! Toujours est-il que le film se lance sur ce « Flukt alors » périlleux qu’il va être difficile d’effacer des esprits. L’acte est pourtant entériné dans les 5 premières minutes, dès qu’un carreau d’arbalète s’en va effacer un gamin d’à peine 10 ans en même temps que ce piètre malentendu. Silence soudain glacé dans la salle, maintenu jusqu’au générique de fin. C’est la prétendue héroïne du film qui tire l’horrible flèche, une aussi répulsive que sympathique « dame de carreau » qui va ainsi, tout du long, incarner une ambivalence déstabilisante « propre » à cette « sale » période, le moyen-âge, qui renvoie au Rutger Hauer de La chair et le sang du hollandais Paul Verhoeven. On a connu pire filiation.

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Dagmar (Ingrid Bølso Berdal), vilaine dame de carreau !

Avec cette petite histoire sanglante moyenâgeuse d’1h15 tournée en 28 jours dans les montagnes de l’ouest de la Norvège, le réalisateur de Cold Prey, Roar Uthaug, réussit une série B autant dans l’air du temps qu’elle nous rappelle nos bons vieux westerns et autres chambaras japonais d’antan. Les péloches de Budd Boetticher (7 hommes à abattre) et autre Kenji Misumi (Tuer) n’excédaient pas non plus cette durée alors standard. Escape, titre anglais pour Dagmar, dispose de personnages bien construits, d’enjeux clairement définis et d’une action trépidante qui assurent le spectacle épique, renforcés qu’ils sont de très jeunes actrices qui jouent sans fausse note et, surtout, d’une Ingrid Bolsø Berdal, la femme forte des Cold Prey 1 et 2, en vilaine ultra charismatique mémorable. La connaissant, je m’attendais à ce que ses yeux bleus fassent des miracles. C’est le cas, à tel point d’ailleurs que le film d’horreur Mama, grand vainqueur du festival cette année, que je découvris après Dagmar, en plus de reprendre peu ou prou ce personnage et ce même sombre secret empathique la transforme en fantôme vengeur doté de ce même regard, d’une tristesse aussi incommensurable qu’absolument effrayante. N’attendre nulle pitié de ce monstre !

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Signe (Isabel Christine Andreasen), championne du tir à l’arc. Surtout à bout portant.  A bas l’obsolète arbalète !

Dagmar a tout d’une excellente surprise, à peine mise en péril par quelques ralentis en trop, des exagérations sonores et une musique à l’omniprésence un brin fatigante. Et même si j’aurais aimé voir débarquer une autre entité plus ou moins maléfique afin que les enjeux soient un peu plus prégnants, pour qui aime voir des barbares aux tronches gratinées courir dans la plaine rocheuse (Tobias Santelmann, qu’on devrait bientôt découvrir dans Kon-Tiki, mais aussi le joueur de métal Gaahl), il trouvera là un cahier des charges bien rempli, autant que celui du tout aussi bon Centurion de Neil Marshall, formellement assez proche. Sur une durée identique, voilà le complément idéal au Valhalla Rising de Refn, un film certes plus auteurisant et poseur mais non dénué de points commun. Des vikings, des rochers, du vent dans les cheveux… Du sang, aussi. Bonheur hormonal compact qu’on empaquette avec soin aux côtés des shoots barbares précités.

Dagmar – L’âme des vikings : 15/20

Frôlage de hors sujet et hors sujet total en vrac, en compét’ ou hors compét’

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Un aveugle « complexé » ou le Complex du fantôme selon Hideo Nakata ?…

« C’est la compét’ ? Mieux vaut péter dehors ! » me signala très sérieusement le vigile, et il avait bien raison même s’il n’avait pas tout compris. Vendredi matin, 09h00, c’est l’heure de s’en aller découvrir le japonais The Complex de Hideo Nakata. Je développerai plus avant ce bon film sur Cinemasie.com mais il faut reconnaître qu’il fut plutôt moyennement aimé des festivaliers. Je me suis d’abord senti un peu seul à l’avoir apprécié, me demandant finalement si j’avais été honnête avec moi-même ou si je m’étais menti pour mieux anticiper l’interview qui allait suivre, que je voulais positive. Puis la rencontre de deux spectateurs, plutôt âgés, qui ont beaucoup aimé le film, m’a conforté dans ma vision des choses. Pas d’effets de style, pas d’exagérations sonores, une approche honnête et respectueuse du genre via un premier degré assumé, des scènes de terreur pure, quand même, et un scénario qui ne livre pas toutes ses clefs, en main ailleurs, cela fait un bien fou. De voir un mec qui se « contente » de raconter une histoire à l’aide d’un narration impeccable, cela remet aussi les pendules à l’heure en plus de rendre les pendus heureux.

