16/20 – Swedish Psycho

Les fantasmes érotiques de Bob Bellings hantent ses rêves jusqu’à ce qu’il bascule dans la folie, le viol et le meurtre. Mais s’agit t-il bien de réalité ? Ne s’attribue-t-il pas les horreurs commises par d’autres ?…

Les films provoc’ underground sont souvent aussi rafraichissants que mal fichus, mal rythmés, mal joués. Produits honteux, on les apprécie pour les parfums de scandale qu’ils distillent et les bas instincts qu’ils assouvissent par procuration, pas vraiment pour leur construction exemplaire. Avec Breaking Point, je viens de me prendre dans la caboche une sacrée exception en même temps qu’une grosse baffe 70’s exempte de tout tabou. Je ne pense pas me tromper en affirmant que certains célèbres réalisateurs rêveraient de pondre une œuvre pareille. Sans encore connaître suffisamment la filmographie d’Ingmar Bergman, c’est le premier auquel je pense face à une telle rigueur formelle et, évidemment, en n’oubliant pas que Bo Vibenius (Thriller) collabora avec lui sur certains de ses films, au moins L’heure du loup et Persona à en croire IMDb.

Malgré un budget étriqué, Vibenius conserve un sens du cadre indéniable. Du début à la fin, pas une fausse note ne résonne. Ca tient. Un acteur, un seul, porte le film, sur son entrejambe plus que sur ses épaules puisqu’il assure le jeu tout autant que les scènes pornos sans aucun – mais alors aucun ! – complexe à l’aide de sa joyeuse clef de sol. Il donne tout. De son métier davantage directeur photo qu’acteur, Andreas Bellis assure le show et impressionne : il est parfaitement crédible. C’est un peu comme si le Joe Spinell de Maniac se mettait à tourner des scènes de sexe en plein son célèbre métrage glauque. Poisseux, Breaking Point l’est tout autant mais sur la forme il s’avère plus ludique, plus fun que véritablement malsain. On y suit notre serial violeur, notre serial killer, avec une complicité évidente, un allant communicatif aidé par cette idée géniale qu’est son point de vue comme unique fil rouge. Non sans un odieux humour noir, Vibenius nous fait entrer dans sa caboche ; tout ce que l’on voit représente le monde perçu par notre psychopathe d’ascendance mythomane. Et ce monde là est merveilleux. Les femmes qu’il viole sont toutes consentantes, à ses yeux elles prennent du plaisir à batifoler avec lui. Le doute serait même permis  d’y voir la réalité si ce n’était cette scène où, soudain, une jeune demoiselle, positivement lascive, prend posément un couteau pour l’enfoncer, sans ciller, dans la cuisse de notre « héros ». On l’imagine aisément beaucoup plus terrorisée, martyrisée que la façon dont on nous la montre ! Cette idée, aussi hallucinante que proprement géniale, est aussi une bien belle astuce pour emballer des séquences hard tout en leur donnant une parfaite logique narrative.

Les scènes s’enchaînent, un passage dément succède à un segment incroyable (la mouche ! La tasse de café !…), jusqu’à ce qu’une violence absurde déboule avec de simples balles de revolver qui font, aux yeux de notre fou, littéralement tomber des arbres et exploser des malotrus. Je tairai le final, tout aussi culte, véritable twist d’un cynisme ahurissant mais ne tarirai certainement pas d’éloges quant à cette bombe à ranger parmi mes préférées du genre, à ce jour dominées part le néo-zélandais Ugly de Scott Reynolds. Parce qu’il s’agit là d’abord d’un film de psycho killer, pas d’un bête porno nordique que le titre français d’alors, "Les suédoises", laissait à croire. L’œuvre fait également office de sérieux manifeste de l’homme, le muy macho, et souligne cette propension, cette envie, même, qu’on aurait tous de devenir ce dingue là. Il y a du Bertrand Blier là-dedans, et du meilleur, parce que c’est tellement énorme que c’en est franchement fendard au bout du compte (est bon). Alors, Calmos ? A conseiller pour une (troisième partie de) soirée Arte dont la thématique serait le féminisme. Le panard est intégral, la gêne effacée. Aussi scandaleux que jubilatoire, vraiment. Dois-je consulter, Docteur ?

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