antichrist

04/20 – Branlons-nous dans les bois, pendant que le loup y est pas…

… comment ça il y est ??

Le trip immersif, ça passe ou ça casse comme on dit. Là, ça casse. Pourquoi cela ? Soyons bref : parce-que.

– Pourriez-vous néanmoins détailler un peu votre argumentaire, très cher ?

Qui me parle ? Ah, Gollum, comment allez-vous ?? Pour vous c’est pas cher, il est cadeau ce p’tit argumentaire ! Même si l’envie je n’ai pas de m’étaler sur une œuvre qui s’étale bien assez comme ça toute seule.

La photo est belle, très belle, prête pour un beau déballage en HD. Le viscéral, quand c’est tout beau, ça ne passe pas. Vous imaginez un  Massacre à la tronçonneuse en HD vous ? Moi, pas.

La forêt, sensée inquiéter, procure l’effet inverse : on éprouve l’envie de s’y promener, d’y faire une randonnée entre amis, d’y marcher avec un attirail « Dékathlon » tout neuf en sentant sous sa chaussure la pomme de pin qui s’effrite, la branche d’arbre qui craque et la mousse qui s’enfonce. On veut toucher cette belle écorce, s’asseoir sur ce caillou, poursuivre ce chemin et respirer à pleins poumons l’air frais de la montagne. Cet endroit serait la forêt du diable ? Mais reprenez-vous que diable !!

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Un, deux : le petit pont de bois, le petit pont de bois…

Dans cette forêt, on y voit du super ralenti. Un ralenti à deux à l’heure ne provoque rien. Situé entre l’arrêt sur image et le ralenti de bon aloi (du Nicolas Roeg par exemple), le ralenti à deux à l’heure ne fait naître aucun sentiment à part celui, pressant, de hurler à Charlotte Gainsbourg de se magner le popotin et de le traverser fissa ce petit pont de bois ! Ce qui me fait penser (on a largement le temps de penser là-dedans) à la chanson de Yves Duteil. Quelqu’un peut-il m’expliquer en quoi Yves Duteil est viscéral ? PERSONNE ! Alors un petit pont de bois filmé à deux à l’heure…

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… le petit pont de bois, le petit pont de bois…

A l’orée de cette forêt se cache un renard. Ce renard-peluche en 3D qui parle et nous annonce que le « Chaos reigns » est d’un comique involontaire très réussi. Le loup en animatronic de L’histoire sans fin était autrement plus efficace. L’absurde règne, oui, et l’humour volontaire des Monty Python aussi, pas loin.

Au milieu de cette forêt – mais à la fin du film – se situe le dénouement. Trash, admettons, mais pour qui a vu un  L’empire des sens du japonais Nagisa Oshima, par exemple, ça reste de l’épate formelle et… et c’est ça, j’y suis : « Antichrist » relève de l’épate, sur la forme et sur le fond ! L’arbre plein de bras de l’affiche n’avait d’autre raison d’être que d’alimenter la promo sur le net avant la sortie du bidule. Il ne sert à rien cet arbre plein de gens dans le film. A rien. Et en ce qui concerne le fond… on le touche.

Quoi d’autre… Un couple Dafoe/Gainsbourg peu crédible, une chute de glands neuneu, beaucoup trop de blabla  (j’ai donné déjà)… Le tout aurait pu passer avec un traitement à la Dario Argento de la grande époque, celui qui faisait passer les pires débilités avec un sens du cauchemar hallucinant. Mais, en l’occurrence, faute d’immersion le spectateur prend trop de distance et, du coup, montre la chose du doigt en ricanant.

Il a sans doute dû arrêter de se droguer le père Lars. Ou alors il a commencé. Du coup il va mieux mais ça n’est pas le cas de son film. David Lynch arrêta de voir un psy le jour où ce dernier lui affirma que ses œuvres en pâtiraient si d’aventure il guérissait. A méditer ?? Lars Von Trier reste un bon, voir et revoir sa série L’hôpital et ses fantômes ou encore son superbement gonflé Dogville pour se convaincre que le fondateur du Dogme est tout sauf un manchot. Le prochain sera le bon, et ça m’ennuie, pour ne pas dire autre chose, de commencer notre rubrique « Scandinavets » par du Lars Von Trier, quand même !

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