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… ou complexe d’infériorité par rapport au monumental Morse, Grand Prix 2009 ?

L’impression de déjà vu sur sa seconde moitié ne joue pas en sa faveur – encore que l’intégralité du climax dépote bien ! – ni les emprunts pourtant assumés au Morse de Tomas Alfredson, avec cette même camaraderie contre nature et ces scènes paisibles dans un parc pour enfants ; mais son passionnant et terrifiant premier segment, twist inclus, vaut clairement le coup d’œil. Il prendra de la bonne bouteille hors festival, je ne me fais pas de soucis là-dessus. Comme un bon vieux rital un peu foutraque mais bien fait.

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Hideo Nakata, lors de notre interview

Je ne vais pas non plus m’attarder ici sur le Modus Anomali de l’indonésien Joko Anwar, également interviewé par mes soins, mais sachez qu’il vaut le déplacement. Tourné en 8 jours dans une forêt, doté d’un petit budget, il bénéficie d’un scénario écrit par ce même Joko Anwar qui réserve une sacré surprise. La tonalité globale est particulière, assez proche, parfois, de celle du thaïlandais Apitchatpong Weerasethakul. Vous voilà prévenus : on ne baigne pas là dans le tout venant.

Ensuite, direction The Bay de Barry Levinson (Rain Man). Un vieux de la vieille qui s’intéresse au found footage, ça m’intéresse. Il veut expérimenter la bête, forcément ! Sur une histoire archi classique de développement d’un virus dans un bled américain, il s’amuse – et nous avec – à présenter rapidement ses personnages puis à instaurer, à l’aide de cet outil, le found footage, un climat de panique lors de la propagation du mal. Caméras embarquées, caméscopes de touristes, caméras de surveillance etc : tout sert, « remonté », à raconter cette histoire non dénuée d’humour. Problème : en plus d’avoir déjà été traité ailleurs, ce canevas, malgré de formidables préliminaires, ne dépasse jamais ce stade. J’eus l’impression que le générique de fin arrivait après la mise en place de l’action mais que point d’action n’émaillait l’objet. Bien tenté, vraiment, mais c’est dommage parce que ce simple exercice de style, brillant, ne m’intéresse pas. Ne me suffit pas. D’autres festivaliers l’ont trouvé vraiment bien par ailleurs, donc…

Cependant, je pense pouvoir affirmer sans trop me tromper cette fois que Mamá, de l’argentin Andrés Muschietti, est le film qui, à ce jour, illustre le mieux l’expression « flipper sa mère ». Grande gagnante incontestée du festival, elle aura salement joué avec les nerfs du public à chacune de ses apparitions. J’ai trouvé cette histoire effrayante, belle, formidablement bien racontée et excellemment bien mise en scène. De prime abord j’y ai vu du calibrage qui tentait de reprendre la formule de L’orphelinat, autre production à succès plus hispanique encore de Guillermo Del Toro, avec cette trame de maison hantée se clôturant par du pure drame. Même producteur, « GDT » tient à faire savoir qu’il les aime, ses freaks. Les personnages archétypaux se relayent – l’héroïne joueuse de métal aux ongles noirs, le psychiatre trop curieux, la vieille tante envahissante, des bonnes sœurs à la Freddy Krueger le tant d’un flashback téléphoné… – et les passages déjà vus se succèdent tout autant – la boîte d’archive jaunie remplie d’affreux secrets, les scènes de couloir, l’accident de voiture… – mais tout ceci est si bien agencé que l’ensemble passe comme un mail via la fibre optique. En y réfléchissant bien, à l’écriture l’œuvre prend pourtant deux sacrés risques. Sans trop dévoiler le film, on peut affirmer que le contexte lors duquel on découvre pour la première fois la mama nous la rend immédiatement sympathique. Aïe ! Comment dès lors avoir peur d’elle si on l’apprécie ? Si on prend son parti ? Tout simplement en équilibrant par la suite les enjeux, les personnes en présence.

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Nikolaj Coster-waldau flippe sa mère !

