paprika

Paprika Steen is a so Spicy Queen…

Venue présenter son film Applause (Applaus, 2009) à Cinenordica (Paris) en décembre dernier, titré en français Ovation pour le festival de Rouen qui a suivi, la lionne danoise Paprika Steen s’y confie à un aimable givré. Généreuse, elle aborde ce film-ci, d’autres, le dogme, qu’elle a largement côtoyé, son métier, les hommes, les femmes… à tel point qu’elle lui offre un très beau portrait sur un plateau au givré, le sien, à lui qui, honte sur lui, est loin de connaître sur le bout des doigt sa carrière, sa filmographie. En voici la première partie.

Pourquoi croyez-vous que nous autres français, à force de voir vos films à vous, les danois, en sommes arrivés à croire que vous êtes tous un peu timbrés ?

Paprika Steen – (stoïque) Parlez-vous des films faits ces dix dernières années ou…

Mettons, depuis les débuts du Dogme [NDLR : milieu des années 90] jusqu’à aujourd’hui.

Notre pays est très petit. je ne crois pas que nous soyons fous, je pense qu’en fait nous sommes un peuple qui s’ennuie. On vient d’une tradition, qui remonte à August Strindberg, Bodi Ipsen et Ingmar Bergman, et, vous savez, il s’agit toujours d’émotions, de liens, et même vous, si vous regardez en arrière dans votre propre vie, vous vous rendrez compte que quelque fois vous aussi avez été fou. Peut-être que nous y sommes plus habitués, mais je crois que vous avez aussi vos fous en France.

Vous avez raison, mais dans nos films, contrairement aux vôtres bien souvent nous cherchons à représenter une certaine norme rassurante. Nous n’avons pas pour habitude de faire figurer notre folie dans nos films. On essaye de montrer cette norme, ce qui n’est bien sûr pas le cas au quotidien mais…

Peut-être est-ce parce que vous êtes si habités par le chaos en France que vous rechercher le calme. Peut-être s’ennuie t’on tellement au Danemark qu’on éprouve le besoin d’y mettre un peu plus de piment. Je n’ai pas la réponse, mais je crois que notre façon de raconter des histoires a évolué. Si vous voulez aborder un sujet en particulier et le rendre intéressant pour le public, vous le saupoudrez avec un accident de voiture et quelques personnes un peu folles (rires). Je ne sais pas… C’est peut-être cela la raison, mais je crois en fait que le peuple scandinave est plutôt mélancolique… Pendant que l’on fait cette interview il fait très froid dehors [on est fin décembre 2009, NDLR], mais pour nous c’est comme ça six mois par an. Notre soleil se couche à 15h00, là vous avez toujours le soleil mais il est 17-18h00 ! Nous vivons dans l’obscurité la majeure partie de l’année. C’est plutôt ça, la raison, on vit toujours à l’aube. Toutes les pensées deviennent de plus en plus compliquées et de plus en plus en rapport avec ça. J’essaye de vous expliquer, mais moi-même je ne suis qu’à moitié danoise, ma mère ne l’était pas et je ne le suis pas vraiment. Je ne suis pas une danoise typique. Ma mère était américaine et ma famille est constituée d’artistes, je me sens plus une proche voisine…

Mais vous faites désormais partie du décors danois…

Oui, je sais, je suis devenue l’ambassadrice du peuple danois. J’en suis désolée (rires).

Extra-terrestre qui joue aux extra-terrestres dans The Substitute.

J’aimerais maintenant que l’on parle de Paprika Steen actrice. Comment préparez-vous vos rôles ? Usez-vous toujours de la même technique ?

Ma préparation des rôles est toujours très différente. Concernant Applause, qui traite d’une actrice alcoolique, je n’ai pas étudié l’alcoolisme, je n’ai pas fait de recherches.

Vous buvez ?

Non, je ne bois pas tant que ça. Je ne suis pas très douée pour ça.

