Aicha est passionnée de Kung-fu. Mais ses parents, musulmans très conservateurs, ont déjà décidé de son destin : elle sera médecin. La jeune fille, n’écoutant que sa passion, s’entraîne alors dans le plus grand secret avec un grand maître des arts martiaux…

15/20 – Aicha, ne les écoute pas !

Commençons par le léger « défaut » du film : les scènes d’action ne sont pas pléthores pas plus qu’elles ne sont mémorables, très bien chorégraphiées ou même toujours bien filmées. Les plans sont parfois trop serrés, les coups qui s’enchaînent se ressemblent un peu trop et, globalement, on n’est pas épatés plus que ça. Dans la catégories « gonzesses qui tatane », à Hong kong (In the Line of Duty) et en Thaïlande (Chocolate) on supplante de haut le show martial. Ajoutons que de lire sur la jaquette « Par les chorégraphes de Tigre et dragon » énerve un brin parce que Yuen Woo-ping (Fist of Legend, Iron Monkey, Matrix…) n’est pas de la partie puisque c’est l’entraîneur et responsable des cascades Xian Gao – qui joue le « Sifu » dans Fighter – qui s’y colle. Officiellement, en tout cas, ce dernier n’est pas crédité en tant que chorégraphe sur le film d’Ang Lee à en croire IMDb.com. Voilà, ça, c’est dit.

Toutefois, Fighter est un film, un vrai, avec une belle histoire, des personnages bien écrits, bien campés, avec des enjeux clairement définis. A chaque combat sa raison d’être. Quand à Hong Kong et en Thaïlande on a parfois plus l’impression d’être au cirque qu’au cinéma – ça n’est pas péjoratif de le souligner, c’est un constat sur la nature de l’objet – avec ce long métrage signé par une femme, Natasha Arthy, on sait assez vite où l’on met les pieds. Sur un tatami féministe sur lequel dansent femmes, hommes, conventions religieuses et sociales, tous ensembles main dans la gueule. Ils et elles s’entrechoquent, s’aiment, se repoussent, chacun étant guidé par ses propres démons et combats intérieurs. C’est d’abord ce qui anime la belle Aicha (Semra Turan) : sa lutte contre les autres, contre elle-même, avec à la clef sa propre acceptation. Ainsi l’usuel conflit familial, récurrence de nos téléfilms français bien souvent maladroits, reste crédible et très bien décrit du début à la toute fin. Les clichés (le père qui s’oppose à l’entraînement de sa fille) ainsi que les poncifs de ce genre de chronique martiale (dépassement de soi, entraînement, abandon, reprise du combat, victoire) sont bien agencés, parfaitement dosés par un rythme étudié et, répétons-le, des enjeux ponctuellement judicieux. La grande finale enchaîne alors de beaux conflits plus que de beaux combats et l’on accroche complètement avec ce personnage, Aicha. On adhère à ses projets, on l’admire dans son épreuve la plus dure qui consiste à ne pas lâchement tout abandonner pour sacrifier aux conventions. Avec cette belle romance entre Aicha et Emil, le mythe de Roméo et Juliette se voit joliment recyclé et l’appréciation de la religion musulmane se fait de manière très subtile mais sans tabous. Le rôle prédéfini de la femme et les réactions ultra machistes et violentes ne sont pas biaisées. La réalisatrice n’use pas de faux fuyants comme le fait le regard – à tomber ! – d’Aicha. Quant au  personnage d’Omar, artiste martial qui refuse d’affronter Aicha parce qu’elle est femme, il est traité au second plan mais mériterait un second métrage dédié. Lorsque enfin il sourit, lui qui tire la tronche tout du long, on sent que lui aussi vient de passer une étape de sa vie avec brio.

La grande idée du film, c’est d’avoir ponctué les évolutions d’Aicha avec un combat imaginaire, fantasmé à la Matrix, contre un ninja tout de noir vêtu. Au début, lors d’un premier rêve, elle fuit le combat. Ensuite, elle l’accepte mais le perd. Et à la fin, bien évidemment…

Dans les moments légers, la réalisatrice use avec intelligence des ralentis et la musique de Frithjof Toksvig (merci IMDb, toujours) distille de très chouettes mélodies. Beau film avec de bons artistes martiaux doublés d’acteurs crédibles – et non pas l’inverse, c’est rare -, Fighter fait son petit effet. En plus de la très sexy Semra Turan, j’aimerais beaucoup revoir Cyron Bjørn Melville (Emil) et surtout l’ultra charismatique Behruz Banissi (Omar) dans un film bourrin plus corsé. Ils en ont tous à revendre. A ranger à coté du sous-estimé Redbelt de David Mamet, Fighter apporte une bonne dose de changement et de fraîcheur dans un genre trop souvent balisé, prédéfini et formaté. Pour toutes ces (bonnes) raisons, Fighter est un beau petit film qui mérite largement d’être abordé et défendu sur ce blog.

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