A l’aide d’un casting en béton armé, le mousquetaire Muschietti nous présente alors un couple au charisme puissant et immédiat, incarné par deux vraies stars montantes : Jessica Chastain (Zero Dark Thirty, Des hommes sans loi) et ma géniale passerelle des Givrés : le norvégien Nikolaj Coster-waldau (Headhunters, A l’autre bout du monde, Le trône de fer…). Ils sont beaux, éminemment sympathiques ; l’empathie est immédiate. De savoir qu’ils vont réclamer la garde de petites filles jusque là choyées avec ferveur et jalousie par notre monstrueuse Mama nous plonge dans une angoisse terrifiante. On sait déjà de quoi elle est capable ! On a une avance sur les personnages, aussi a-t-on peur pour eux justement parce qu’on comprend la folie de cette… chose ! Le point de vue majoritaire du film est celui des enfants, remplis d’amour pour un monstre et… stop. Il est difficile, vraiment, d’en parler comme il faut sans trop raconter, mais sachez que l’évolution des personnages, en particulier ceux de Jessica Chastain et des enfants qui jouent incroyablement juste, est judicieuse, parfaite. Tout se tient, jusqu’à un final que j’appréhendais salement. Le drame, les larmes, au lieu de l’affrontement. Pleurer sa mère. A raison ou à tort j’ai grincé des dents et peine encore à savoir si c’est à de la niaiserie ou de la belle poésie que j’ai assisté in fine. Mais la prise de risque fut là encore plus grande aussi suis-je tenté de… de vouloir revoir le film, tout simplement. Donc c’est gagné, complètement. Bien joué. En attendant de découvrir le monstre, le court-métrage dont est tiré le long donne déjà une assez bonne idée de la quantité d’ongles que vous allez ronger pendant ce film. Parce que, comme tout le monde, vous le verrez, ce film.

Qu’ai-je vu d’autre… Dois-je tenter de vous narrer l’inénarrable Remington and The Curse of the Zombading ? En quelques mots : voilà  un film philippin – un filmippin ? – qui commence comme suit. Un jeune garçon se promène dans un village en montrant du doigt tous les nombreux transsexuels qu’il croise. Il les moque un à un en les traitant avec force voix d’homosexuels. Dans un cimetière, il continue son cruel rituel en ciblant un transsexuel en larmes devant, on l’imagine, un être cher « très passé » de l’autre côté. Vexé et en colère, ce dernier – pas le trépassé, l’homo – se met à son tour à hurler, à avouer que, oui, il est homo mais que « TOI AUSSI, QUAND TU SERAS GRAND, TU SERAS HOMO !! ». Effet garanti. 15 ans plus tard, notre jeune garçon a grandi, est amoureux d’une belle voisine mais la malédiction faisant soudain effet il tombe encore plus raide dingue de son meilleur pote. Je n’en dis pas plus : tout ça part ensuite dans tous les sens mais, étrangement, l’ensemble tient plutôt bien la route. Amusant et émouvant.  On appelle ça un gros capital sympathie.

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Zoo, mon Grand prix du court métrage rien qu’à moi, honteusement volé par l’excellent Mort d’une ombre !

Les courts-métrages épatèrent leur monde cette année ; la qualité (bons jeux d’acteurs et bons effets spéciaux) et la diversité furent au rendez-vous. Saluons cette judicieuse sélection faite d’un seul représentant par sous-genre, qui nous évita ainsi la redondance facile et néfaste. Bien joué. L’absurde du lot ? 22 :22, un modèle de prise de tête ludique à l’humour noir assez jubilatoire. Le romantique morbide de service ? Alice et Lucie, borderline sur la forme – comme souvent – mais réussi sur l’ensemble. Notable ! De la belle poésie lente et posée, un brin intello ? L’homme à la cervelle d’or, impeccable, superbe, bien filmé. Le zombi du cahier des charges ? Bien présent avec l’excellent Nightwatch, d’une efficacité redoutable et hilarant (« T’es là, Triton ? Réponds ! »). L’anti-totalitarisme usuel ? Bel et bien dans la place avec le très bien vu Un monde meilleur, un peu longuet sur la fin mais qui s’en tire avec une pirouette si géniale en bout de course qu’elle justifie l’étirement. Le Jeunet-Caresque ? Mort d’une ombre, avec ses effets spéciaux poétiques et cuivrés qui en plus des ombres embarqua le Grand prix cette année. Je finis avec mon chouchou, également celui du public à en croire l’applaudimètre, à savoir le plus inclassable, le plus drôle, le plus bizarre, le plus provocateur… bref, il suffit de dire que la fascinante Claude Perron, découverte avec joie dans les premiers longs d’Albert Dupontel, est de la partie avec des répliques mémorables et que la tonalité du tout rappelle l’humour noir d’un François Ozon en très grande forme pour rendre justice à ce bijou qu’est Zoo.

