Jacob consacre sa vie à la construction d’un orphelinat en Inde. Un étrange donateur, Jorgen, demande à Jacob de rentrer au Danemark pour effectuer une transaction financière qui permettrait de sauver l’orphelinat menacé de fermeture. Arrivé sur place, Jorgen l’invite au mariage de sa fille qui a lieu le lendemain. Lors de la cérémonie, Jacob comprend que sa présence n’est pas fortuite. Ce mariage confronte Jacob à un passé enfoui qu’il ne pensait jamais voir ressurgir…

17/20 – Lacrimosa

Avec la proue du Dogme qu’est Festen et, bien-sûr, quelques Lars Von Trier, After The Wedding représente à mes yeux ce qui s’est fait de mieux dans le genre. De quel genre parle-t-on ici ? De péloches à la lisière de celui défendu par les givrés en cela qu’elles triturent tellement leurs personnages qu’elles créent toujours un crescendo sensoriel puissant avec, en bout de course, un pétage de câble électrique, un pic émotionnel aussi ressenti par le spectateur baffé que réclamé à des acteurs bien souvent triturés, malmenés, secoués. Ca n’est pas du cinéma de papa, c’est du grand huit éprouvant, extrême et parfois roublard, avec une méthodologie du rouleau compresseur que certains n’hésitent pas à décrier. Qu’on se souvienne de Dancer In The Dark et du rejet massif que l’expérience – car il s’agit bien d’expériences – entraina. On regarde ces films comme on met les doigts dans une prise, on se prend une décharge qui nous grille, nous lessive. Mais nous maintient en vie car l’effet recherché est le même que celui provoqué par la vague de « Torture porn movies » (re)lancée  par la saga des Saw et consorts. En l’absence d’émotion à portée, certains – beaucoup – souhaitent souffrir par procuration devant un film afin de mieux ressentir la vie une fois deux heures passées en enfer. Ca soulage ?

En attendant un hypothétique remake américain a priori en stand bye, en France on y a déjà eu droit. Le film s’appelle Deux jours à tuer, fut réalisé par Jean Becker et interprété par Albert Dupontel. Très correct grâce surtout à la prestation impeccable du réalisateur de Bernie, le film reste en deçà du métrage de Susanne Bier. Il ne franchit pas la limite, reste dans le cadre du drame et, gentil, prône la paix, le repos. C’est un beau film mais, tout simplement, le scénario n’est pas aussi recherché pas plus que les ramifications d’un tel sujet ne sont aussi développées que dans After The Wedding. Comme souvent chez Bier, Anders Thomas Jensen (ATJ) est à la manœuvre et le résultat se voit. On a là de la belle œuvre avec plusieurs enjeux, tous mis en valeur autour de cette même trame principale. A converger vers un final attendu on progresse comme chez les meilleures prestations du canadien Atom Egoyan, avec toutefois un résultat qui s’affiche moins léché, moins tendre, moins lancinant. Chez les danois on fait dans le rugueux, l’agressif, le violent. On s’engueule, on hurle comme ailleurs on donne des coups de couteau de boucher. On tranche dans le lard, Von Trier ou pas. Les protagonistes sont tous là pour en prendre plein la tronche, aucun ne ressort indemne de cet essorage sans pitié. Oh il n’y a pas de scènes sanglantes pas plus que des tortures physiques infectes, juste des sales évènements qui se produisent, une vie qui ne fait de cadeaux à personne et des santés mentales qui se voient mises à rude épreuve par des enchainements de situation qui font que, voilà, parfois il est difficile de continuer quand psychologiquement on se traine à ce point de pesantes casseroles remplies d’une nourriture dure à avaler. Tout est parfait. Les acteurs sont au diapason, les excès bien dosés… On ne franchit pas cette ligne rouge putassière que LVT, lui, aime à souvent piétiner, femme oblige et ATJ  également puisque ce dernier accorde toujours une grande importance à ses personnages. Et donc ses acteurs, qu’il respecte par-dessus tout, sans désir d’humilation pseudo rédemptrice. Dès le début on suit les aventures de Jacob avec intérêt, on pense aisément que ce prénom cligne une nouvelle fois de l’œil, après Adam’s Apples, au Livre de Job, et que cet homme va devoir encaisser plusieurs coups durs avant de prétendre au bonheur. Comme souvent, le purgatoire, l’enfer, le paradis mais aussi peut-être le karma se bousculent sans que personne ne sache vraiment pourquoi. On peut peut-être expliquer ces étranges propensions à la souffrance en abordant la religion locale avec un luthéranisme qui, même s’il nie une culpabilité que certains pensent intrinsèque à la chrétienté, ne conçoit pas l’indulgence, qu’elle soit corruptive ou morale. Ce terrain est certes glissant mais sacrément intéressant.

Belle tranche de vie, drame bouleversant, œuvre épique mais aussi gros film de genre, After The Wedding est tout cela à la fois et même plus encore, une sorte de maelstrom où l’on se retrouverait tous main dans la main : acteurs, scénaristes, réalisatrice, tous ces noms qui composent le générique de fin, et nous, spectateurs, dans cette ronde existentielle qui justifierait à elle toute seule la raison d’être du cinéma. Rien que ça.