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Le Festival de Policier a migré de Cognac à Beaune cette année, et si « foie » de Ministre de l’intérieur on ne boit pas dans la police, question ciné polar on n’hésite pas à passer du spiritueux au Bourgogne pour aborder le genre sous un angle (presque) nouveau. Alors alors : un p’tit verre de Côte de Beaune avalé avant la séance aide t’il à découvrir le coupable plus – hips ! – rapidement ?

Triangle nordique à Beaune

00002264_det-som-ingen-ved_plakat-dk_450Via trois réalisateurs danois, trois films représentaient la Scandinavie cette année : le Bronson britannique de Nicolas Winding Refn (Pusher), Terribly Happy (Frygtelig lykkelig) de Henrik Ruben Genz (Chinaman) et What No One Knows (Det som ingen ved, photo) de Soren Kragh-Jacobsen (Mifune). Bien que le premier mène largement la danse avec son faux biopic virtuose d’un célèbre tôlard ayant cassé du flic en plus de la baraque en Angleterre, le second comporte des qualités indéniables et le troisième, sous ses apparences d’énième thriller paranoïaque, s’engage avec conviction dans son propos : la condamnation sans équivoque du tout sécuritaire. MAJ mai 2009 : les liens ci-dessus mènent vers l’avis d’un givré sur chacun d’eux.

Encastrés Pêle-Mêle…

… « encastrés » m’évoquant l’impressionnant crash de The Beast Stalker, voici en vrac les autres films vus tout au long du Festival, à savoir du hors sujet chez Les Givrés, oui, mais qui mérite d’être mentionné pour cerner la valeur du ciné nordique au sein de cet ensemble (… et aussi me faire plaisir).

Grand prix : Dans la brume électrique de Bertrand TAVERNIER (France-Etats-Unis)

Flic dans le gaz – et dans le brouillard – le temps d’une affaire fumeuse.

Abordons ce film avec, soyons fous : l’acteur Alec Baldwin. Qui ne joue pas dedans, non, mais campa le Jack Ryan récurrent de l’écrivain Tom Clancy dans l’Octobre Rouge de John Mc Tiernan aussi bien que le Dave Robicheau récurrent d’un autre écrivain, James Lee Burke, dans Vengeance froide. Ce dernier est un bon film de Phil Joanou et déjà une adaptation d’un polar de Burke en pleine Louisiane avec un Robicheau quelque peu arrangé pour l’occasion. A notre pauvre Alec Baldwin, coup sur coup, de se trouver deux successeurs autrement plus imposants le temps d’autres adaptations, respectivement Harrison Ford dans Jeux de guerre puis Danger immédiat, et Tommy Lee Jones avec, donc, Dans la brume électrique. On y arrive.

Désamorcer chaque ressort dramatique pour représenter subjectivement la distance que Robicheau accorde aux choses n’aide pas à l’implication du spectateur dans cette enquête. Elle semble se terminer sans réel dénouement, sans vrai climax ni coupable pointé du doigt. Dave Robicheau a comme déjà un pied dans la tombe, il semble en avoir vu tant et tant que plus rien ne l’étonne. Si la retranscription de cet état d’esprit est une réussite, le sentiment qu’éprouve le spectateur peut s’en trouver frustrant. On ne va pas au ciné pour vivre par procuration une non-réaction permanente du protagoniste principal. L’ambiance, la musique, le formidable fantôme d’un général sudiste et la Louisiane supplantent cette étrangeté et font de la chose un excellent trip. L’histoire se déroulant qui plus est dans cette partie d’une Amérique ravagée par l’ouragan Katrina, cette actualité donne un vrai cachet à une oeuvre qui mérite amplement une seconde vision.

Tour de table : goûtons à tout !

L’hommage à William Friedkin fait par Claude Lelouch valait son pesant de glaçons dans le Cognac (oups, pardon), avec une « ovation debout » méritée et un défilé d’extraits des films du maître qui donnaient joyeusement le vertige. Tout rouge, le réalisateur de Solo Quiero Caminar, film qui passait dans la foulée, avoua qu’il était clairement gêné de présenter son bébé après de pareils extraits. Bien que visuellement superbe et porté par un Diego Luna au charisme comme importé de la trilogie du parrain, son métrage (traduction : « je veux juste marcher ») comporte trop de rebondissements éparses qui noient abondamment une trame de type « crescendesque » nous amenant à l’obligé défouloir terminal qui… ah ben non tiens, il n’y en a pas de super climax à la fin., c’est balot. Le réalisateur Agustin Diaz Yanes citant largement  – et beaucoup trop longuement – La horde sauvage de Sam Peckinpah, c’en est doublement frustrant. Promesses non tenues.