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Prix de la photo la plus hors sujette de ce CR attribué sans hésitation à celle-ci : Antartic Journal, film coréen, qui cause pôle sud et qui, en plus, ne fut pas projeté. Fort, très fort !

Je passe rapidement sur la grosse déception que fut la pénible vision du très attendu coréen Doomsday Book signé Kim Jee-won (Deux soeurs, grand prix mérité en 2004) et Yim Pil-sung (le très bon Antarctic Journal). Les 3 courts métrages qui composent ce triptyque sont affreusement mal branlés, mal écrits et… bref, ne nous attardons pas. Ce film a toutefois deux mérites : d’abord celui de mettre en avant l’exceptionnelle qualité des courts métrages plus ou moins francophones proposés cette année au festival, tous sans exception meilleurs que chacune des trois horreurs montrées ici ; ensuite celui de me rappeler que Yim Pil-sung réalisa une adaptation consternante du conte Hansel et Gretel, à 100 lieues de celle, dont on reparlera plus tard avec amusement, du norvégien Tommy Wirkola

Hansel & Gretel – Witch Hunters 3D (Tommy Wirkola, USA, 2013) : avis d’un givré

Hansel & Gretel

Liés par le sang, Hansel et Gretel ont aujourd’hui soif de vengeance, et ils s’en donnent à cœur joie. Pourtant, sans le savoir, ils sont désormais victimes d’une menace bien plus grande que leurs ennemis : leur passé.

En selle ! s’écrie-t-elle

Vendredi 01er février, 20h00. Avant de plonger dans le conte on nous invite d’abord à tâter du con avec 4 minutes en avant-première – et en 3D – du prochain G.I. Joe 2. La scène d’action, impressionnante, nous présente de sautillants ninjas s’affronter en haut d’une montagne. Bruyant et efficace. Enchainons ?

Hansel et Gretel, c’est un peu le fantasme bourrin de tout rôliste qui se respecte projeté sur grand écran. On a affaire là à un quasi remake décérébré des Frères Grimm de Terry Gilliam, remake non avoué qui en profite au passage pour pousser le bouchon un peu plus loin en réintégrant notre suédois Peter Stormare en traître chafouin de service. Le réalisateur norvégien Tommy Wirkola (Dead Snow), aidé de son producteur Will Ferrel, ailleurs célèbre acteur comique, font passer la pilule via un rythme trépidant, de bonnes idées et une action inventive aussi gore que toonesque, inoffensive et friquée. Si le rouleau compresseur Hans Zimmerisé à l’excès à la B.O fait le job, ce conte de fée imposé tel quel et sans temps mort ne fera pas que des heureux. La morale et la poésie, tout comme les sorcières, sont éradiquées par nos deux fachos Jack Bauerisés au possible. Apparemment, le 11 septembre a aussi fait des dégâts de l’autre côté du miroir ! Côté relief, la 3D ne joue évidemment pas la discrétion à la The Hobbit ou Avatar et préfère nous en foutre plein la tronche à coup de carreaux d’arbalète et autres amusements instantanés qui sortent de l’écran… et nous avec.

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Gretel (Gemma Arterton) : « Moi aussi j’ai une arbalète ! Comme Dagmar ! »

Au final, on a affaire à un popcorn movie distrayant, ultra fun, anachronique, aux décors somptueux mais qui frustre les envies d’analyse du cinéphile aimant à se faire des nœuds au cerveau. Il n’y a pas grand chose à en dire si ce n’est que l’oeuvre réhabilite la sorcière comme grand vilain à ne pas sous-estimer dans le corps mutant du cinéma fantastique, qu’un islandais fut également importé sur le projet, Atli Örvarsson, crédité comme compositeur sous l’égide de l’écurie Zimmer – belle avancée –, que lorsque Shrek s’énerve, ça saigne, et que, plus important que tout, les femmes sont sacrément belles là-dedans. C’est de l’excellent boulot, galvanisant au possible, comme un tambour battant sans cesse pour vous donner du cœur à l’ouvrage. Ca sonne creux mais le boum-boum est primaire et jouissif.

Hansel & Gretel – Witch Hunters 3D : 14/20

Avis express dans les files d’attente gelées. Réchauffons-nous en papotant ciné !

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You’re Next, bête de festival en vadrouille à Gérardmer.

