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Next Door : Peu de temps après que sa petite amie Ingrid soit venue récupérer ses affaires, John croise ses deux jolies voisines, Anne et Kim, qui l’invitent dans leur appartement. C’est leur première rencontre et pourtant, elles semblent tout connaître de sa vie avec Ingrid…

Babycall : Afin d’échapper à la violence du père de son fils Anders âgé de 8 ans, Anna s’enfuit avec lui pour s’installer en secret dans un grand immeuble résidentiel. Terrifiée à l’idée que son ex-mari ne les retrouve, Anna achète un babycall pour s’assurer qu’Anders soit en sécurité pendant son sommeil. Mais des bruits inquiétants semblent provenir d’un autre appartement…

Un loup couard dans le couloir ?

Mère courage, je protège mon fils contre vents et marées, qui aimeraient bien me le souffler, me le noyer ! Je ne les laisserai pas faire ! Mon salaud d’ex-mari le battait ; depuis nous sommes séparés. J’ai pu obtenir la garde mais à quel prix. Tout va bien, maintenant. A moins que… Je ne sais pas. J’ai des absences. Mon fils a des marques sur le corps, ce qu’il en dit n’est pas très clair. Il me regarde craintivement. Son père traîne t-il de nouveau dans le quartier ? Suis-je moi-même à l’origine de ces marques ? C’est impossible, jamais je ne ferai de mal à mon enfant, vous m’entendez ?! C’est mon enfant ! Jamais je ne… Je ne sais plus. Je dois protéger la chair de ma chair, mon fils, ma raison de vivre. Je viens d’ailleurs de m’acheter un babycall, une sorte de talkie-walkie « one way » qui permet d’entendre dans la chambre de mon bébé. Pas l’inverse, lui ne m’entend pas. Mais j’entends d’autres sons, d’autres bruits. Des violences. D’où cela vient-il ? Je dois être folle ! Non, je me trompe, je vous raconte n’importe quoi. En fait, je suis un homme, voilà. J’habite seul sans ma maman, dans un pas trop vieil appartement. En pleine séparation je suis, je l’avoue, un peu perdu. Ca va passer. Elle me quitte, s’en va avec un autre, il la rend heureuse, la comble, moi pas… Ca me mine. Par contre, j’ai une voisine. Elle est complètement frappée – d’ailleurs, c’est ce que je fais, je la frappe – mais quelle bombe ! A vous faire bander un mort. Elle est bizarre. Elle a des marques sur le corps. Sa colocataire aussi a des marques. Moi ? Je suis clairement marqué. Je pète les plombs, ça ne va pas. Je suis sûr qu’elles ont entendu ce qui se passait dans mon appartement, à travers le mur, quand… Vous savez, on s’était pas mal engueulé avec mon ex à une époque et ça me gêne de savoir que quelqu’un sait tout ce qu’on s’est dit, tout ce qu’on a pu se balancer à la tronche, et en paroles, et en vaisselles, et en… Vous savez ce que je vais faire ? Je vais acheter un babycall et planquer l’émetteur chez mes voisines, ainsi je saurai ce qu’elles me cachent, ce qu’elles savent ! Elles ne sont pas nettes. Je dois protéger mon fils coûte que coûte ! Son père veut le récupérer et à la DDASS ils veulent revenir sur mon dossier. Je ne les laisserai pas faire !

Les deux films de Pål Sletaune, Next Door et Babycall, se rejoignent comme deux couloirs se croisent puis se prolongent par delà une porte centrale – the next door ? -, et se séparent à nouveau pour finalement se retrouver à cette bifurcation, là-bas. A eux deux ils composent le labyrinthe d’une tour hantée où errent des âmes tourmentées. Il est difficile de ne pas voir comme une projection personnelle du réalisateur-scénariste dans ces deux péloches, un peu comme on avait pu le voir dans le diptyque Just Another Love Story et Deliver Us From Evil de l’ami Bornedal où le réalisateur de Nightwatch y projeta d’abord, de son propre aveu, son adultère puis ses remords. Ici, avec un premier film qui traite des affres de la séparation et un suivant de la garde d’un enfant, on est tenté de faire le lien.

