12/20 – Œil pour oeil 70’s

Devenue muette après avoir été violée dans sa plus tendre enfance, une jeune femme devient vengeresse quand le destin se met de nouveau à la harceler…

Dans la liste des films qui auraient influencé Quentin Tarantino pour son Kill Bill on trouve en bonne place ce Thriller – en grym film, péloche suédoise bien barrée de Bo Arne Vibenius mettant en avant l’égérie suédoise 70’s Christina Lindberg. En portant un bandeau noir sur l’œil, le personnage d’Elle Driver, incarné par Daryl Hannah, la cita en effet instantanément. Bobine d’exploitation archi racoleuse, Thriller est une énième variation de la femme violée qui s’en va dézinguer son monde pour se venger, un genre à part entière défini par l’appellation contrôlée « rape and revenge movie ». C’est « grindhouse », c’est tarantinesque, c’est cool ? Non, c’est périmé.

Périmé parce que même si Thriller dispose d’indéniables qualités et idées, comme le soin accordé au cadre, l’apparition récurrente des feuilles mortes qui correspondent à la souillure de notre héroïne ou encore un très bon score de Ralph Lundsten, le rythme reste laborieux, étirant à n’en plus finir ce canevas que l’on sait avoir déjà vu avant même de le découvrir. Alors on attend de se rincer l’œil devant les quelques scènes nues de la belle tandis qu’elle se le fait crever le temps d’un odieux plan parait-il permis par l’utilisation d’un vrai cadavre. Avec l’avènement d’internet et l’accessibilité en quelques clics des pires horreurs visuelles possibles et imaginables, ce type de produit, qui répondait à une attente malsaine à l’époque mais plus maintenant, devient forcément caduque. Alors on s’amuse des quelques grossiers inserts pornos qui « enfoncent » une chair désespérément triste, on trouve la violence plutôt gentillette et maladroite avec ces ralentis consternants que n’aurait pas reniés LVT sur son Antichrist, et l’on attend la fin en faisant la fine bouche tout en laissant apparaître, quand même, un peu de bave aux commissures de lèvres très sensibles aux charmes voluptueux de la belle Christina Lindberg. A l’œuvre de rejoindre les vieux films poussiéreux de Russ Meyer  et autres vénérables métrages de John Waters, des précurseurs qu’il est bon –et qu’il faut ! – citer, évidemment, tout en les replaçant, systématiquement, dans leur contexte ancestral. Avouons quand même que qualitativement on reste loin en dessous d’autres titres aussi âgés et plus réputés dans le genre, comme le Ms. 45 d’Abel Ferrara et surtout l’indétrônable japonais Lady Snowblood, l’autre inspiration, majeure cette fois, de Kill Bill. Même s’il est intéressant et très enrichissant de s’y plonger, ça n’est pas dans les années 70 qu’il faut aller chercher le fer de lance du cinéma d’exploitation nordique. C’est maintenant que ça se passe.