Il y a un paquet de films que je n’ai pas pu voir cette année. Et peu importe qu’ils soient en compétition ou hors compétition puisque de mon côté je ne fais pas la différence. Dans la mesure du possible, je me suis enquis de ce qu’ils valaient auprès des comparses. Si ces avis sont à prendre avec des pincettes, faites-le quand même avec des moufles parce que ça caille là-bas. Ça caille même grave sa « mère », thématique évidente de cette session 2013. Liste non exhaustive.

Berberian Sound Studio serait un délire arty aussi creux que vain pourrais-je résumer, à en croire ce que j’en ai entendu de la bouche de mes camarades de tranchée. Apparemment, on trouve toutefois quelques jolies scènes dans ce long métrage conceptuel qui a parait-il davantage plu sur un festival dédié à « l’étrange ». Le public n’est ici clairement pas le même.

The Crack : voici là de l’avis d’à peu près… non, de l’avis de toute le monde il s’agit du gros nanar bien gavant du Festival. Ajoutons cette anecdote narrée par plusieurs spectateurs : Christophe Lambert croyant lui-même avoir atteint la fin du calvaire se dirigea vers la sortie alors que les fins à répétitions se multiplièrent encore sur une bonne vingtaine de minutes. L’ultime fin arrivée, un grand « ouf » de soulagement très sonore retentit dans toute la salle. Sévère et cruel le public. C’est de bonne guerre.

House of Last Things : à gauche à droite des échos corrects me revenaient. Point d’enthousiasme mais un divertissement semble-t-il réussi.

La maison au bout de la rue : mince, ça n’est pas le même film que le précédent ? Je croyais que c’était son titre français et, euh… plus sérieusement, à part la présence remarquée de Jennifer Lawrence, l’objet est de l’avis de certains plutôt anecdotique. Au suivant ?

You’re Next : le voilà le favori, au coude à coude avec Mama. Ni la bande-annonce, ni le pitch ne m’avaient emballé, a priori à tort (?) Il faut voir les yeux des spectateurs briller lorsqu’ils parlent de ce film. Je cite : hargneux, violent, rythmé, chargé en rebondissements festifs et bénéficiant d’une actrice particulièrement charmante. Une bête de festival à apprécier dans ce contexte, que je n’ai malheureusement pas pu voir.

Citadel : voilà un film qui a paraît-il ses défenseurs sur la toile mais ici que nenni : les avis sont globalement négatifs. Acteur principal peu engageant et longueurs seraient au menu. Je bâche par procuration, en effet.

Cloud Atlas : « chiant comme la pluie ». Comme il pleuvait déjà des sauts de flotte dehors, je préférai choisir une autre salle pour m’abriter.

Come out and Play : remake mexicain des Révoltés de l’an 2000, qui lui était espagnol. Ca reste hispanique, dans la famille. Nombreuse puisque plein d’enfants veulent du mal à quelques adultes sur une île. « Sympa mais moins bien que l’original » par ici ; « les enfants jouent mal donc on s’en fout » par là… Faites vos jeux !

The Conspiracy : à la lecture du pitch j’entrevis une variante du Complots de Richard Donner. En mode found footage ? Merci, au-revoir : j’en ai ma claque du found footage de gueule, vraiment.

Forgotten : j’ai complètement forgotten d’aller le voir, celui-là ! Apparemment correct mais certainement pas dans la top liste des festivaliers de cette 20ième édition.

V/H/S : la première projection a déconné, le son était décalé. Bande de ringards, mettez-vous au numérique, la VHS, c’est fini ! Après on s’étonne que ça déconne, Yvonne.

Henge : premier film japonais. Petit budget. Il semblerait que tout ceci soit un peu tiré par les cheveux en même temps que l’objet ne dure que 54 petites – longues ? – minutes. Tout ceci reste un peu vague, je le concède aisément.

Vanishing Waves ; Aurora (Kristina Buozite, Lituanie, 2012) : avis d’un givré

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Le flux percute, le refluxure, le flux lutte, le reflux brique, le flux tendu, le reflugubre, le flux tant chanté, le reflux calme et voluptueux, le flux, encore, encore…

Pour ma part, voici la vraie claque du Festival cette année. De ce type de film qui vous touche au plus profond, qui vous secoue, vous remue, que vous aimez tellement que vous avez du mal à vous justifier en l’abordant tant l’envie de le défendre va rendre, vous le savez, votre argumentation maladroite. C’est de la magie que cette œuvre, de la sorcellerie pure. La gifle fait d’abord mal, puis devient caresse dès lors que la peau de cette main de femme fusionne avec votre joue mal rasée. Votre corps s’envahit de picotement, l’extase suit puis la mort se rapproche. La main se fait violence, vous crève l’œil de l’intérieur d’un doigt assassin, puis le cerveau, puis le cœur, pour finir par vous arracher le sexe pour mieux s’en délecter une ultime fois. Vous êtes consentant, baignez dans votre sang mélangé au sperme de vos testicules explosées. Vous êtes mort, heureux.

