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Solides, ces rails. Godzilla s’en est fait des skis, c’est de saison. Et si les rails ne rient pas, les railleries peuvent pleuvoir, elles qui aiment à débiner ce type d’ambition démesurée et primaire.

Les temps sont rudes. Chaque réalisateur se promène avec ses projets sous le coude. Il reste ouvert à certains, fermé à d’autres, toujours un minimum sensible aux chants des producteurs. André Øvredal, un norvégien que l’on connaît bien en ces pages pour son chouette film Trollhunter, reste attaché au projet Carpe Demon, l’adaptation sous la férule du producteur Chris Colombus d’un livre de Julie Kenner consacré à une maman chasseuse de démons. « On est toujours dessus mais c’est compliqué. Il nous faut un casting en béton pour obtenir le feu vert. Mais on reste très enthousiastes à l’idée que cela puisse se concrétiser cette année. Je travaille aussi à d’autres projets divers, on verra bien lequel se fera en premier.  » actualise Øverdal. De son côté, Adrian Askarieh, producteur qui a déjà chapeauté l’adaptation Hitman du jeu vidéo épa… émo… homo, euh… éponyme, a décidé de parier sur le troll mangeur de cheval pour une toute autre histoire.

Vous vous trouvez  en bas de la chaîne alimentaire. Vous êtes une espèce en voie de disparition. Vous êtes humain. Une catastrophe écologique a balayé la planète, des créatures gigantesques sont apparues. Voilà, ça y est, vous n’êtes plus rien.

Si nous sommes en voie d’extinction, ça n’est pas l’extinction de voix pour des monstres qui vont pouvoir ainsi beugler joyeusement ! GRAAOUAAAAAR !

La news sur l’adaptation en « transmedia » (web série, show tv et film) d’un comics démarré début 2011, Enormous, circule déjà sur la toile depuis octobre dernier. Mais alors que la plupart des projets ne dépassent pas ce stade, en voilà un qui tient plutôt bien la distance. « On travaille d’abord sur la série web, pour le film on verra plus tard » nous explique le réalisateur, motivé et très impliqué. « On a trouvé une intrigue globale qu’on aime bien pour la série. On est en train d’assembler tout ça » précise-t-il.

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Ce projet n’a rien d’une œuvre d’auteur risquée. Il est calibré, blindé, contextuel. D’abord, c’est la mode des titres en « -ous ». Insidious, Atrocious, couscous et, donc, notre Enormous, qui décide de remplacer les zombis de la série phare – c’est un piège, n’y allez pas ! – du moment Walking Dead par de grosses bébêtes. Walking Dead ? Le scénariste du comics Enormous, Tim Daniel, connaît bien cet univers pour avoir participé à l’écriture du Walking Dead Survivor’s Guide, un outil très pratique pour survivre en cas d’invasion de zombis. La preuve, c’est écrit sur la couverture. Enormous : à comics opportuniste, web serie opportuniste ? Indubitablement. Et alors ? La bédé est paraît-il très réussie, et ce ne sont pas les fabuleux dessins de Mehdi Cheggour disséminés ici et partout sur la toile qui pourraient nous inciter à penser le contraire. Ajoutons que les grosses bestioles devraient de nouveau être à la mode si l’on en croit le proche Pacific Rim de Guillermo Del Toro et autre Godzilla nouveau, a priori lui en bonne voie de concrétisation. Aura-t-il un goût de banane ? Ce sans compter les nombreux DTV qui fleurissent avec tout un tas de gros machins dégueulasses en CGI : requins, araignées et autres poulpes géants qui émaillent des scénarios catastrophes interchangeables. Notons que ces monstres nous viennent originellement du Japon, les « Kaiju Eiga ». Cela fait certes « classe » d’écrire Kaiju Eiga mais minimisons le gonflage de cheville puisque « kaiju » veut dire « monstre » et que, vous n’allez pas le croire, « Eiga » se traduit par « film ». Dingue. Pacific Rim pioche allègrement dans l’anime Evangelion, Godzilla remake le film japonais épo… nyme – du premier coup ! – mais la tonalité de ce projet d’Øverdal, via cette filiation de Walking Dead, s’annonce beaucoup plus axée sur cette culture américaine du concept de survie à plusieurs, typique du discours des fictions US. « Enormous sera beaucoup plus ancré dans la réalité qu’un film spectaculaire comme Pacific Rim. Concernant Godzilla, je ne sais pas encore quelle approche ils vont avoir » indique Øvredal. Ah ? Y aurait-il comme du The Mist dans l’air ? En voilà un film pessimiste avec des monstres lovecraftiens impitoyables, des survivants bien  (d)écrits par Stephen King, le tout réalisé par un Frank Darabont qui, ensuite, s’en fut tourner le pilote de la série… Walking Dead. Ca ne s’invente pas.

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Davantage que The Mist, c’est la filiation avec le Cloverfield de Matt Reeves qui est évoquée dans les notes d’intention. Doit-on y voir un retour au format « found footage », lui aussi en vogue, pour un André Øverdal qui a déjà bien tâté de l’outil ? Sera-ce aussi poilant que Trollhunter ? « Non ! » coupe tout de suite le réalisateur. « Ce ne sera pas du found footage, ce sera intense et ne sera en rien amusant ». Voilà qui est dit. Ainsi, pour ceux qui en douteraient, le Monsieur tient à montrer qu’il sait parfaitement raconter une histoire en mode dite « classique ». Même s’il s’agit toujours de filmer des gros monstres, une étiquette qui risque de lui coller à la peau. Peu importe, son talent transparaît clairement dans son Troll Hunter à la conception différente du tout venant de ce sous (sous) genre qu’est le found footage. « De gueule », ont l’habitude d’ajouter les détracteurs. On attend la web série de pied ferme, qu’il soit de taille 42 ou 328.

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