Touche pas à mon fils !

Se greffent à ces postulats des scénarios tarabiscotés qui sacrifient inutilement à la mode du twist qui amène à reconsidérer chaque film. En soi un défaut de l’avis de certains qui trouvent que ces types de films sont par cette définition « jetables ». C’est discutable. Parlons de films à twist célèbres. Le sixième sens de Shyamalan raconte plusieurs histoires et la pirouette terminale n’est qu’un complément à l’ensemble. Un sacré complément, certes, mais il n’est pas primordial, ça n’est pas le fil rouge de l’objet. Quant à un Usual Suspects, c’est avant tout un polar et son final une cerise – mémorable – sur le gâteau. Un twist en tant que mystère unique rend un film toute juste ludique. Y’a un hic ? C’est  un casse-tête qui, une fois résolu, n’a plus de sens. Shutter Island de Scorcese, Memento de Nolan, le Identity de Mangold, ou encore Les autres d’Amenabar, aussi réussis soient-ils – et ils le sont ! -, dépendent excessivement de leur final. Il en est de même ici, avec sur Babycall des ellipses à peine honnêtes et des points qui mériteraient quelques éclaircissements. De ces vêtements étrangement mouillés à un babycall qui émet soudain depuis le récepteur, les fantômes ont le dos large. Tout ceci frôle la malhonnêteté intellectuelle.

L’intérêt principal de Naboer : une scène érotique aussi dérangeante qu’excitante.

Mais si dans les deux films on devine assez tôt le pot au rose – les célèbres Fight Club et Le 6ème sens sont loin en amont -, sur la forme Sletaune arrive quand même à remporter le morceau. Ne dit-on pas d’ailleurs que les flamands roses aiment les poteaux roses ? Et pour uriner, et pour… ils s’y frottent avec plaisir. Kristoffer Joner est l’un des acteurs en activités les plus talentueux qui soient. Il en va de même pour Cecilie A. Mosli, qu’on retrouve à ses côtés dans Kjult et Kompani Orheim. La méga bombe Julia Schacht a, elle, une « présence » des plus troublantes dans Next Door, quant à Noomi Rapace elle incarne si bien la maman qu’elle bouche les trous du scénario de sa seule performance, récompensée à raison du prix de la meilleure actrice au 6ième Festival International du Film de Rome. Elle aida aussi certainement à ce que Babycall obtienne le grand prix à Gerardmer cette année. Comme la mise en scène de Sletaune gère formidablement les espaces et qu’il nous gratifie – surtout ? – d’une scène érotique de malade dans Next Door, un film qui par ailleurs doit beaucoup à la chambre 237 du Shining de Kubrick, on apprécie ces deux métrages sans pour autant cautionner les possibles propensions d’un p’tit malin qui se la raconterait histoire de – comme tous les autres ? – s’acheter son billet pour Hollywood.

Sans avoir vu ses deux précédents longs, j’espère éviter une « trilogie du couloir » avec le prochain. Il faudrait s’affranchir d’un corridor qui tourne en circuit fermé, éviter ces sortes de courts métrages étirés comme les démos d’un étudiant qui n’en finirait pas de réitérer son projet de fin d’année. La remarque est virulente mais constructive, elle vient d’un fan exigeant qui voit là quelque chose de fort auquel manque un peu de sincérité. Ces histoires n’en demandent pas tant, le twist a fait son temps et comme le talent se fait patent pourquoi charger l’étang ? Seul l’écrit pêche par excès et roublardise, ailleurs c’est du béton armé. Celui d’un immeuble solide au contenu fantomatique par trop intangible pour convaincre pleinement. Porte suivante ?

Babycall : 14/20
Next Door : 14/20