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On parle d’un objet en provenance de Lituanie. Est-ce du hors sujet sur ce blog ? Oui, malheureusement. En tirant sur la corde, on peut jouer sur le fait que l’Estonie, autre pays balte, réclame son appartenance aux pays nordiques depuis le début des années 90 pour tout un tas de raisons valables : l’emplacement, le climat, parce qu’ils y parlent une langue finno-ougrienne… ce qui n’est pas le cas de la Lettonie ni de cette Lituanie où l’on cause balto-orgiaque. C’est ballot ! Tout au plus puis-je situer la Lituanie en Europe du nord selon la définition qu’en donne l’ONU. Mais peu importe, dans le cadre de ce festival, généraliste quant aux pays d’origine mais pas sur le genre abordé, sur un compte-rendu, ça passe.

Lukas, un scientifique, participe à une expérience qui lui permet d’entrer dans l’esprit d’un patient comateux. Au début, il ne distingue qu’une explosion de sons et d’images, puis aperçoit une femme inconnue. À chaque nouvelle connexion, il en apprend davantage sur cette femme dont il finit par tomber éperdument amoureux…

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Vanishing Waves… « Des vagues qui s’évaporent ». En voilà un titre joliment poétique. J’ai littéralement plongé dans cette vague, connecté mes synapses à celles de Lukas, suis devenu lui l’espace d’une séance de ciné. Et suis tombé amoureux, tout comme lui, de cette image, de cette fée, de cette sorcière, de cette femme, virtuellement incarnée par la magnifique Jurga Jutaite et interprétée dans notre monde « réel » par… je n’en dirai pas plus, et d’ailleurs ne cherchez pas à le savoir, laissez vous plutôt porter par le courant. Laissez vous bercer par ce violent mélodrame, aidé par la musique démentielle de Peter Von Poehl qui évoquera à beaucoup les célèbres crescendi planants du Michael Nyman de Bienvenue à Gattaca, Prix du Jury à Gérardmer en 1998. Que dire… l’expérience scientifique directement issue du barré Altered States (Au-delà du réel) du frappadingue Ken Russel, la puissance des scènes érotiques, le choc sensoriel de ce repas aussi grotesque que bouleversant qui annonce un twist qui n’en est finalement pas un ; cette orgie sexuelle de maboul qui évoquera à beaucoup celle du Society de Brian Yuzna, les scènes de couples, qui sonnent incroyablement justes… On pleure un peu, on rit peu, on éprouve beaucoup. On partage et comprend tout ce que ressent Lukas, on comprend ses actes, son Inception qui consiste finalement, tout comme dans le film de Christopher Nolan, à chercher dans les nuages un bonheur incompatible avec nos pieds sur terre, tristes à force de se regarder dans le blanc de l’ongle, ternes à trop s’occuper des tracasseries roboratives du quotidien. Et tout ceci est réalisé par une femme, Kristina Buozite, dont c’est seulement le second long-métrage. La tonalité de l’ensemble, résolument féminine, intrigue, et cette ultime morale qui nous explique tendrement que la vie se résume à deux petits cœurs culs nus qui se courent après achève de nous rendre aussi humbles que fiers d’être ramenés à ça. Sacré film, qui remporta pas moins de 4 prix au dernier Fantastic Fest d’Austin, Texas. Meilleur film fantastique, Meilleure réalisatrice, Meilleur scénario, Meilleure actrice. Soulignons également un Prix du Jury obtenu au dernier NIFFF. Gageons qu’il en aurait choppé aussi un à Gérardmer s’il n’y avait été projeté hors compétition.

Vanishing Waves : 18/20

La nuit fantastique

gerardmer 2013 nuit fantastique

Les organisateurs fêtent les 20 ans à coups de hache !

