17/20 – Peau d’Job

Avec ses rangers, son crâne rasé et sa croix celtique tatouée sur le biceps, Adam affiche clairement ses sympathies. De son côté, Ivan, visage ouvert, chaussettes dans les sandales et col blanc de rigueur, accueille Adam dans sa paroisse. Convaincu de la bonté fondamentale de l’homme, ce pasteur se voue tout entier et tout sourire à sa mission : accueillir d’anciens taulards et oeuvrer à leur réhabilitation. Mais que peut valoir la foi d’Ivan face à la malveillance faite homme ? Bref, que peut Dieu face au diable ? Grande question, qui s’efface bientôt au profit d’une interrogation tout aussi cruciale : d’Adam ou d’Ivan, qui est le plus dérangé des deux ?

L’envie j’ai de revenir sur cette bande de cuistots, non pas des bouchers verts mais plutôt des pâtissiers, qui essayent difficilement de cuisiner une bête tarte aux pommes comme un givré s’évertuerait à papoter cinéma nordique et à remplir, petit à petit, son blog. Avec du beau, tant qu’à faire. En l’occurrence, c’est le cas.

On continue dans la même veine qualitative que Les bouchers verts, avec cette fois une tonalité religieuse évidente, une religion à la fois joyeusement moquée et sérieusement respectée. Ce concept s’avère souvent casse–gueule, qu’on se rappelle de l’embarrassant Dogma de Kevin Smith (1999) pour s’en convaincre, une comédie qui peinait alors à lier humour noir et apologie de la foi. Sur ce même canevas, Anders Thomas Jensen gère beaucoup plus habilement les nuances et se permet, avec l’aide d’acteurs monstrueux (Mads Mikkelsen, Nicolas Lie Kaas, Paprika Steen, Nicolas Bro, Ulrich Thomsen, ça va…) de passer d’un humour trash jubilatoire à un final très moralisateur, qui, étonnamment, passe comme une lettre à la poste. C’est suffisamment rare pour être signalé, car dans ce domaine du mélange des genres, bien souvent les maladresses abondent et la bondieuserie fait tâche.

Calme-toi mon ami, range cette arme…

Ivan le pas terrible, le personnage torturé joué par Mikkelsen, en prend plein la tronche durant tout le métrage. Au début on éprouve – honte sur nous – de l’empathie non pas pour lui mais pour cet Adam le terrible facho, joué par l’excellent Ulrich Thomsen, qui, ne supportant pas cette bonté excessive du pasteur, passe son temps à le brimer, à le rabaisser, lors de scènes bien souvent sources de poilades hilarantes. Puis, progressivement, on se lasse de ce matraquage, Adam aussi s’épuise, et ce qu’endure Ivan, une incarnation soulignée dans le scénario du personnage biblique issu du Livre de Job, on ne le supporte plus. On en arrive à lui souhaiter autre chose à ce pauvre pasteur, la paix, par exemple, et le final va clairement dans ce sens. Joli.

 

On va s’le faire le cureton !!

Le scénario très riche, la belle photo de Sebastian Blenkov et la musique de Jeppe Kaas portent le film bien au-dessus d’une simple potacherie provocatrice. On apprend à aimer ces personnages, encore une fois gratinés, on rit franchement de scènes qui, depuis, sont devenues cultes (les corbeaux shootés dans l’arbre, le nazi au crâne rasé qui perd un cheveu, les yeux bleus exaspérés de Thomsen…), on apprécie à leur juste valeur les envolées cinématographiques, en particulier cette folle nuit d’orage qui rappelle les meilleurs passages des frères Coen – le score de Kaas entretient clairement des similitudes avec ceux de Carter Burwell -, et, enfin, on revoit le film avec toujours autant de plaisir. Le meilleur de Jensen, largement remarqué, entre autres festivals, au BIFFF 2006 (Brussels International Festival of Fantasy Film), où Adam’s Apples remporta trois prix mérités, et là je copie-colle Wikipedia : le Golden Raven, le Grand Prize of European Fantasy Film in Silver, et le Pegasus Audience Award.

 

Adam’s Apples sur IMDb