Effectuée en trois temps par mail, cette interview fait se mélanger des questions posées avant d’avoir vu la bête, en novembre 2010, puis d’autres posées beaucoup plus en aval en février et mars 2012. Le tout est ordonné de façon à ce que l’ensemble reste à peu près fluide. Plutôt que d’ajouter encore une troisième petite interview à part, voici ma modeste intégrale.

« Chasseur de trolls », on l’avait d’abord effleuré par ici chez les Givrés, puis ensuite chroniqué par là. On continue à creuser, à chercher, on trifouille, on enchaîne… Pas les trolls, ils sont trop balèzes, mais les infos, des trucs à dire, à demander. Plutôt que de citer l’évident Blair Witch Project compte tenu de sa même vue subjective, André Øvredal préfère invoquer Indiana Jones, Jurassic Park ou autre Ghostbusters en avouant admirer la capacité d’un Spielberg à donner de l’authenticité à des histoires de requin géant ou d’extraterrestres papotant avec seulement cinq notes de musique . Par cette chouette « note » d’intention, on se rapproche davantage du Rec des Jaume Balaguero et Paco Plaza que du Paranormal Activity d’un Oren Peli, sans souffrir d’aucune once de cette geek attitude actuellement dévastatrice du ciné de genre. Et Øvredal a de l’humour à revendre : son court métrage Brukerstøtte (2009) le prouvait déjà en cinq minutes à peine. Avec un beau sens de l’absurde il s’y moquait à la fois des call centers et des ceuces qui « call » les « centers » puisqu’une femme les appelle afin qu’on l’aide à ouvrir sa porte. L’objet est visible (sans sous-titres).

Puis c’est l’idée folle : « che fais fous raconter une histoire troll ! » aurait-il pu nous dire en français avec un accent allemand, si toutefois il avait été allemand et su parler français. En attendant ce jour, ce norvégien parle anglais, ce qui nous a permis de nous entretenir avec lui au sujet de son bébé poilu…

Novembre 2010

– Les trolls sont liés à la Norvège, ils font partie du patrimoine, aussi n’avez-vous pas peur de mauvaises réactions à l’international si tout le monde pense qu’ils sont méchants ? Le tourisme va en pâtir. Le gouvernement norvégien cautionne t’il ce film ?…

André Øvredal – Ha ha, non, je crois que la réaction internationale aux trolls sera très bonne. Elle A ETE bonne. Un bel accueil. Les gens aiment les trolls partout dans le monde, même s’ils sont mauvais. Les trolls sont des animaux, une espèce en voie d’extinction, et nous devons les protéger. C’est pourquoi nous avons le « Troll Security Service ».

Vos monstres semblent avoir comme des airs de parenté avec ceux de « Where the Wild Things Are » : y avez-vous songé ? Est-ce une sorte de vengeance quant à ces gentilles peluches ?

Je n’ai jamais vu ce film, mais j’ai entendu d’autres personnes les comparer également… Je vais le découvrir bientôt.

(Ajout mars 2012) Avez vous participé à la conception graphique de ces créatures ou bien est-ce dû à l’équipe des VFX ?

Seule l’équipe chargée des effets spéciaux à travaillé sur la conception de ces créatures. Mais évidemment, en tant que réalisateur j’ai moi-même constamment travaillé avec eux, tout du long.

Un autre film, finlandais celui-là, va bientôt sortir : « Rare Exports », il parle d’un vilain père Noël. Pourquoi en Scandinavie ressentez-vous actuellement ce besoin de maltraiter votre folklore ?

Je n’ai pas encore vu ce film non plus, mais je pense que nous avons un folklore très riche en Scandinavie, et on commence seulement à savoir comment le mettre en avant sur nos écrans, en tout cas avec, je l’espère, une vision neuve et créatrice. En faisant ce film j’essaye de remettre nos trolls sous la lumière (même s’ils n’aiment pas ça !), et de leur redonner leurs lettres de noblesse.

Pouvez-vous nous offrir une petite anecdote du tournage ?

Lorsqu’on filmait une interview avec le chasseur de trolls en train de parler de trolls, à chaque fois je me mettais à rire si fort derrière la caméra que j’ai ruiné la scène. On a dû la retourner plusieurs fois, on a perdu de très bons moments. C’est très peu professionnel de ma part.

Février-mars 2012

Même s’il est réalisé comme un documenteur, Troll Hunter dispose de certaines scènes, très bien faites, qui semblent plus classiques. Les larges visions de la nature norvégienne, toute la scène du pont, l’affrontement final d’un point de vue lointain… N’aimeriez-vous pas réaliser un film plus classique ? Vous avez, je crois, un réel sens du cadre.    

Oui, je veux aussi réaliser un film de manière classique. Je suis d’ailleurs en plein milieu du tournage d’un court métrage de science-fiction qui sera de facture très classique. Je ne crois pas que je ferai jamais un autre film en found footage. J’adore trop composer.

D’ailleurs, la scène du pont m’a semblé très compliquée à mettre en place. Était-ce le cas ? Vous rappelez-vous combien de temps ça a pris ?

Les effets spéciaux sur cette scène ont été fait par seulement deux personnes et il a fallut six mois pour la terminer. Sur le tournage je devais courir partout en prétendant être le troll, pour montrer où il se déplaçait et ce qu’il allait faire. Après, les deux gars des VFX, Rune Spaans et Atle Blakseth, ont créé le design de la créature, les textures, l’intégration, le mouvement etc. On a aussi partiellement usé de la motion capture avec un acteur pour la scène, mais l’animateur Atle Blakseth est largement revenu dessus ensuite.

Il me semble que certains n’ont pas aimé votre film à cause des moqueries que l’on y trouve sur les chrétiens. Très amusantes et plaisantes pour moi, qui ai très apprécié cette liberté de ton. Qu’en pensez-vous ? Croyez-vous que cette particularité sera conservée dans le remake américain ? D’ailleurs : le réaliserez-vous ? Rien n’est peut-être encore décidé…

Il n’y a pas de moquerie quant aux chrétiens dans le film ! Tout provient des contes de fée norvégiens sur lesquels il est basé. Dans ces histoires, les trolls disent toujours « Je peux sentir le sang d’un chrétien » lorsqu’ils sentent un humain. Cette idée m’a juste amusé et j’ai rendu cette odeur du sang chrétien « réelle ».

Je ne sais encore rien de solide sur le remake américain. Je ne le réaliserai pas.

Est-ce que vous sauriez me définir le « genre » de votre film ? Une comédie ? Un film d’horreur ? De ma fenêtre c’est un peu des deux mais j’aimerais avoir votre point de vue là-dessus.

Un roadmovie !

J’ai beaucoup pensé au film de Peter Jackson « Forgotten Silver » en voyant le vôtre. Y avez-vous pensé en construisant Troll Hunter ? Vous avez cette même intelligence dans votre sens de l’humour, ce même esprit d’elfe facétieux.

Merci de comparer Troll Hunter à ce classique de Peter Jackson, mais j’avoue n’avoir jamais vu « Forgotten Silver ». Mais je vais le faire !

Qu’auriez-vous dit si quelqu’un était venu vous annoncer : « s’il vous plait, Mr Øvredal, pourriez-vous venir réaliser The Hobbit ? ». Vous auriez pu…

Haha, à votre avis ?…

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Merci à André Øvredal d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

« Aucun troll n’a été blessé durant le tournage de ce film » peut-on lire dans le générique de fin (source : IMDb).

Photo du réalisateur empruntée à http://www.filmogkino.no, également source de quelques éléments lisibles dans l’introduction.

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