En 1998, le chef d’œuvre de Vinterberg, Festen, ne repartit de Cannes qu’avec le prix du Jury (ex-aequo avec le très bon La classe de neige de Claude Miller). Tout comme pour son La chasse dont on cause depuis un certain temps chez les givrés, on y parlait déjà de pédophilie. A l’acteur Ulrich Thomsen de porter alors sur ses épaules un rôle difficile, une mission qu’il accomplit avec brio, une performance qui, déjà, aurait dû aboutir à un prix.

Sans avoir encore vu La chasse, ce formidable trophée donné à « l’homme le plus sexy du Danemark »  consacre joliment, et certainement avec pertinence, donc, Mads Mikkelsen.

L’acteur fétiche de NWR, Tony for life dans Pusher 1 et 2, enrichit sa brillante carrière de belles choses avec une constance qui l’honore. Le réalisateur de Bronson le lâcha pourtant après Valhalla Rising pour les beaux yeux de Ryan Gosling. Perdu qu’il fut dans les Highlands, il en rejeta peut-être la faute sur son double, ou du moins sa muse en pleine évaporation. L’heure de la séparation ? Hasard de projets incompatibles ?…

Même parti cachetonner aux USA, Mads y maintint une stature impeccable, un charisme scandaleux qui bien souvent occulta d’autres acteurs, d’autres personnages. On se souvient sans peine de ses prestations. Son rôle pourtant au taux de présence à l’écran faiblard dans Le roi Arthur de Fuqua en marqua plus d’un, il construisit là un personnage héroïque durable malgré, on l’imagine, une écriture légère du personnage en amont. Et cette imagination n’engage que moi. On attend de voir le toujours danois A Royal Affair, parait-il excellent ; on n’oublie pas le prix à Gerardmer pour l’allemand The Door (2009) dans lequel il tint le premier rôle, pas plus qu’on oublie ses prestations torturées chez Susanne Bier (After the Wedding, Open Hearts). Le bonhomme connait le Dogme par cœur, s’en moque même gentiment. « On n’arrêtait pas de tricher avec les règles du Dogme ! » avoue-t-il sans gêne, s’en allant ensuite jouer du cinémascope chez le scénariste de Bier, Anders Thomas Jensen, sur les trois seuls films qu’il réalisa à ce jour. Tous cultes.

Que dire d’autre ?… Il le mérite, ce prix, Mads. Avec une telle filmographie il pourrait même, à presque 50 ans seulement, faire office de récompense pour une carrière que d’aucuns rêveraient déjà de n’avoir accompli qu’à moitié. Pour lui les projets s’amoncèlent. Sur IMDb au moins quatre films en sa compagnie se profilent d’ici fin 2013. Même si mon petit doigt me dit que le meilleur se trouve derrière et que le monsieur n’a plus grand-chose à prouver, notre mercenaire aux choix judicieux et au talent constant reste très demandé à l’international. Pour ses fans et pour le ciné de genre j’espère découvrir encore quelques belles pépites avec cette star, digne descendant de Steve McQueen – plus talentueux, même, oserais-je dire – et cousin nordique de l’ami chinois Chow Yun-Fat. Parce que l’homme, qui attire tous les regards une fois entré dans le cadre, ne joue pas comme un manche. Malgré sa reconnaissance cannoise, Mads, virtuose du paraître, n’a certainement pas les doigts palmés.