Pour le film veux-je dire…

Non, j’ai déjà été saoule lors de soirées arrosées, mais je n’ai jamais été une grosse buveuse, ni une droguée d’ailleurs, je suis déjà trop folle vous savez, je déborde suffisamment d’énergie comme ça ! Mais j’ai vu beaucoup de gens se battre avec la drogue et l’alcool, et j’ai vu beaucoup de gens, dans mon métier, des actrices, des artistes, qui buvaient beaucoup trop. Pour le film il s’agissait pour moi d’observer, de faire un travail d’observation… J’ai fait The Substitute [Vikaren] dans lequel je jouais un alien, c’est une comédie, il s’agissait plus d’un feeling, ma recherche consistait à me mettre en forme, être vraiment forte, mais je ne fais pas de recherches, je me pose plus comme une interprète, vous comprenez ? C’est quelque chose que je regarde dans la rue. Pour moi c’est beaucoup, beaucoup de différentes observations que j’ai faites dans ma vie.

Cela ressemble t’il un peu à la méthode américaine de l’actor’s studio ?

Eh bien j’ai eu un entretien avec Merryl Stripp, et je suis exactement comme elle ! Je viens de la musique, une grande partie de mon jeu dépend de mon oreille et j’utilise aussi beaucoup mon intuition. Je crois que je n’arrêterai jamais de travailler, j’y pense tous les jours. Pour moi, jouer est également une philosophie. Je n’arrête jamais d’y penser. A l’art de jouer. C’est quelque chose auquel j’ai besoin de penser tous les jours. Et plus je vieillis, plus cela devient une philosophie pour moi. Comme une grande question qui planerait, une clef que je chercherais, quelque chose de ce genre, vous voyez. J’ai écouté Merryl Stripp dire : « cela peut être une voix, la ligne d’un script, l’acteur avec lequel vous jouez : ce qui compte le plus pour vous » et c’est exactement pareil pour moi, c’est comme prendre un peu de matière et… c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis un très mauvaise professeur. Je n’ai jamais eu d’élèves, je n’apprends jamais à d’autres actrices parce que je ne sais jamais quoi leur dire. Je peux seulement leur suggérer d’écouter leur voix, méditer, de se concentrer.

Gena Rowlandisation dans le très Cassavetesien Applause

Vous avez aussi travaillé avec beaucoup de réalisateurs, les plus grands du Danemark. Comment avez-vous collaboré avec eux ? Leur donnez-vous des conseils ?

Si un réalisateur me dit de faire ci et ça et que je ne suis pas d’accord, je dis que je ne suis pas d’accord. Mais on trouve toujours un arrangement. Je commence toujours par appliquer leur façon de faire, ensuite je propose la mienne. C’est vrai que vous avez besoin d’un réalisateur qui projète ses idée en vous, et c’est vrai que des acteurs répondent souvent : « non, je veux le faire à ma façon ». Cet enchaînement fait partie de la recherche, de la préparation du rôle… Vous pouvez être en désaccord sur une scène, bien sûr, mais je trouve toujours cela intéressant parce que ça l’est pour le réalisateur et aussi pour la scène. Il y a un échange. Evidemment, sur un film d’action ce serait différent mais moi je fais ça dans des films psychologiques…

Je suppose que chaque réalisateur a une façon différente de procéder…

Oh oui !

Tout au long de votre carrière vous avez travaillé avec beaucoup d’hommes, des réalisateurs, des acteurs… Je suppose que vous avez appris à parfaitement travailler avec eux.

Oui, mais j’ai eu cinq frères, j’ai eu de la chance, grâce à ça je n’ai jamais eu peur des hommes. Je ne crains pas les garçons, et je pense bien les connaître. Je comprends la vision des femmes qu’ils ont, je ne suis pas une féministe, je ne suis pas macho, je suis beaucoup plus… Je me vois comme une… mon âme… non, pas mon âme, mon inconscient plutôt, fait que j’éprouve beaucoup d’empathie. J’ai besoin de comprendre l’autre pour me comprendre moi-même. Je ne condamne pas les hommes. Je veux dire, je travaille très bien avec les hommes et je crois que parce que j’ai eu cinq frères j’ai l’énergie d’une sœur qui veut les écouter, je n’ai jamais eu de relation amoureuse avec mes réalisateurs, ni avec les acteurs. Jamais. Vous ne me verrez jamais au Danemark faire les couvertures de magazines people, je ne tombe jamais amoureuse de mon acteur favori et…

Vraiment ?

Non, vraiment. Peut-être que je l’ai fait, toute jeune, pendant deux semaines…

Et votre mari ? (le producteur d’Applause, Mikael Chr. Rieks, NDLR)

Non, il n’était pas dans le métier à cette époque. Non, je me sens très fidèle à un réalisateur, à un acteur avec qui je travaille… c’est pareil avec les femmes vous savez, j’ai moi-même réalisé des films.

