François Pignon à Jakarta

Alors qu’elle tourne dans la forêt primitive indonésienne, une équipe de télévision découvre une fleur blanche d’une espèce inconnue. Un ermite, qui a observé la scène, abat tous les membres de l’équipe pour protéger « sa » fleur. Le fait divers soulève une grande émotion en Indonésie, mais aussi au Danemark, car Severin Geertsen, le meurtrier présumé, est citoyen de ce pays. Sauf qu’officiellement, il n’existe plus. L’homme prétend pourtant être âgé de 129 ans et explique sa longévité par l’ingestion de la mystérieuse fleur blanche aux pouvoirs magiques. Les autorités de Jakarta le condamnent à mort, tandis que la justice danoise demande un rapport d’expertise sur son état mental. Le psychiatre Adrian Gabrielsen et sa belle assistante Beate, dépêchés sur place pour l’entendre, vont de mésaventure en mésaventure. Pour échapper à des gangsters et à l’armée qui les poursuit aussi, ils devront traverser la jungle indonésienne en compagnie de l’assassin…

François Pignon. C’est ce qui vient tout de suite à l’esprit d’un bon français tant l’on croit se retrouver en plein l’un des meilleurs films de Veber. La chèvre, surtout. L’excellentissime Nikolaj Lie Kaas, en digne successeur de Pierre Richard, déploie ses talents de comique composés de diverses mimiques et jeux qui provoquent régulièrement de francs éclats de rire. Son binôme, incarné par la star montante internationââle Nikolaj Coster-Waldau, étrange croisement entre le prince de Shreck et Laurent Delahousse, assure le show du pote couillu de service, tous aidés qu’ils sont de renforts bien dans le ton : Nicolas Bro, la très charmante Brigitte Hjort Sørensen, quelques tronches mémorables et surtout, surtout, ce scénario dingue d’Anders Thomas Jensen qui renoue avec ses comédies noires cultes Les bouchers verts et Adam’s Apples. De son côté, son comparse de toujours le réalisateur Tomas Villum Jensen – a priori aucun lien de parenté mais mettons qu’il sont bro’ dans l’âme – s’en sort avec les honneurs en mettant en image cette aventure dans la jungle émaillée de gunfights surprenants. Davantage que des flingues, il illustre avant tout et avec pertinence les gags de façon à ce qu’ils fassent systématiquement mouche. Un simple coup de machette psychotique contre une liane peut ainsi, étrangement, provoquer l’hilarité.

La comédie fonctionne du feu de Dieu. J’ai pleuré de rire à plusieurs reprises devant des rebondissements de malade qu’actuellement on ne peut voir survenir que là-bas dans le nord. Un exemple ? Un seul, pour ne pas gâcher le plaisir. Arrivé dans sa chambre d’hôtel à Jakarta, notre François Pignon, Adrian Gabrielsen dans sa version danoise, se rend compte que ses toilettes ne fonctionnent pas. Dedans se trouve un bel étron flotteur. La chasse d’eau se bloque, il n’y a pas moyen d’évacuer l’horreur. Une femme de ménage frappe à la porte de l’appartement. Adrian lui ouvre et explique son problème. Comme elle ne comprend pas sa langue, il lui demande de venir voir. Il lui montre l’étron, explique laborieusement, gêné, que ça n’est pas le sien, tire la chasse d’eau pour gager de sa bonne foi et là, paf, ça fonctionne. Le plan suivant, notre héros est traîné par la police locale qui s’en va l’interroger violemment en lui demandant pourquoi  » ce sadique d’occidental s’amuse à montrer ses merdes aux honnêtes femmes de ménage de Jakarta ! «  De l’écrire, je me marre encore. Si ça n’est certes pas du Boorman pour ce qui est de l’exploration des étendues verdoyantes et sauvages du monde, pour ce qui est de titiller les zygomatiques, on ne fait pas mieux ! Le scatologique, il n’y a que ça de vrai.

Ajoutons que le rythme de l’ensemble est trépidant, la narration bien dosée, les excès disposés avec parcimonie et que le final, attendu au tournant, braque soudain dans le sens opposé pour nous proposer une chute digne de celle, déjà truculente, des Bouchers verts. Voilà un bijou de comédie populaire géniale que j’aimerais voir débarquer en France en Blu-ray au plus vite ! Merci, déjà, à Arte d’avoir diffusé chez nous ce programme en février dernier. Il n’y a plus qu’à ce que je me procure les autres bobines de la fine équipe : Clash of Egos (2006) et The Sun King (2005) qui m’ont l’air au moins aussi croustillantes.

A l’autre bout du monde : 15/20