Évènement culte du festival, la nuit fantastique est LE rendez-vous des fous furieux du coin et d’ailleurs, tous venus s’éclater là comme on irait assister à la fin du monde à Bugarach. Sa mère. Il faudrait penser à créer un festival là-bas, soit dit en passant. En guise de pré-générique, les organisateurs avaient prévu une surprise de taille pour marquer les 20 ans : reprendre le générique de fin du Club Dorothée qui, souvenez-vous, citait un maximum d’enfants souhaitant voir leur nom passer à la télé pour leur anniversaire à eux. Pas mal, d’autant que notre ami chauve fétiche s’est mis à casser un gâteau à la hache – en plastique ? – et qu’une Dorothée zombi a soudain envahi l’écran sous l’approbation marquée des festivaliers, pour rappel les plus intransigeants et les plus barbare de tous ! Un véritable asile de fous ! Sous ces bons « hospices » et des étoiles propices, le show put commencer. Le japonais Dead Sushi, avec toujours Nishimura aux effets spéciaux, donna le « thon » avec ses sushis zombis ( !) qui s’en vont envahir un hôtel et tuer un maximum de personnes. Heureusement, Omelettine, gentille sushiette, est là pour aider notre belle héroïne ! D’une connerie abyssale, le film avait sa place ici. Fauché mais inventif, bête mais généreux, la chose a fait pleurer de rire la moitié de la salle tandis que l’autre, consternée, attendait la suite. J’en pleure encore. De rire.

new kids nitro

On enchaîna avec le hollandais New Kids Nitro (photo ci-dessus). Nitro bon, nitro mauvais mais encore une fois, pour voir un film pareil le contexte s’avéra parfait. Comme le disait Coluche : « Pire, c’est grave, hein ! Eh bah là, c’est encore pire ». A faire rougir de honte Uwe Boll et les frères Farrelly réunis, cet objet filmique franchit horde tabous avec entrain et enchaîne gag sur gag à une allure qui force le respect. Les abysses, finalement, ne sont pas une limite vers le bas et le fond s’avère encore un peu plus loin. Si, c’est possible ! Le trou noir, certes, mais alors mes zygomatiques ne sont pas prêtes d’oublier ça. Je revois encore ces gamins explosés dans la piscine à cause d’un malheureux plongeon « d’adulte »… ces autres écrasés par une bagnole… et cet aveugle qui traverse et qui… non ! Voyez-le en optimisant le contexte : à plein. Bières et chips de rigueur. Crevé, je suis ensuite parti, laissant le public découvrir un Iron Sky qui a certes sa place chez mes Givrés mais là, question trou noir j’étais gavé, repus alors re-pas.

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Iron Sky ? Je l’ai encore loupé ! Sciemment. Quel manque de professionnalisme…

Bilan

gerardmer 2013 banc

D’édition en édition, la rumeur voudrait que le festival de Gérardmer soit menacé d’arrêter faute de sous. Au banc des accusés (photo) : les organismes de subventions locales et régionales, à la peine à en croire cette interview de Lionel Chouchan, son fondateur. Sachez qu’afin de contrer cette malédiction, en guise de contre-sort une 21ème édition a déjà été annoncée pour 2014 lors de la cérémonie de clôture. Tout va bien. Ou alors ils bluffent, Martoni. Gérardmer, Cité de la peur ? Si j’en entends plusieurs dénigrer le festival et sa programmation, en particulier les films en compétition, a priori pas toujours au niveau, ça n’est toujours pas mon avis cette année. La diversité était bien là, la prise de risque aussi. Chacun  y trouva son bonheur, péloches hors-compétition incluses. Et conjointement à la nuit fantastique, l’autre événement über vivant de ce festival, la projection des courts-métrages, garantit toujours autant sa réussite globale. Un reproche, un vrai, afin que l’on ne m’accuse pas d’être un fieffé corrompu ? Oui. Juste une remarque. Il est un sujet sensible à mes yeux très sensibles, justement : l’utilisation de la 3D et celle du found footage pendant un festival. Assister à un évènement de ce type, c’est enchaîner film sur film, en voir beaucoup, trop, et baigner dans plusieurs ambiances, plusieurs univers, plusieurs âmes, riches, le temps des festivités. Cela demande beaucoup, et à mes rétines, et à ma cafetière. Alors voilà, la 3D rigolote d’Hansel & Gretel m’a affreusement épuisé, et les images vidéo « found footage » de The Bay m’ont littéralement agressé les yeux. Après ça, j’avoue avoir éprouvé davantage l’envie de profiter du décor, du vrai paysage vosgien, voire même de mes paupières fermées, plutôt que de vouloir m’enquiller une séance de plus. Peut-être suis-je « un peu trop vieux pour ces conneries » mais n’en suis pas certain, vraiment. Pouf, pouf.

