Interview sur la banquette de la banquise

Alors que se termine doucement le festival Cinenordica, voici par chez Les Givrés un entretien avec l’organisatrice Maria Sjoberg-Lamouroux, qui nous parle avec passion de cette aventure puis conclue sur une belle leçon d’ouverture d’esprit dédiée aux fanas de films d’auteurs réfractaires au cinéma de genre… et inversement.

D’où vous vient cet intérêt pour le cinéma nordique ?

Il y a plusieurs choses. Moi, je suis suédoise d’origine. Je ne viens pas du cinéma, j’ai fait lettre et philo à la fac. Je ne savais pas trop quoi faire de mes lettres et de ma philo, alors je suis partie de Stockholm, pour la France, d’où je ne suis jamais repartie. Pour moi, le cinéma est une excellente manière de lier la littérature et la philo. Il y a la littérature dans le cinéma, il y a une écriture dans le cinéma, il y a une construction, il y a l’histoire à raconter, et il y a souvent ces choses qui me passionnent que sont les interprétations. Le cinéma est quelque chose que l’on fait ensemble, ça n’est pas comme un livre que l’on lit tout seul. Souvent, on discute après avoir vu un film, surtout dans un contexte comme ça, un festival, où l’on se retrouve après. Tout est histoire d’interprétations et je trouve ça passionnant. Là je retrouve donc la philo.

Cinenordica, c’est la deuxième édition. Quel sentiment éprouvez-vous cette année par rapport à la première ? Y a t’il une évolution ? S’est il passé quelque chose entre ces deux sessions ?…

Concrètement, je le savais, je l’ai toujours dit : ce sera plus facile la deuxième année. Mais là je le vis et c’est vrai, c’est vraiment vrai ! J’ai toujours dit à mon financeur et à mes partenaires qu’il faudrait que l’on travaille sur plusieurs années, parce qu’on a quelque chose d’assez petit à essayer d’installer et à essayer de faire comprendre, dans un pays et dans une ville où il y a une multitude de choses à faire, une multitude de propositions culturelles. On a un travail de visibilité, de fidélisation… Je sais que le public existe, il est là, les français ne demandent qu’à mieux connaître les pays du nord, ils aiment le cinéma scandinave, ils veulent… mais c’est un réel travail que de faire connaître ça aux gens. On existe, on organise cette rencontre, et si vous voulez venir, vous venez… Cela prend un certain temps. L’an dernier, c’était la première fois donc c’était… je ne vais pas dire que c’était très dur mais on partait de zéro. Là, on n’a pas démarré de zéro. On construit sur une petite base mais on a une édition derrière nous, c’est un sentiment assez agréable.

Devanture du cinéma du Panthéon sur l’édition 2008.

Vous construisez sur combien ? 5 ans ? 10 ans ? Ad vitam eternam ?

J’aimerais bien construire sur au moins 5 ans.  Pour après peut être rallonger d’encore 5 ans… Je pense que ça permettrait d’effectuer un travail très intéressant, d’aller chercher le public, qui est là, il est là ! Il ne s’agit pas de forcer quelqu’un à venir, il s’agit de…

… de créer une récurrence, qui fidélise…

Oui, fidéliser et… ça n’est pas facile. Les gens sont occupés, les gens intéressés par le cinéma sont sollicités de partout donc je pense que ce serait vraiment magnifique de savoir que si je disposais de 5 ans, on pourrait commencer à préparer un travail de fond là-dessus.

La 3ième année est donc clairement envisagée ? Pour l’an prochain, vous avez déjà des pistes ou est-il encore trop tôt pour en parler ?

J’ai des pistes, oui. J’ai une belle piste qui s’est un peu concrétisée aujourd’hui, ce serait d’agrandir notre champs d’action avec un autre pays scandinave, c’est à dire inclure la Finlande dans les pays que l’on présente à Cinenordica (le Danemark a été intégré à Cinenordica cette année, NDLR). Ce serait bien, ce serait logique par rapport à nos histoires, à nos pays. Ce serait très beau je trouve que de nous agrandir avec un pays par an. Au fur et à mesure que l’on prend de l’ampleur dans le temps, on gagne aussi un pays par année !

Vous êtes confiante quant au public ? Est-ce que vous pensez qu’il va suivre ce mouvement, ce cinéma là ?

Je suis confiante parce que les gens disent – ou alors ils sont très polis avec moi ! – qu’ils s’intéressent aux pays nordiques. Je sens un réel intérêt pour le cinéma nordique, la manière de raconter une histoire, l’humour dans les pays nordiques, l’exotisme, parfois, mais il y a un réel intérêt, je le sens, et en même temps il se passe quelque chose actuellement dans le cinéma nordique. Ces deux choses font que je suis très confiante.

Justement, qu’est-ce que vous pensez de cette incursion, forte, du cinéma de genre au sein de ce cinéma là qui, jusqu’à présent, est pour beaucoup synonyme d’austérité, qu’on aime ou pas l’austérité du cinéma scandinave. Est-ce qu’il vous plait ce cinéma de genre ? Est-ce que ces deux cinémas sont compatibles ?

Oui, je pense que c’est compatible. Surtout dans un festival. Moi, je suis très éclectique et refuse de choisir un genre de cinéma qui serait le mien. J’adore des genres très très différents. J’adore la comédie musicale, j’adore les films que vous dites austères, et dans ce festival il y a un équilibre à trouver entre différents types de films, et je pense que ce serait une erreur de…

… quand je parle d’austérité, je parle de cette idée qu’on s’en fait, qui peut être amenée à changer par, justement, cette incursion du ciné de genre…

Oui… Ca n’est pas incompatible pour moi. Peut-être que c’est la philo qui revient. Ca parle de choses différentes en nous, mais la comédie musicale me parle autant que… Prenez Burrowing, par exemple. Il me parle ce film. Il est plus profond, peut-être, il fait un peu plus peur, me fait creuser mes peurs, mes angoisses, les limites de ce que je suis pour ne pas être une autre… des questions beaucoup plus difficiles qu’une comédie musicale. Mais la comédie musicale, c’est moi aussi.

Burrowing (Man Tänker Sitt) des suédois Fredrik Wenzel et Henrik Hellström.

Si je vous en parle, c’est parce qu’à mon sens les choses s’imbriquent. Moi qui m’intéresse d’abord au cinéma de genre, j’en viens progressivement à m’intéresser à autre chose. Un ami fan de Ingmar Bergman – je n’en suis pas, du moins pas encore – m’affirme que son film « La source » appartient au cinéma de genre. Je n’ai pas encore vu ce film, mais je compte bien le faire. Grâce à cet intérêt, cette passerelle posée au détour d’une simple conversation.

Oui, et je pense aussi qu’un festival comme Cinenordica peut… on fait des petites thématiques, comme la thématique autour d’une maison de production qui s’appelle Fasad (les œuvres Burrowing et The Ape en sont sorties et furent projetés au festival, NDLR), ou la thématique sur la suédoise (« Le péché suédois », NDLR) qu’on montre là aujourd’hui, ce sont des films différents. C’est la thématique qui nous fait choisir certains films, ou alors le fait de montrer un éventail d’une maison de production. Ils n’ont pas forcément produit un genre de film mais ça fait que peut-être… On peut croire ne pas aimer mais en fait, justement, dans un contexte de festival, être amené à voir quelque chose qu’on croyait ne pas aimer et être très surpris…