Oui.

… et j’adore travailler avec les femmes parce que je vois tant d’autres choses chez elles que les hommes ne voient pas. Eux n’ont qu’une image réductrice d’elles. C’est pareil avec moi. Ok, je peux fumer une cigarette et boire, ou je peux… Dans Applause, cette Diva qui boit renvoie pour un homme à une histoire comme celle de The Wrestler, alors je crois que peut être mon passé avec mes cinq frères me rend très fidèle, très… J’aime beaucoup les hommes, je veux dire pas seulement pour le sexe mais je les aime vraiment, j’aime cette âme je les comprends, et je comprends aussi leurs tourments, ceux qu’ils éprouvent en ce moment où les femmes se mettent à devenir des hommes. Demandez au réalisateurs ce qu’ils pensent de moi, et vous verrez qu’ils vous diront que leur suis très dévouée. Mais je leur donne aussi…

Vous leur apportez autre chose…

Oui, je leur pose des question : est-ce que tu crois vraiment que ça se passe comme ça avec une femme ? Tu crois vraiment qu’elle ne peut pas etc etc…

Vous leur donnez des conseils quant aux sentiments d’une femme ?

Je ne donne pas de conseils, je ne suis pas thérapeute, je pense qu’il s’agit davantage d’un dialogue. Et c’est un dialogue intéressant. Parce que je découvre quelque chose de nouveau chaque jour que je travaille avec un nouveau réalisateur, et eux aussi découvre quelque chose de nouveau quand ils travaillent avec moi.

En tant que réalisatrice vous avez fait deux films [Lad de små børn… en 2004 et Til døden os skiller en 2007, NDLR]. Comment s’est passé votre retour au rôle d’actrice après ces expériences ? Etait-ce difficile ? Aviez-vous ensuite toujours eu ce même dialogue avec un réalisateur ?

Non, ça n’était pas difficile, mais j’apprends davantage maintenant donc je sais quand je dois me taire (rires). Je m’exprime moins à propos de moi mais plus à propos du montage, des choses plus techniques. J’ai plus besoin de me détendre en tant qu’actrice. Quand j’étais plus jeune j’accordais beaucoup trop d’importance à tout, maintenant je me rends compte que non, tout n’est pas si important. Je me concentre juste sur ce que je fais… Mais avant d’être réalisatrice, j’étais la pire des pire vous savez (rires). Je disais : « tu devrais faire comme ça et comme ça ». Après être passée à la réalisation je suis devenue plus calme, plus relax.

Vous avez aussi travaillé avec votre frère, Nicolaj Steen, qui a fait la musique de vos deux films.

Oui, il a fait ça. Il est fou mais il est doué, il peut tout faire et…

Comment peut on communiquer avec son propre frère sur de tels projets ?

C’était très dur ! Très dur. Nous ne sommes pas jumeaux mais on est très liés. C’était très… Je voulais que mon équipe réussisse, et lui voulait vraiment y arriver. C’était comme ça la première fois, pour la seconde c’était plus différent. Cela a été plus dur que je ne le pensais, mais je crois que ses compositions sont fantastiques et de très haut niveau. Plus que ce à quoi je m’attendais. Il l’a fait parce que c’était moi, il a eu cette force de… Il me connaît bien, cela a aidé. Il était très direct avec moi, mais c’était très intéressant, et comme mon premier film parlait de la perte, de la souffrance, il me connaît et… c’était une sorte d’hommage à notre mère décédée il y a quelques années. Il n’y a pas ce thème de la mère dans le film, mais… Ma mère est décédée il y a plusieurs années, je crois que mon frère et moi en avons beaucoup souffert. Cette musique est devenue une sorte de…de…

Sur ce film vous avez eu cette approche là ?

Je ne voulais pas qu’il soit triste sur ce film, et je ne voulais pas être heureuse non plus.

Je n’ai pas encore eu l’occasion de voir ces films. Le premier est un drame, le second plus une comédie noire je crois…

Une comédie mélodramatique, oui.

Anders Thomas Jensen a écrit cette seconde histoire, lui c’est un spécialiste de…

(A suivre)