14/20 – Jardin secret rocailleux

Si l’Islande est connue pour importer en masse pour subsister – et nous ne parlerons pas ici d’une crise économique menaçant Hyperborée d’aller grignoter le plancton poussant sur les restes de l’Atlantide par la racine -, le réalisateur Baltasar Kormákur s’exporte lui plutôt bien. Un père espagnol justifie l’importation d’une Victoria Abril pour les besoins de 101 Reykjavik en 2000 (Grand prix du jury au Festival du cinéma nordique de Rouen en 2001), et son talent explique sans doute l’existence du polar Crime City avec Forest Whitaker, titré en anglais (?) A Little Trip to Heaven (2005), un doublé british inutile pour un film intéressant à défaut d’être réellement marquant, qui remporta toutefois le Prix international de la critique au Festival du film policier de Cognac en 2006 (migré à Beaune cette année, d’ailleurs j’en reviens et j’en papoterai bientôt).

L’inspecteur Erlendur enquête à Reykjavik sur le meurtre d’un homme âgé. On retrouve chez la victime une photo de la tombe d’une petite fille. Cette troublante trouvaille réveille une vieille affaire de quarante ans. L’enquête emmène l’inspecteur vers Jar City, grande collection de bocaux renfermant des organes humains, représentant un impressionnant fichier génétique de la population islandaise.

Tiré du roman éponyme de Arnaldur Indriðason, Jar City, originellement Mýrin (marécage), est un film policier encore une fois efficace, plein de portes cachées, de sombres secrets, de passés inavouables et autres personnages obscures mais il n’empêche : si les acteurs sont bons, le célèbre Ingvar Eggert Sigurosson local en tête, et l’ambiance craspec au rendez-vous, la trame reste au bout du compte assez convenue avec ce p’tit drame intime caché au sein d’une grosse affaire. Ceci ne relevant pas, à mon sens, du spoiler.

Il n’empêche aussi que l’actrice principale, à savoir l’Islande, justifie à elle seule le spectacle pour un étranger curieux. Sur ce terrain volcanique,on roule en 4×4 sur plusieurs kilomètres pour aller interroger un témoin tout là-bas là-bas ; on porte des pulls bleus en laine de mouton ; on ne mange que ça d’ailleurs, du mouton ; on trouve des église blanches aux toits rouges dressées au milieu de nulle part entourées seulement de quelques tombes éparses… Le cadre est rafraîchissant, avec un regret toutefois, celui d’avoir une photographie accentuant le côté dégueulasse de l’histoire alors qu’on aurait aimé, de temps en temps, avoir une vision plus chatoyante de ce magnifique pays. Ce dont doit se contrefoutre royalement l’autochtone, il est vrai, qui lui a apprécié ce film ayant battu des records d’entrées chez la chanteuse Bjork : sur 300.000 islandais environ un tiers ont vu le film en salle.

L’engouement de l’étranger pour ce film est donc lié en grande partie à ce décors, l’Islande, pays rare au cinéma. Déplacez la trame ailleurs et vous serez surpris de vous retrouver soudain nez à nez avec un épisode d’une série policière lambda. On passe un bon moment à suivre cette enquête, on s’amuse aussi de quelques passages humoristiques excellents autour du bras droit un peu gauche du commissaire, une récurrence du genre, en se disant que, quand même, tout ceci reste un peu trop terre-à-terre et beaucoup trop télévisuel. Pour une île suscitant tant et tant de fantasmes, c’est un brin dommage, non ? « Il n’empêche 3 : la conclusion » : le dépaysement vaut le détour et le polar est (très) plaisant.