16/20 – Devil Inside (refrain connu)

Johannes quitte la ville et emmène femme et enfants  dans le petit village où il passa toute son enfance. Le jour où Lars, le frère de Johannes, renverse accidentellement Anna, une habitante du village, et met en place des fausses preuves pour accuser un immigré bosniaque, Johannes choisit alors de prendre la défense de ce dernier. Au village de révéler son côté sombre…

En lisant le pitch et à la vue de la bande-annonce, on se dit : « Tiens, encore un remake des Chiens de paille de Peckinpah ». Après avoir vu le film, un rectificatif s’impose : c’est en effet un remake du Straw Dogs du grand Sam mais… mais il y a comme un truc qui… qui cloche ? Non. Qui énerve ? Non plus. Alors qui… qui quoi ?… Eh bien un truc qui… qui change, une nuance, un regard différent. Le personnage pivot – pas Bernard – n’est tout simplement plus le même, et au remake de devenir, sur le fond, un prolongement pertinent de l’œuvre du réalisateur de La horde sauvage avec un titre qui, une fois le générique de fin atteint, devient une sale évidence.

Un concert d’AC/DC à Copenhague ? Non, juste une joyeuse soirée d’alcolos dans le Jutland !

« Deliver Us From Evil », délivre-nous du mal, est une récurrence toute religieuse explicitée dans le détail dans ce métrage casse-gueule qui, pour démontrer que l’on a tous le potentiel pour devenir des sales types balaye tout concept de manichéisme. C’est pourtant ce qui nous permet d’éprouver de l’empathie pour quelqu’un, de nous identifier à un personnage un minimum valorisé, mais tel n’est pas le cas et tout le monde en prend pour son grade dans cette version post 11/09.

Toutes les composantes des Chiens de paille sont là : le village de bouseux, l’idiot du village accusé un peu trop facilement, la meute de villageois en colère dominée par la grande gueule du coin, le couple sans histoires qui va tout de même en avoir, le crescendo, la violence, l’assaut de la maison des sans histoires, le viol… mais parce qu’Ole Bornedal a choisi de montrer la plupart de ces horreurs à travers les yeux du vilain à l’origine de cette vague de haine, Lars, joué par le convaincant – et donc à suivre de près – Jens Andersen, le remake en devient assez naturellement un tout autre film.

Bon, les gars, balancez-moi le nom du mec qui a bu la dernière bière !!

L’équivalent du personnage incarné par Dustin Hoffmann dans la péloche de 1971, le mari naïf jalousé parce qu’avec une femme désirable, respectivement Johannes, à qui Lasse Rimmer donne corps, et Pernille, incarnée par la chanteuse Lene Nystrøm (la Barbie girl du groupe Aqua) n’est qu’un personnage secondaire parmi tant d’autres. On suit davantage Lars à la trace, de sa bêtise initiale, l’accident de camion tragique, à  la suivante qui consiste à tout mettre en œuvre pour que l’idiot du bled soit accusé à sa place. Détestable ? Oui, au début, très pathétique surtout, mais une fois la machinerie en branle on découvre les réactions des autres, pires, folles, disproportionnées, démoniaques… Au village entier de devenir barge, à Lars d’essayer tant bien que mal de mettre un terme à ce cauchemar, à nous de perdre nos usuels repères.

Allez, on joue à pied-menton, dis ?!

Malgré un dénouement raté due à une grosse ellipse bien foireuse, toutefois positivement lissée sur les derniers plans, ça fonctionne. Dans Les chiens de paille, David/Dustin portait la morale sur ses épaules, l’honnêteté, la bonté. Du début jusqu’à la fin. Peckinpah souhaitait montrer que n’importe qui peut devenir violent si les circonstances l’y poussent. Bornedal va plus loin encore, et il est peut être plus cynique aussi, plus désespéré, puisqu’il affirme qu’il faut se méfier des gentils d’apparence, qu’en ce brave Johannes sommeille un mal peut-être plus sournois et qu’en fin de compte seul un bon p’tit jugement dernier saura faire la part des choses en dissociant l’unique réalité de nos multiples certitudes paradoxales. Tiens, ça me rappelle une chanson des Inconnus ça…

Concernant la forme, Deliver us From Evil revêt les atours d’une chouette série B. La surperbe mise en scène, très douce, de Bornedal, liée à la photo paisible de Dan Laustsen s’opposent à cette histoire macabre ; quant à la belle musique tranquille de Stefan Nilsson, elle souligne ce calme souhaité, ce repos auquel tout le monde aspire dans ce maelstrom de violence. Encore un beau film d’auteur (refoulé) maquillé comme un film de genre, mais il est affreux ce cynisme chez Bornedal, et je suis vraiment très curieux de voir ce qu’il fera par la suite, à la fois comme réalisateur et comme producteur, car à être si cynique on peut finir par devenir trop pragmatique, beaucoup moins rêveur, ce qui pourrait se révéler fatal pour un si bel esprit créatif. En attendant, profitons.

Deliver us From Evil sur IMDb

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