12/20 – Ou comment bien répondre à une question en occultant la réponse

Harry Cain est hanté par le souvenir de sa femme, brutalement assassinée dans le parking du centre commercial où il travaille.

Le personnage que joue magistralement  Johnassure dans Barton Fink et paye ses impôts dans TransformersTurturo se nomme Harry Caine. Ce jeu de mot anglais bien trouvé évoque « hurricane » qui signifie « ouragan » par chez nous. Qu’est ce donc qu’un ouragan ? Là, Stéphanie de Monaco se met à pleurer et nous suggère que l’amour a tout emporté. On la remercie pour sa participation et privilégions plutôt la thèse d’un machin torturé qui tournerait sur lui-même et qui, parfois, dévasterait tout sur son passage : maisons, hommes, vaches, cochons… L’ouragan, c’est le tourment intérieur d’un Harry Cane faussement calme.

Ce film tiré d’un scénario original de l’écrivain Hubert Selby Jr (Last Exit to Brooklyn, Requiem for a Dream…) sortit sur notre territoire sous le titre « Inside Job », à traduire à peu de chose près par : « travail d’introspection ». Outre atlantique il est connu sous le nom de « Fear X ». La peur de l’inconnu. Pour une fois, préférons-lui le titre placardé dans l’hexagone, plus pertinent. Le terme assez standard « Fear X » présente la chose comme un énième film de flippe, un usuel thriller angoissant, ce qu’il n’est pas. Il s’agit plutôt de l’illustration bienveillante d’une morale, d’un simple conseil amical : « fais ton deuil camarade, ne cherche pas à tout prix à connaître le pourquoi du comment ». Au spectateur de se retrouver dans la même situation en fin de métrage puisque ce pourquoi du comment ne lui est pas (entièrement) divulgué. Dans le dernier plan qui ne devrait pas l’être, le pauvre Harry déchire une photo comme les auteurs le firent des dernières pages du scénario. A chacun de remplir les trous à l’aide de sa propre imagination.

L’agent Dale Cooper croit avoir vu passer Bob au fond du couloir. A moins que ?…

Si la démonstration est pleinement réussie, qu’en est-il du divertissement ? Petit avis d’ordre très personnel : toute démonstration doit passer  après un sentiment éprouvé. Le divertissement, c’est faire ressentir au spectateur autre chose que ce qu’il vit au quotidien, c’est le pousser à changer de registre émotionnel en l’espace de deux heures. La portée intellectuelle d’une œuvre se doit de figurer sur un second niveau de lecture, pas sur le premier, purement sensoriel. Comme David Lynch est évoqué au détour de quelques répliques et situations incongrues typiques (une tarte prise dans un café cligne fortement de l’oeil à Twin Peaks, un dialogue absurde chez les vilains de l’affaire en évoque un paquet…), on peut comparer ce film-ci à ces films-là. Lost Highway traitait de la paranoïa derrière un polar de haute volée, Mulholland Drive nous faisait ressentir pleinement les effets de la trahison au sein d’un thriller amoureux bouleversant. Qu’en est-il de « The Inside Job » ?

Trop glaciale pour être vraiment inquiétante, trop lente pour véritablement intéresser, cette enquête sur un meurtre n’est, et cela se ressent, pas résolue sur le papier. Comme qui plus est les passages oniriques ne sont pas toujours bien intégrés, peu aidés qu’ils sont par des effets spéciaux simplistes ou ratés, on peut reconnaître, malgré les qualités techniques indéniables du projet, qu’il manque comme un truc. Si l’intellect est joliment titillé, l’envie de péloche de genre, elle, n’est pas assouvie.

Il n’en reste pas moins qu’Inside Job est historique dans la carrière de Nicolas Winding Refn. L’échec public du métrage a coulé sa boîte Jang Go Star, et c’est paraît-il pour éponger ses dettes que notre réalisateur fétiche s’attela à pondre deux suites à son terrible Pusher. Deux bombes. Ajoutons que c’est sur Fear X que Refn commença à collaborer avec Larry Smith, directeur de la photographie sur plusieurs des films de Stanley Kubrick. « C’est en voyant Shining que j’ai pris conscience de l’importance de la photographie dans un film » avoue Refn(*). Une collaboration qui apporta le monstrueux Bronson par la suite. A very good job, cette fois.

(*) Entendu dans le making of du film disponible sur le très bon DVD sorti chez Montparnasse.

Inside Job sur IMDb

 

Publicités