Easy Movie

Stockholm la noire où la Blanche règne en maître…
JW est un étudiant en École de Commerce brillant, ambitieux et fauché qui s’aventure dans le milieu du crime organisé.
Jorge, dealer en cavale, fuit la police et la mafia yougoslave mais avant de prendre le large une bonne fois pour toutes, il veut faire un dernier coup: importer une grosse quantité de cocaïne.
Mrado, tueur à gages, est chargé de pister Jorge.
Sur le chemin de l’argent facile, il faudra s’allier et trahir, se défendre et tuer, mais surtout, essayer de survivre…

Daniel Espinoza expédie ses scènes d’action en deux temps trois mouvements, bâcle son final (impardonnable !), soigne un peu plus ses montées de tensions mais préfère se focaliser sur ses personnages quitte à, c’est surprenant, mieux réussir ses mélos. En particulier l’amourette entre JW « le blanc » et la bourgeoise Sophie. Avec un effet de montage que j’aime beaucoup, il fait se mélanger dans le désordre l’avant, le pendant et l’après une scène d’amour. NWR en avait fait un beau à la fin de son Drive, Bornedal un très puissant dans Just Another Love Story. Espinoza renforce le lien entre l’homme et la femme et crée, à cet instant, quelque chose de franchement sympa.

Pour le reste, bouquin de Jens Lapidus ou pas (je n’ai pas lu Stockholm noir dont ce film est l’adaptation) on se trouve en face d’une transposition d’un ou deux épisodes de séries américaines comme The Wire, un chef d’œuvre qui pour le coup fait de l’ombre à un média « cinéma » qui sur le fond et la forme chez Espinoza invoque un esprit télévisuel flagrant. A Snabba Cash de n’être alors en comparaison qu’un bien petit polar. Si les acteurs gonflent joliment l’objet, en particulier Matias Varela, qui joue tout en nuances l’espagnol Jorge, et Dragomir Mrsic qui incarne le serbe Mrado avec virilité, cette présentation de minorités ethniques toutes vérolées suinte un chouilla le racisme. Lapidus s’en défend, affirme que ce serait biaiser la réalité que de montrer autre chose puisque, après tout, c’est bien la réalité. Il n’empêche qu’on a quand même en 1 – les supers méchants arabes qui ne respectent rien, en 2 – des ordures de serbes à peine mieux lotis et en 3 – une communauté espagnole un brin moins belliqueuse mais qui traîne tout de même avec ces vilains là ! Au brave suédois « JW » qui met le doigt dans l’engrenage de se fourvoyer, avec cette conclusion qui sort de la bouche de l’espagnol Jorge : « tous des fils de pute !» On retrouve cette grande exploitation de la peur, la peur de se promener à Stockholm tranquillement, la peur de l’étranger, très bien entretenue ici. Et de voir que c’est le gentil blanc Joel Kinnaman (JW) qui obtint pour ce film le prix du Meilleur acteur aux Guldbagge Awards de 2011 laisse comme un goût amer puisque Matias Varela et Dragomir Mrsic y avaient autrement plus de présence. Anecdote amusante, c’est Sebbe qui fut consacré le meilleur film en 2011. Il fut réalisé par un Babak Najafi qui a depuis repris les rênes de la saga Snabba Cash sur son deuxième volet. A mes yeux le deuxième épisode d’une petite histoire faite pour la télé, pas le ciné.

Easy Money : 11/20