Sur ses pourtours, annexes et friandises, le festival en lui-même était encore une fois bon enfant, paisible, généreux et blindé de gens d’une gentillesse notable. La simplicité des bénévoles – y compris la mienne donc – fait toujours autant chaud au cœur, celle de stars toujours respectueuses du public également. La neige s’invita un peu tardivement mais elle vint quand même. Tant mieux puisqu’elle fait partie intégrante du décor depuis belle lurette.

Terminons par cet exercice plaisant qui consiste à faire ressortir une thématique majeure. Il ne fait aucun doute que la femme, en tant que sorcière, en tant que mère, domina le Festival. Outre que les bons films Dagmar – L’âme des vikings et Mama y ont grosso modo la même vilaine, ajoutons qu’Hansel & Gretel disposent d’un vivier assez impressionnant de sorcières, et que leur maman, même décédée, y joue un rôle capital. De leur côté, les Vanishing Waves usent du sac et du ressac pour faire apparaître et disparaître une redoutable sirène, une terrible vamp, d’apparence victime, qui lance de puissants sortilèges d’amour à un pauvre ère condamné, heureux, devant telle beauté. Plus généralement, l’on peut dire que la maternité s’avère un ressort dramatique à l’intérêt évident, attirant davantage la chalande, plus facilement concernée par cet aspect qui lui parle plus directement qu’un énième conflit belliqueux standard. Notons surtout, enfin, que via Nikolaj Coster-waldau (Mama), Tommy Wirkola (Hansel & Gretel) et Roar Uthaug (Dagmar), la Norvège s’infiltra discrètement mais joliment au « sein » du Festival à travers cet éphémère effet mère.

Palmarès

Le Jury Longs-métrages de la 20e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, présidé par Christophe Lambert et composé de Nicolas Boukhrief, Marc Caro, Marina de Van, Xavier Gens, Pascal Laugier, Xavier Palud et Pitof a remis les prix suivants :

GRAND PRIX – GRAND PRIZE
Soutenu par/Supported by la Région Lorraine
MAMÁ de/by Andrés MUSCHIETTI (Espagne&Canada/Spain&Canada)

PRIX DU JURY – JURY PRIZE EX-AEQUO
BERBERIAN SOUND STUDIO de/by Peter STRICKLAND (Royaume-Uni/UK)
& THE END (Fin) de/by Jorge TORREGROSSA (Espagne/Spain)

PRIX DU PUBLIC – AUDIENCE AWARD
soutenu/Supported by La ville de Gérardmer
MAMÁ de/by Andrés MUSCHIETTI (Espagne&Canada/Spain&Canada)

PRIX DE LA CRITIQUE – CRITICS’ PRIZE
BERBERIAN SOUND STUDIO de/by Peter STRICKLAND (Royaume-Uni/UK)
Décerné par le Jury de la Critique composé de six journalistes/Awarded by a jury of six journalists

PRIX DU JURY JEUNES DE LA REGION LORRAINE – RÉGION LORRAINE STUDENT PRIZE
MAMÁ de/by Andrés MUSCHIETTI (Espagne&Canada/Spain&Canada)
Décerné par le Jury jeunes, composé de lycéens de la Région Lorraine
Awarded by twelve high school students selected by the Région Lorraine

PRIX DU JURY SYFY – SYFY JURY PRIZE
YOU’RE NEXT de/by Adam WINGARD (Etats-Unis/USA)
Syfy a rassemblé 5 inconditionnels du genre fantastique via un jeu concours pour composer le Jury Syfy
Syfy has brought together 5 fans of the fantasy genre through a contest to select the Syfy Jury

Le Jury Courts-métrages de la 20e édition du Festival International du Film Fantastique de Gérardmer, présidé par Vincent Perez et composé de Fouad Benhammou, Guillaume Lubrano, Pierre Perrier, Fanny Valette et Jemima West a décerné son prix à:
GRAND PRIX DU COURT-MÉTRAGE – BEST SHORT FILM GRAND PRIZE
MORT D’UNE OMBRE (Death of a Shadow/Dood van een shaduw) de/by Tom VAN AVERMAET
(Belgique&France/France&Belgium)

Un grand merci au Public Système, en particulier Youmali Ba et Céline Petit, pour leur aide précieuse.

Et un grand bravo aux bénévoles, avec une spéciale dédicace aux vendeurs et vendeuses de vin chaud qui se trouvaient près de l’Espace Lac, tous joyeux membres d’une association pour le Don du sang de circonstance… encore que les vampires, hormis The Thompsons,  manquaient à l’appel cette année.

Plus de détails sur le site officiel