Un finlandais à l’ouest

En pleine Guerre Froide, trois étudiants américains franchissent pour s’amuser la frontière entre la Finlande et l’URSS. Pris à parti par l’armée soviétique, ils sont emprisonnés et se retrouvent plongés en plein cauchemar…

J’ai longtemps cru que le premier film de notre bourrin finlandais préféré était le très sympa petit film d’horreur Prison, alors avec le tout jeune fils d’Arathorn. Encore loin d’incarner Aragorn dans la trilogie du Seigneur des anneaux, le semi danois par son père Viggo Mortensen, qui nous vient donc un peu plus du nord que des terres du milieu, avait en effet bien du chemin à faire. Et il est beau le chemin, ça roule. Par contre, Harlin, de son vrai nom Renny Lauri Mauritz Harjola (merci IMDb), faut voir.

En suivant tous ces réalisateurs nordiques qui pondent un film « ticket » dans l’espoir de se faire héliporter jusqu’à Hollywood (Espinoza : ayé, Wirkola : fait, Refn : okidoki, Kormakur : done, Sletaune : en stand bye), je me suis dit qu’il en avait forcément lancé un, lui aussi, d’appel de phare. Un appel de phare ? L’image est légère ! Après avoir difficilement ingurgité la bête, à savoir une énorme boite familiale de cassoulet bien gras  long à descendre dans le gosier, on est en droit de voir là une fusée éclairante en forme de gros feu d’artifice, un spot dans la gueule balancé à bout portant dans une sale d’interrogatoire ou encore un seau d’eau jeté violemment à travers la tronche. Le message est on ne peut plus clair : « Ohé les gars ! Je veux aller bosser en Amérique ! Z’avez captés ?!».

Pour ça, Renny mit le paquet. Déjà, le titre, Born American, annonça la couleur. Pour la suite, je cite et traduis le Wikipedia anglais : « en ce temps là acheteur pour le compte d’un distributeur finlandais, il (Renny) rencontra le producteur et scénariste Markus Selin au cours d’un voyage à L.A. Les deux finlandais devinrent amis et collaborateurs. Ils se mirent rapidement au travail sur un script pour leur premier film, Born American (…) Chuck Norris devait originellement incarner la tête d’affiche mais il se retira des suite de difficultés rencontrées quant au financement. Son fils, Mike Norris, prit le relais. A cette époque film le plus cher jamais tourné en Finlande, il en fut d’abord bannit des écrans parce qu’il encourageait la violence et dressait un portrait haineux des russes. Le succès international du film ouvrit les portes d’Hollywood à Harlin. »

Markus Selin est sans nul doute un producteur avisé. Scénariste, par contre, n’exagérons rien. Comment est-ce en effet possible d’écrire à quatre mains un tel ramassis de bêtises ? Ça se tient, en fait. Si, ça se tient. C’est le concept, d’abord, qui fut réfléchi. Au milieu des années 80, quel était le grand ennemi des américains au ciné ? Le ruskov. Sur quel film pouvait-on surfer pour remporter le pactole et se faire bien voir ? L’aube rouge de John Milius date de 1984, pour rappel un film (un peu) moins con que celui de Harlin (1986) dans lequel une bande de jeunes patriotes font face à une invasion de rouges. Renny décida de faire pire en jetant carrément quelques américains en Russie. Composé de gros bouts de Voyage au bout de l’enfer et de Midnight Express dedans, leur cassoulet tiède fut doublé d’une péloche certes irresponsable mais, avouons-le, pleinement opportuniste.

« Succès international ». La mention interpelle parce que presque rien ne fonctionne dans ce bidule. Le début laisse pourtant augurer de belles choses. Les trois amis sont présentés comme des andouilles d’américains mais s’avèrent sympathiques dans leur comportement jeune et insouciant. Malheureusement, une fois la frontière passée le scénario débite le pire du pire. Exploser presque gratuitement un prêtre orthodoxe à coup de flèche et de fusil, il fallait oser ! Ajoutons (soustrayons) une star imposée, Mike Norris, qui cassa un peu plus la chose en ramenant toutes les grenades à lui et l’on obtient un nanar 80’s indéfendable. Les deux copains, pourtant beaucoup plus charismatiques que le fils Norris, sont évincés en bout de course au profit d’un bouquet final à la Rambo consternant. Il faut reconnaître que Renny Harlin sait faire péter des trucs et filmer correctement une scène d’action, en soit une démonstration qui dut plaire à des américains qui, pourtant, le firent passer par la case horreur (Prison, donc, et le quatrième épisode de Freddy) avant de lui confier des explosifs et de la neige artificielle sur 58 minutes pour vivre.  Sa « traque au sommet » du drapeau US se termina avec le très fun Cliffhanger, encore une accroche neigeuse. « Embauchez-moi les gars, je sais tourner des films d’action dans des conditions hardcore ! » semble-t-on comprendre. C’est sur le CV. Sa filmographie « décevra » par la suite. La faute en incombe au célèbre gouffre financier de L’île au pirates et, plus généralement, à une suite de prises de risques qu’il prit pour une femme, alors sienne, Geena Davis. Si Au revoir à jamais reste en ce qui me concerne son chef d’œuvre, avouons que tout est relatif et remercions pour ce métrage le boulot du scénariste Shane Black (Le dernier samaritain) et Samuel L. Jackson dans l’une de ses toutes meilleures prestation et l’un de ses meilleurs rôles. Depuis c’est plutôt bof pour Harlin, même s’il conserve un esprit fun très plaisant sur Peur bleue et surtout un Profession Profiler sur lequel j’assume un gros (gros) plaisir coupable. Tout comme Mike Norris, le film Born American s’est fait oublier. A raison, mais sur une telle filmographie il reste intéressant. Et cohérent.