Galantuomini (traduction : « le gentilhomme ») est un mélodrame sur fond de terrorisme qui jouait un peu trop la carte du beau portrait de femme pour convaincre, usant de nombreux travellings avant/arrière sur son actrice Donatella Finocchiaro, la belle interprète de Lucia, une violente activiste rattrapée par son passé.

Sous couvert de dénoncer la « dreûgue », le canadien High Life quant à lui usait de démagogie à fond les ballons avec ses djeuns truands continuellement drogués se fourvoyant dans un fourgon blindé. Énième « wanna be cool movie», High Life ne décolle jamais (arf!)  en raison d’une impressionnante absence d’imagination noyée à grand renfort de musique envahissante.

Passons sous silence – mais pas sans écrire dessus – le coréen Death Bell, un mauvais film fantastique avec des longs cheveux asiatiques dedans qui n’avait rien à faire à Beaune et, merci bien, ne passa pas par la case Gerardmer cette même année, et restons brièvement sur le continent asiatique. The Beast Stalker est un bon polar hong-kongais de Dante Lam (Hit team) porté par un Nick Cheung inspiré, et Suspect X une (très) bonne surprise et re-un bon polar, ludique, du japonais Hiroshi Nishitani.

L’avant-première d’OSS 117 : Rio ne répond plus, avec Jean Dujardin et le réalisateur Michel Hazanavicius en invités a fait son petit effet : l’événement a donné de la vie au Festival et le film également, globalement une réussite pleine de bonne humeur malgré l’absence de surprise et un canevas narratif identique au premier film.

De leurs côtés, les courts métrages étaient corrects sans pour autant que l’un d’eux ne s’imposa vraiment. Mon chouchou à moi était Négropolitain, qui n’a pas eu le prix. Je dois avouer avoir malheureusement raté au moins deux films importants : le Loft du belge Erik Van Looy (le très bon La mémoire du tueur), et l’anglais Helen de Christine Molloy et Joe Lawlor. Les invités de marque Robert Duvall et Georges Lautner étaient également présents à Beaune.

Bilan d’un Givré

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Si Bronson s’est nettement démarqué du lot, sa forte personnalité en a fait une sorte d’outsider aussi impossible à cadrer dans ce Festival qu’à enfermer  dans une cellule. Davantage dans le ton, Dans la brume électrique lui a très logiquement coupé l’herbe sous le pied. Si la Scandinavie était très correctement représentée, elle ne s’est pas imposée.  Elle doit se méfier : l’Espagne regorge de talents, l’Italie semble vouloir réitérer son cinéma engagé des années 70 et l’Asie bouillonne toujours, cherche ses marques et peut revenir à la charge à tout moment. Ce sont là des généralités faciles nationalisant des talents individuels, des hommes, et peu importe après tout d’où vient le bon film pour peu qu’il en soit un.

On retiendra de cette première édition le très beau cadre du Festival qu’a été la petit ville de Beaune, ses rues pavées, ses remparts, ses jolies ruelles étroites, en espérant que 2010 arrondira les angles des quelques obstacles rencontrés. Nous imputerons à cette fraîche migration Cognac/Beaune la faible fréquentation générale. Les salles étaient rarement remplies et point n’était besoin de se presser pour voir chaque péloche. L’importance des moyens mis en œuvre en a jeté un max mais l’avalanche de policiers faisait parfois davantage ressembler le festival à un colloque de CRS qu’à une fête du cinéma. Qu’aurait donné un Bronson énervé lâché dans le tas ? Protéger à ce point les stars d’un public à ce point absent rendait quelques visions aux lisières de l’absurde… Et parce qu’il n’y avait qu’un ciné pour tout montrer, à savoir un bâtiment situé à l’extérieur des remparts, donc du centre, donc des bars, une bonne buvette / sandwicherie implantée pas loin n’aurait-elle pas été la bienvenue ? Glissa t’il négligemment dans la boîte à idées ? Ceci relevant du chipotage : les aficionados de polar étaient là, ceux de ciné aussi et les échanges cinéphiles des plus passionnants. A dans un an j’espère et… ah j’allais oublier le coupable ! Le chanceux s’est enfui cette année ,grâce à l’abus de Côte de Beaune de ses poursuivants, aux pattes sciées par l’alcool. J’affirme toutefois que je l’ai vu courir et serais même prêt à jurer qu’il était déguisé en… vigile ! Qu’en déduire ?… Hmm…

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Merci à Clément Rébillat et Céline Petit du Public Système Cinéma, et plus généralement à toute l’équipe du Service de presse du Festival.